Au fil de la Volga, depuis Astrakhan jusque Nijni Novgorod (2/3)

Samara : vue imprenable sur le couvent Iversky, les brasseries Zhigouli et la Volga qui semble bien paresseuse.

Suite de notre croisière passionnante en remontant le coude de la Volga. Aujourd’hui, escales à Saratov et à Samara.

Saratov, ancienne ville fermée

Comme les deux précédentes escales, Saratov a d’abord été une forteresse qui servait de ligne de défense pour la route commerciale qui suivait la Volga. Grâce à Catherine la Grande, elle a accueilli une grande communauté d’agriculteurs allemands qui ont peu à peu développé la ville, construisant des églises et des bâtiments de couleur rouge, ocre ou orange de facture néoclassique voire même néogothique comme le conservatoire de musique, le 3ème du pays.

La ville moderne de Saratov hérissée de buildings s’étire le long de la côte tandis que d’humbles pêcheurs continuent à jeter leurs filets en répétant des gestes ancestraux.

Mais avec la guerre 40, les déportations des Allemands vont se succéder et Saratov sera déclarée « ville fermée » car des industries y fabriquaient des avions militaires et exécutaient les commandes du programme spatial soviétique. C’est ici que Youri Gagarine a étudié à l’Université Industrielle et c’est près de la ville que sa capsule a atterri en 1961 effrayant des paysans qui croyaient voir débarquer dans leur champ des extraterrestres.

Il faudra attendre 1993 pour que des étrangers puissent enfin visiter Saratov et principalement le mont des Faucons où a été créé un parc de plein air à la mémoire de la Grande Guerre. On y découvre des chars, des batteries anti-aériennes, un train blindé et un wagon sanitaire qui servait d’hôpital. Ici aussi on gravit des marches dont chaque palier correspond à une année de guerre avec des flammes perpétuelles à la mémoire des soldats morts.

Au sommet du mont des Faucons chaque marche qui mène à l’imposant mémorial aux Grues dédié aux résidents morts pendant la guerre affiche le chiffre des 5 années de combat.

Le sommet du tertre permet de découvrir une vue panoramique sur la ville et le fleuve avec en avant-plan l’ancienne ville aux maisons basses en bois ou en briques chapeautées de tôle ondulée colorée tandis que les bords du fleuve sont soulignés par une ligne ininterrompue de hauts buildings.

La ville mérite une balade le long d’une avenue piétonne où une curieuse église orthodoxe qui porte le nom insolite de « Soulage ma tristesse » donne l’impression avec sa façade bariolée et ses clochetons surmontés de dômes colorés d’être une version réduite de St-Basile le Bienheureux de Moscou. On y trouve évidemment des ex-voto et la chapelle éclairée de nombreux cierges est un lieu de ferveur muette.

La jolie église orthodoxe «Soulage mes soucis » construite en 1906 dont l’architecture n’est pas sans rappeler la cathédrale Saint-Basile de Moscou.

Samara, une ville séduisante

La navigation se poursuit lentement entre d’un côté de hautes falaises qui semblent ouvertes à leurs sommets sur de vastes cultures et de l’autre des terres basses couvertes de vastes prairies émeraude.

D’emblée Samara apparaît comme la plus jolie ville au fil de la croisière avec son centre parsemé d’églises chapeautées de coupoles dorées qui surmonte une très longue berge dont une dizaine de kilomètres au moins dessine une plage sablonneuse interrompue par des jardins d’enfants et des corbeilles d’osier blanches où il est bien agréable de s’abriter du vent tout en contemplant le fleuve et l’arrière-plan verdoyant des collines Zhiguli dont le nom évoque aujourd’hui une célèbre marque de bières russe.

La longue façade fluviale de Samara dévoile une ville ancienne et moderne avec de belles plages et de nombreuses berges transformées en jardins.

C’est ici qu’un entrepreneur autrichien a fondé une brasserie en 1881, un bâtiment industriel dont l’architecture évoque quelque peu un château médiéval allemand.

La ville est établie au confluent de la Volga et de la Samara au niveau d’un coude étroit qui pour une fois permet d’apprécier les deux rives du fleuve. Le site a toujours offert un poste d’observation utile pour surveiller l’activité de la Volga et prélever dès le 17ème siècle des impôts sur le commerce fluvial prospère.

Au début du 20ème siècle la ville abritait plusieurs riches marchands et d’autres familles aisées qui édifièrent des bâtiments colorés roses, paille, orange ou vert d’eau de style néoclassique avec des touches d’Art Nouveau. Etape de la Coupe du Monde 2018, la ville a d’ailleurs profité d’une restauration active de nombreux édifices pour le plus grand plaisir des touristes.

Vue sur la jolie cathédrale orthodoxe Saint-Georges qui domine les berges de la Volga qui s’étagent en contrebas.

Située au carrefour d’importantes voies automobiles, ferroviaires et fluviales, la ville de Samara disposait d’une industrie florissante qui décida Staline à y relocaliser des usines actives dans l’armement de l’Etat et dans la fabrication d’avions.

