Au fil de la Volga, depuis Astrakhan jusqu’à Nijni Novgorod (1/3)

Les hauts murs blancs du Kremlin d’Astrakan ont résisté à l’usure du temps et aujourd’hui cette ancienne cité de pierre est le plus ancien centre culturel et économique de la Basse Volga

La Coupe du Monde de football 2018 a exposé à la lumière certaines villes établies sur les rives de la Volga : Nijni Novgorod, Kazan, Samara, Volgograd, autant d’étapes à redécouvrir loin des stades au fil d’une croisière passionnante en remontant le coude de la Volga qui a longtemps délimité une région frontalière et transitoire entre l’Europe et l’Asie, accueillant une mosaïque de peuples de langue, de culture, de race et de civilisation différentes.

Matouchka Volga, Petite Mère Volga, c’est un peu le berceau de la Russie éternelle. Plus long fleuve d’Europe avec 3700 km, il prend sa source dans le plateau du Valdaï entre St-Pétersbourg et Moscou et dévale ensuite vers le Sud, vers la mer Caspienne où il se jette en dessinant un immense delta qui multiplie ses bras sur près de 160 km.

Au fil de la navigation dans ce paysage plat à perte de vue, plusieurs langues de sable affleurent sur le fleuve en cette fin d’été.

Au fil de notre croisière, nous allons remonter le fleuve en traversant des cités anciennes comme Kazan et Nijni Novgorod ou encore des villes comme Samara, Saratov et Volgograd qui concentrent une part importante des activités du pays depuis que Staline les a évacuées de Moscou au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Astrakhan, une ville mythique

C’est ici que nous attend notre paquebot, le Nijni Novgorod, qui séduit d’emblée avec sa longue silhouette et ses 4 ponts. Spacieuses, les cabines offrent une grande fenêtre qui peut s’entrouvrir sur le pont. Dotées de tout le confort souhaité et bien aménagées pour distribuer le contenu des valises, elles sont vite abandonnées pour que chacun parte à la découverte de ce qui sera durant une semaine notre nouveau home.

Trois espaces bar du plus cosy au plus fun où chaque soir certains s’égayeront sur une piste de danse, un restaurant où les repas du soir sont servis à la carte avec la possibilité de goûter des spécialités de la gastronomie russe au buffet du déjeuner comme au dîner du soir. Nous dormirons à quai cette première nuit afin de consacrer toute la journée du lendemain à la visite d’Astrakhan.

La halle du marché aux poissons aligne sur les deux côtés une longue suite d’étals qui vendent tous les mêmes produits entre poissons séchés et boîtes de caviar d’origines diverses.

Jadis, le nom d’astrakhan évoquait chez nous la fourrure bouclée d’agneaux noirs avec laquelle on faisait les manteaux que portaient nos grands-mères. Aujourd’hui Astrakhan désigne plutôt une ville aux œufs d’or, le célèbre caviar de béluga. Pourtant il n’en est plus rien car la pêche aux esturgeons est actuellement interdite dans le delta russe depuis que la pollution, la pêche incontrôlée, la corruption et le braconnage ont failli avoir raison de l’espèce.

Pourtant dans le marché aux poissons de la ville se succèdent les étals de poissons séchés, salés ou fumés : des sterlets, de grands silures et surtout des voblas, poissons argentés de petite taille qui s’apprécient en buvant une bière ou de la vodka. Bien sûr on peut y acheter des boîtes de caviar dont on ne connaît pas trop l’origine car les autres pays qui se partagent les eaux de la mer Caspienne seraient moins regardants.

Il suffit de se promener dans les rayons des grandes surfaces locales pour comprendre au vu des quantités de marque de vodka achalandées que l’on est bien en Russie.

L’espoir des Russes se place dans une écloserie située dans le delta d’où sont relâchés des alevins de diverses variétés d’esturgeon. Mais quand on sait qu’il faut 18 ans avant qu’une femelle béluga ne ponde des œufs, il faut s’armer de patience…

Au 18ème siècle, Astrakhan bordait la mer Caspienne mais depuis, celle-ci a reculé en multipliant les îlots et en distribuant la Volga en multiples bras à tel point que la petite ville est aujourd’hui établie autour de canaux qui lui ont donné la réputation d’être la seconde Venise russe après St-Pétersbourg. Jadis cette situation stratégique de port ouvert sur le fleuve a justifié la construction de fortifications en pierre dès la fin du 16ème siècle.

