Pourquoi nous sommes contre AirBnB

L’idée de départ était sympa : mettre une chambre inoccupée à disposition d’un voyageur de passage, à prix d’ami, et profiter de l’occasion pour nouer des liens, rencontrer d’autres cultures. Mais voilà, la belle idée s’est transformée en un juteux business, bien loin de la philosophie de départ.

Loin de nous l’idée de condamner le « business » : nous en avons vécu, et bien vécu. Mais il faut nécessairement applique ce principe mathématique des « toutes choses égales par ailleurs » ! Et c’est loin d’être le cas.

Prenons tout d’abord cet engagement du départ : jamais, jurait le prestataire, nous ne ferons de l’ombre aux hôtels en allant sur le marché « corporate » ; nous visons et créons un autre type de clientèle. On se demande bien où cette autre clientèle se rendait avant de découvrir AirBnB, mais passons.

L’envers de ce tableau idyllique… l’est beaucoup moins

Ce qui est proprement scandaleux, c’est que la plateforme s’est transformée en une façon commode d’éluder l’impôt, à l’exception bien sûr des quelques naïfs honnêtes qui déclarent leurs revenus supplémentaires. L’excellent hebdomadaire professionnel français, L’Hôtellerie Restauration, dans on N° 3625, analyse la situation, chiffres en main, s’appuyant sur une étude parue dans « Challenges ».

En 2017, AirBnB a payé 161.330 € d’impôts en France, soit grosso modo l’impôt dû par une bonne PME. Mais AirBnB n’est pas une PME, ni une start-up : elle a été valorisée à 31 milliards de dollars !! Sa force est d’avoir utilisé ce qu’on appelle les « mécanisme d’optimisation fiscale ». En soi, c’est légal.

Mais l’hypocrisie insupportable est de se présenter comme une entreprise « responsable », « collaboratrice » et « citoyenne » dans la lignée très à la mode d’économie participative ! On croit rêver. Les millions de clients de la plateforme sont des clients perdus pour l’hôtellerie traditionnelle, laquelle représente 7.3% du PIB en France.

On peut extrapoler pour la Belgique

En plus de ces méfaits fiscaux, le plus dramatique est peut-être l’exploitation de logements qui ne sont plus disponibles pour les locaux : les prix flambent, les jeunes notamment en sont les premières victimes. En effet, une chambre louée à 60€ la nuit rapporte 600 € en seulement 10 nuits sur le mois…

Comparez ces revenus potentiels avec les revenus locatifs d’un appartement : il n’y a pas photo. Cette nouvelle clientèle investit des quartiers paisibles, résidentiels, et transforme la vie dans la ville.

Et enfin, les logements mis à disposition ne présentent le plus souvent aucune garantie en termes d’assurances, de conformité aux normes incendie, etc. Il existe pourtant des plateformes autrement plus responsables : citons par exemple Bed&Brussels qui a largement précédé AirBnB, et qui subsiste face à l’ogre, en pleine légalité. En fait, ne pas réserver par AirBnB est presque un acte citoyen.

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Commentaires

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1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour cet article.

    J’applique déjà le conseil donné en fin d’article: je ne réserve jamais par Airbnb. J’ai comparé plusieurs fois, et à chaque fois c’était plus cher qu’une chambre d’hôtel avec petit déjeuner…

    Pour nos passages en France l’été dernier, on a réservé des gîtes via le site de l’association Gîtes De France. Nous avons parlé avec nos hôtes, et tous souffrent de la concurrence d’AirBnb, alors que eux déclarent correctement leur revenus. Tant nos hôtes que moi-même ne comprenons pas comment cela se fait que beaucoup de gens paient bien plus cher via Airbnb que via GitesDeFrance, pour un service identique au final…

    Pour répondre à la question de l’auteur, d’après moi une partie de la clientèle AirBnb est une clientèle qui allait dans des gîtes avant l’apparition de l’ogre américain… Et une autre partie dans les hôtels.

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