Ycare: et de trois.. faillites

C’est, pour certains, la chronique d’une mort annoncée : celle d’Ycare Opportunity Travel, dont le Tribunal de commerce francophone de Bruxelles a prononcé la faillite le 28 juin dernier déjà. Comme on va le voir, Ycare, c’est tout une histoire…

Yannick Bertels, domicilié à l’époque avenue de l’Excursion à Woluwe Saint Lambert, dépose 750.000 francs et crée seul, le 5 août 1994, la société Ycare, dont le siège sera dans le même commune, 75, avenue de Woluwe Saint Lambert. Il a alors 31 ans. La société, qui se proposait d’exercer une activité d’agence de voyage, sera déclarée en faillite le 24 décembre 2012.

C’est le pied !

Mais auparavant, en 2005, le même Yannick Bertels, alors domicilié dans une luxueuse ville à Rixensart, s’est associé cette fois avec une certaine Axelle Willaert, domiciliée à… Dubaï, pour créer la sprl « Aux pieds des Anges », enregistrée au tribunal de Commerce de Nivelles le 13 décembre.

Tous deux seront administrateurs de la société et leur mandat, rémunéré. Le siège de la société est établi dans une maison sans âme jouxtant l’école communale, dans la rue principale de La Hulpe. La société a pour objet l’achat, la vente, l’importation, etc. de… chaussures et articles de maroquinerie.

Mais en août 2012, la boîte change de dénomination social pour devenir « Ycare Opportunity ». Elle change aussi de siège social — elle « déménage » au 19, rue Stuyvenberg à Woluwe Saint Pierre — et même d’objet social : le marchand de chaussures se mue en consultant et fournisseur de « services auprès d’agences de voyage (..) dans le sens le plus large ». Ycare Opportunity transférera encore son siège social au 51, avenue Louise le 10 octobre 2017… avant d’être à son tour déclarée en faillite, le 28 juin dernier.

Jamais deux sans trois

Ce n’est pas tout. Yannick Bertels, qui avait encore déménagé, cette fois au 19, rue Stuyvenberg à Woluwe Saint Pierre, dans un immeuble qui semble ne plus exister aujourd’hui, avait créé le 19 avril 2013 la sprl Opportunity City Trips en compagnie d’un citoyen d’origine égyptienne, Ali Hassan, domicilié à la même à adresse.

Ce dernier ne détient cependant qu’une seule part sociale du capital, fixé à 18.600 € et libéré à concurrence d’un tiers. La nouvelle société, dénommée « Opportunity City Trips », avait cette fois élu domicile directement au 51, avenue Louise, où se trouve aussi le siège de Jetexpress, les voyages d’Opportunity étant commercialisés sous sa licence (1054). Précisons que Jetexpress n’est en rien concerné par les problèmes de son « locataire ».

Les statuts seront modifiés le 23 janvier 2015 pour accueillir Nils Kok comme gérant non rémunéré pour une durée illimitée. Le 29 avril 2016, la société change de nom pour devenir « Management & Consulting Organisation, en abrégé MCO ». Et le 10 octobre 2017, acte… la démission de Nils Kok de ses fonctions de gérant. Il n’y a pas à dire, avec de pareils clients, Me Véronique Fasol, leur notaire à Woluwe, tient là une belle source de revenus récurrents…

Nils Kok n’est peut-être plus gérant de MCO, mais il était toujours actif dans Opportunity… jusqu’au 25 juillet dernier en tous cas, où il a été annoncé qu’il ne faisait plus partie du personnel…

Résumons. En un quart de siècle, Yannick Bertels a réussi à créer trois sociétés, les unes reprenant les activités des autres sous une autre appellation, etc., toutes trois tombées en faillite. Ajoutons qu’au cours des trois dernières années, la dernière en date des sociétés de Yannick Bertels, qui accumule les pertes années après années et dont les capitaux propres sont aujourd’hui négatifs, a été assignée onze fois par l’ONSS. Autant d’événements que les tribunaux du Commerce n’apprécient guère en général.

Mais comment font-ils ? 

Opportunity Travel proposait des voyages, et notamment des city trips, à des prix imbattables, et depuis trois ou quatre ans via des agences de voyage. Comme des escapades à Londres à partir de 99 €. Tous les professionnels du voyage se sont un jour ou l’autre demandé « mais comment font-ils ? ».

Car il n’y pas de miracle. La technique ? vendre « au ras des pâquerettes » un voyage quasi vide puis, une fois sur place, faire payer les excursions au prix fort. Mais les clients sont souvent logés en périphérie, assez loin de tout accès en transport en commun pour n’avoir pas d’autre choix que d’acheter les excursions. Plusieurs dossiers se sont d’ailleurs terminés à la Commission des Litiges Voyages.

« Tous les voyages planifiés sont maintenus et s’organiseront normalement », a assuré Opportunity Travel dans une interview téléphonique accordée à notre confrère Travel Magazine. Vraiment ? Mais comment une société en procédure de faillite peut-elle encore avoir la confiance de ses partenaires ? En attendant une quatrième société ?

Il reste décidément encore beaucoup de zones d’ombre dans ce dossier, ouvert par le tribunal de commerce francophone de Bruxelles avec M. Alain Henderickx pour curateur.

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Commentaires

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1 COMMENT

  1. Je suis étonnée de lire un tel article, j’ai toujours été très satisfaite ainsi que mon entourage de la qualité des voyages organisés par cette compagnie.

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