C’était également une plaque tournante pour l’exploration spatiale. Elle devint donc tout comme Saratov une ville fermée d’autant que Samara avait été désignée durant la guerre seconde capitale de la Russie.

Staline y fit d’ailleurs construire un bunker redécouvert en 1990. Il entraîne le visiteur à 40 mètres de profondeur, soit un immeuble souterrain de 12 étages. L’abri dispose de son propre système de ventilation et de sa centrale électrique.

On y pénètre dans une salle de réunion qui pouvait accueillir 115 personnes avec sur le mur côté une carte de 1941 racontant l’évolution des troupes à l’époque. Staline y avait également une salle de repos avec de grands tissus bleus tendus sur les murs pour donner l’illusion de fenêtres ouvertes sur le ciel.

La place de la Gloire abrite une statue qui représente un ouvrier déployant ses ailes pour représenter la contribution de Samara à l’industrie aéronautique russe.

Depuis la chute de l’Union Soviétique, la ville s’est ouverte au monde tout en poursuivant une industrialisation active moderne en pétrochimie, mécanique et hydroélectricité.

Devenue 6ème ville du pays, elle a veillé à maintenir son centre historique attrayant. De nombreuses statues ornent les places et les rues de la ville pour rendre hommage aux événements liés à son histoire.

La place de la Gloire commémore le rôle de Samara durant la Grande Guerre en élevant à 53m de haut un ouvrier portant à bout de bras des ailes qui symbolise la contribution de la ville dans le domaine de l’aviation. Juste à côté se dresse la charmante église rose et blanche de Saint Georges le Conquérant qui appartient au culte luthérien.

Le square offre un très beau panorama sur le quai arboré qui longe la Volga, l’occasion de réaliser que les berges sont installées sur plusieurs niveaux en fonction de la hauteur du fleuve.

Imposante silhouette de la statue dédiée à Tchapaïev, héros de la guerre bolchévique, érigée en face de l’éblouissant Théâtre Gorki aux couleurs nationales rouge et blanche.

La place de Tchapaïev est dominée par une autre statue imposante à la mémoire d’un héros de la guerre bolchévique et est bordée par l’éblouissant théâtre d’art dramatique Gorki construit en 1888 en style russe conventionnel rouge et blanc. L’arrière du bâtiment s’ouvre sur un parc plus intime organisé autour de la statue d’Alexandre Pouchkine.

C’est un point incontournable pour observer la Volga, les anciennes brasseries Zhigouli mais aussi le monastère orthodoxe de nonnes Iversky organisé autour d’une très belle église surmontée de dômes dorés et d’une haute tour-clocher d’un blanc immaculé qui contraste avec le reste du bâtiment en pierres rouges.

Fin de ce récit dans un prochain numéro.

Si vous en avez manqué la lecture :

Au fil de la Volga, depuis Astrakhan jusqu’à Nijni Novgorod (1/3)

 

La compagnie russe Vodohod Cruise and Travel a été créée en 2004 pour offrir aux touristes la possibilité de découvrir la Russie en voyageant le long de la Volga depuis Moscou jusque St-Pétersbourg mais aussi depuis Moscou jusque Astrakhan au bord de la mer Caspienne. Ambitieuse, la compagnie proposera dès 2020 une nouvelle croisière sur le fleuve Ienisseï qui prend sa source en Mongolie et se jette dans la mer de Kara dans l’océan Arctique.

Notre bateau, le Nijni Novgorod****, a été construit en 1977 et entièrement remodelé en 2018, au point d’offrir tout le confort que l’on attend d’un bateau de croisière que ce soit en termes de services proposés comme de qualité de ceux-ci. Eau, café et thé sont offerts en dehors des heures de repas. Une salle de repassage est également ouverte pour ceux qui le souhaitent.

Le commandant veille à ce que son bateau soit une porte ouverte sur la culture russe avec une boutique de souvenirs bien achalandée (matriochkas, laques, Fabergé, châles, ambre Baltique, etc…) mais encore des présentations des arts populaires de la Russie pour nous permettre de mieux comprendre l’intérêt de ces objets. Des ateliers de peinture et des cours de russe (les rudiments) sont d’ailleurs proposés.

Pour ceux qui le souhaitent, des soirées festives sont organisées avec la présence dynamique de musiciens et de chanteurs russes. L’anglais est la langue commune au niveau des services mais dès qu’un groupe s’inscrit pour une croisière il aura à sa disposition les services d’un accompagnateur russe qui maîtrise sa langue et l’accompagne dans les excursions www.bestrussiancruises.com.

Ce voyage a été possible grâce à l’initiative de Wan Voyage, une asbl liégeoise connue aussi sous le nom de W’allons-nous ? active dans l’organisation impeccable de voyages culturels préparés par Arts et Cultures en voyage, une agence créée à cette fin et composée d’historiens et d’historiens de l’art www.wanvoyage.com .

 

 

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