L’entrée dans l’enceinte du Kremlin est majestueuse sous cette haute tour qui laissent encore rêveurs les passants.

Cette imposante ceinture blanche scandée par 7 tours dont 3 sont percées de portes (photo d’ouverture) abrite aujourd’hui un havre de paix verdoyant où se dressent deux églises dont la très belle cathédrale de l’Assomption coiffée de 5 coupoles vertes et adossée à un clocher de 82 mètres.

Pierre le Grand a largement contribué à l’essor de ce port qui devient un carrefour commercial entre l’Europe, l’Asie et le Caucase.

Ce qui explique que la ville soit parsemée d’édifices religieux de différentes confessions : orthodoxe bien sûr mais encore catholique, musulmane et même bouddhiste.

Volgograd, jadis Tsaritsyne puis Stalingrad

Fondée au 16ème siècle à la quasi confluence du Don et de la Volga afin de garder les frontières sud-est de l’empire de Pierre le Grand, la ville s’étire le long du fleuve, derrière un rempart de 12m de haut. Par contre la grande Catherine choisit d’autoriser les étrangers à y résider afin d’y développer un important axe commercial qui débouchera au 19ème siècle sur la construction d’une ligne de chemin de fer vers la mer Noire mais aussi vers Moscou.

La gigantesque statue de la Mère Patrie se découvre dès le pied de la montée, là où surgit le buste d’un homme vigoureux symbole du courage des hommes du pays de la Volga.

Toutefois la ville qui a pris le nom de Stalingrad en l’honneur du « petit père des peuples » sera durant l’hiver 1942-43 le théâtre de terribles affrontements dont l’issue va changer le cours de la Seconde Guerre Mondiale. L’ampleur des pertes fut incommensurable, quelque 750.000 soldats allemands et plus d’un million de morts russes.

De la ville, il ne restait rien si ce n’est un amas de décombres. Depuis, elle a été entièrement reconstruite et aligne sur près de 70 km de berge des immeubles modernes qui alternent avec des parcs ainsi que des bâtiments industriels et bien sûr un stade de football flambant neuf.

En quittant Volgograd, le paquebot suit la ville moderne où le nouveau stade de football a bien sa place sous le regard lointain mais bien présent de la statue de la Mère Patrie.

Volgograd est surtout une ville de tourisme de mémoire car les souvenirs de la Grande Guerre Patriotique, puisqu’il s’agissait de sauver la nation face à l’ennemi nazi, sont encore particulièrement vivaces même si Staline a perdu de sa superbe. On trouve d’ailleurs au pied de la colline Mamaev qui célèbre la Mère Patrie un autre monument en granit rose qui veut commémorer les nombreux morts du goulag.

Étrange ville qui raconte face à face la gloire aux communistes qui ont vaincu la machine de guerre nazie et la condamnation du même régime communiste qui par la suite a trompé et détruit le peuple russe.

C’est depuis la Volga que l’on découvre le mieux côte à côte le musée-panorama Bataille de Stalingrad, les ruines du bâtiment du moulin à vapeur et la haute baïonnette fichée dans le sol pour rappeler que la bataille de Stalingrad s’est faite au corps à corps.

Grimper les marches vers le sommet du tertre de la Mère Patrie revient à effectuer un pèlerinage dans la mémoire vive de ce terrible hiver 42-43. Une première terrasse voit émerger d’un plan d’eau qui évoque la Volga un immense buste d’un homme vigoureux au regard fier prêt à en découdre avec l’ennemi pour sauver sa terre natale.

Une seconde étape longe des parois représentant les ruines de la ville et une bande-son très suggestive des bombardements, de cris et de chants de guerre accompagne le visiteur jusqu’à une seconde terrasse, celle des Héros dont la plus émouvante est bien sûr celle d’une mère soutenant son fils mort. L’entrée vers la salle de la Gloire évoque celle d’un blockhaus, on pénètre ensuite dans une large rotonde qui affiche les noms de milliers de soldats russes morts au combat.

