La croisière entame sa mue technologique

Question : sachant que les chantiers navals ont produit 29 nouveaux navires en cette année 2019 et en construiront 30 l’année prochaine, combien y en aura-t-il en 2030 ?

Ce qui est probable, c’est que d’ici là, les émissions de dioxyde de carbone de tous les navires auront été réduites de 40 %. Quelque 20 milliards d’euros devraient être investis en ce sens. C’est en tous cas l’engagement de CLIA, l’association internationale des opérateurs de croisières, qui regroupe la presque totalité des armateurs dans le monde.

Des « verts » peu regardants

Car c’est là le principal reproche que d’aucuns adressent à tout le secteur de la croisière : les fumées noires et puantes qui se dégagent des cheminées, porteuses de particules indésirables… Cette image négative est véhiculée depuis quelques mois partout en Europe par de nombreux médias qui recopient sans se fatiguer la prose de « Transport et Environnement », un lobby « vert » très actif dans la dénonciation des atteintes à l’environnement mais peu regardant sur les méthodes : « études » menées par ses propres agents, dépourvues de toute crédibilité scientifique et sans aucun examen critique, etc. Avec des comparaisons si insensées qu’elles en deviennent ridicules (voir encore PagTour la semaine dernière).

Relativisons…

CLIA a fini par répondre à ces attaques. Pas question de nier les nuisances dues à des navires d’anciennes générations, mais il faut relativiser les choses : avec encore moins de 300 bateaux, la croisière ne représente jamais qu’un demi-p.c. de l’ensemble de la flotte mondiale, constituée aussi de vieux rafiots. Mettre en avant, plutôt, les progrès technologiques : en attendant l’émergence de carburants complètement décarbonés et surtout des solutions techniques permettant de les employer sur de grands navires, il est possible, en effet, et en quelques années seulement, de diminuer significativement les rejets de CO2 des grands paquebots. Avec notamment l’arrivée des moteurs fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL), bien que plus cher et exigeant un espace de deux à trois fois plus important que pour le fuel ou le gasoil.

Le grand départ du GNL

Le premier paquebot au monde propulsé au gaz naturel liquéfié, l’Aida Nova, dédié au marché allemand, a été livré voici un an et le deuxième, le Costa Smeralda, après quelques semaines de retard, devrait être livré avant la fin de cette année. Quant au troisième, c’est MSC qui a lancé sa construction à Saint Nazaire, alors même que le Grandiosa quittait définitivement les Chantiers de l’Atlantique. Avec les quatre autres unités de la série en construction ou en commande — un investissement total de 5 milliards d’euros ! — tous les navires de MSC seront désormais propulsés au gaz naturel liquéfié. Le futur Europa (photo) va même expérimenter une pile à combustible au GNL.

D’autre part, onze des 17 navires de MSC sont déjà équipés de systèmes de « lavage » des fumées et ils le seront tous dès 2021. Le MSC Grandiosa est également équipé pour pouvoir se brancher sur le réseau électrique terrestre si les ports d’escale sont équipés d’installations permettant de se brancher sur le courant à quai, soit seulement une vingtaine de ports dans le monde…

Economies à tous les étages

C’est évidemment l’intérêt des compagnies maritimes elles-mêmes de réaliser des économies à tous les étages. Et sur ce point, « MSC s’avère être un bon élève », assure Patrick Pourbaix, directeur général de MSC pour la France et le BeLux — mais aussi président de CLIA France. Avec des moteurs plus efficaces, l’utilisation de peintures de coque spéciales, d’un nouveau système, sur le Grandiosa,  de stabilisation qui garantit une vitesse constante, l’optimisation des itinéraires et la limitation de vitesse à 15 nœuds (24 km/h), la consommation a pu être réduite de 28 % par rapport aux premiers navires de la classe Fantasia.

Le poids direct de la croisière : près de 20 milliards !

Avec Nikos Mertzanidis, son manager Government Affairs, CLIA insiste aussi sur l’apport du secteur de la croisière à l’économie. En 2017, il a contribué à l’économie européenne à hauteur de 47,86 milliards d’euros, dont 19,70 milliards de dépenses directes. Ce dernier montant peut être ventilé à raison de 5,63 milliards en construction, maintenance et rénovation de bateaux, 8,17 milliards en biens et services divers, 1,67 milliard de salaires et 4,23 milliards de dépenses des passagers et des équipages. Pas moins de 66 navires sont actuellement en construction pour une valeur de près de 30 milliards d’euros. On peut encore ajouter qu’entre 2015 et 2017, l’industrie de la croisière a généré 43.000 postes supplémentaires pour dépasser les 400.000 emplois directs et indirects.

France et Belgique : encore un effort…

Après une année 2018 forte de 28,5 millions de passagers, les projections montrent que le cap des 30 millions devrait être atteint cette année. A condition que la campagne aberrante de dénigrement orchestrée par Transport & Environnement n’ait qu’un impact limité. Les Caraïbes ont le vent en poupe, avec une augmentation des ventes de l’ordre de 6 %, au détriment de la Méditerranée occidentale, alors que la Méditerranée orientale connaît une augmentation spectaculaire de 48 %. En ce qui concerne l’origine des passagers européens, l’Allemagne est aujourd’hui le premier « fournisseur », avec une part de marché de 31 %, devant la Grande-Bretagne (27 %) et  l’Italie (12 %). La France ne représente encore que 7 % et la Belgique et le Luxembourg, un petit pourcent…

Pour intéressants qu’ils soient, ces chiffres ne montrent pas que le secteur de la croisière, ne représente que 2 % de l’ensemble du tourisme mondial, avec une part de 5 à 10 % seulement des destinations les plus fréquentées. Qui parle de « tourisme de masse » ?

 

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