Impressionnant rituel immuable du relèvement de la garde autour de la flamme éternelle qui veille sur les milliers de soldats russes dont les noms sont gravés dans les murs.

Le lieu est solennel d’autant qu’il est veillé par des soldats dont la garde est relevée à chaque heure selon un rituel impressionnant. Il reste à lever la tête vers la statue pharaonique de la Mère Patrie qui lève son glaive en signe de victoire. A ses pieds, un tertre cache une énorme fosse commune où ont été rassemblées 34500 dépouilles.

D’autres lieux évoquent encore cette époque, comme le musée du Panorama construit à côté des ruines d’une ancienne minoterie où on peut découvrir les étapes de la guerre à la manière de la tapisserie de Bayeux, ou encore cette haute baïonnette de 16m fichée dans le sol pour rappeler que la bataille de Stalingrad s’est faite au corps à corps d’un quartier à l’autre de la ville.

On raconte que la vie d’un soldat russe ne dépassait pas un jour et demi… Enfin on peut descendre dans les caves d’un ancien supermarché où s’étaient réfugiés les derniers soldats de la 6ème armée de la Wehrmacht, qui étaient aussi ceux qui étaient entrés à Paris sous l’Arc de Triomphe. C’est ici que la capitulation allemande a été signée au grand dam de Hitler, l’occasion de découvrir de nombreuses photos d’archives.

Suite de ce récit dans l’édition de demain.

La compagnie russe Vodohod Cruise and Travel a été créée en 2004 pour offrir aux touristes la possibilité de découvrir la Russie en voyageant le long de la Volga depuis Moscou jusque St-Pétersbourg mais aussi depuis Moscou jusque Astrakhan au bord de la mer Caspienne. Ambitieuse, la compagnie proposera dès 2020 une nouvelle croisière sur le fleuve Ienisseï qui prend sa source en Mongolie et se jette dans la mer de Kara dans l’océan Arctique.

Notre bateau, le Nijni Novgorod****, a été construit en 1977 et entièrement remodelé en 2018, au point d’offrir tout le confort que l’on attend d’un bateau de croisière que ce soit en termes de services proposés comme de qualité de ceux-ci. Eau, café et thé sont offerts en dehors des heures de repas. Une salle de repassage est également ouverte pour ceux qui le souhaitent.

Le commandant veille à ce que son bateau soit une porte ouverte sur la culture russe avec une boutique de souvenirs bien achalandée (matriochkas, laques, Fabergé, châles, ambre Baltique, etc…) mais encore des présentations des arts populaires de la Russie pour nous permettre de mieux comprendre l’intérêt de ces objets.

Des ateliers de peinture et des cours de russe (les rudiments) sont d’ailleurs proposés. Pour ceux qui le souhaitent, des soirées festives sont organisées avec la présence dynamique de musiciens et de chanteurs russes. L’anglais est la langue commune au niveau des services mais dès qu’un groupe s’inscrit pour une croisière il aura à sa disposition les services d’un accompagnateur russe qui maîtrise sa langue et l’accompagne dans les excursions www.bestrussiancruises.com.

Ce voyage a été possible grâce à l’initiative de Wan Voyage, une asbl liégeoise connue aussi sous le nom de W’allons-nous ? active dans l’organisation impeccable de voyages culturels préparés par Arts et Cultures en voyage, une agence créée à cette fin et composée d’historiens et d’historiens de l’art www.wanvoyage.com .

 

 

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Commentaires

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2 COMMENTS

  1. En effet, très intéressant reportage, je suis convaincu depuis longue date qu’il y a beaucoup de choses magnifiques et passionentes à voir en ex URSS.
    Par contre, que c’est navrant que les photos qui illustrent l’article soient d’une tellement basse résolution que pour l’une ou l’autre, on ne distingue presque rien. Espérons que pour les articles 2 et 3 les photos soient de meilleure qualité..

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