Turquie et Tunisie, les pieds d’argile
de la Méditerranée

Turquie et Tunisie — dont on confond souvent les drapeaux — sont actuellement confrontées à des situations politiques qui, pour être de nature très différente, n’en pèsent pas moins lourdement sur l’activité de leur secteur touristique.

En Turquie, où l’attaque contre l’aéroport d’Atatürk, le 28 juin dernier, a porté un coup dur à l’industrie touristique, déjà frappée par la crise avec la Russie et la vague d’attentats qui touche le pays depuis un an. La tentative de coup d’Etat du 15 juillet, sévèrement réprimée, a achevé de semer le doute sur les marchés quant à l’attractivité de la destination, au point que les réservations se sont effondrées de 40 % par rapport à l’été dernier.

Le soutien officiel de l’OMT à Erdogan

L’Organisation Mondiale du Tourisme, devenue agence de l’ONU, s’est tout à fait officiellement félicitée de l’échec du putsch : « Le peuple de Turquie a défendu très courageusement sa démocratie » a déclaré sans rire son Secrétaire général, Taleb Rifai. « Il est de notre devoir aujourd’hui de renforcer cette action en soutenant le tourisme, l’un des plus importants secteurs économiques de la Turquie », a-t-il poursuivi, en décidant d’apporter son soutien à la Turquie. Notamment en l’aidant à augmenter le nombre de vols directs depuis les principaux marchés européens… alors que Turkish Airlines vient de supprimer plusieurs de ses nombreuses liaisons avec Istanbul.

La Tunisie, en récession

En Tunisie, le tourisme ne repart pas, sinon porté par l’arrivée autant massive que bienvenue de touristes russes. Et pendant ce temps, le pays s’offre une crise ministérielle : le Premier ministre, Habib Essid, a posé la question de confiance au Parlement, samedi, qui l’a renvoyé à ses chères études. Son bilan économique n’est guère enviable : la production de pétrole s’effondre, celle des phosphates n’a jamais véritablement repris, les exportations sont en baisse — alors que se prépare un nouveau Code de l’investissement très favorable aux entreprises — et le pays s’enfonce dans la récession, à laquelle le gouvernement Essid n’a répondu que par le recours à l’emprunt : une vingtaine en sept mois ! L’instabilité politique, enfin, n’est évidemment guère propice à améliorer le climat des affaires.

Vers un gouvernement d’union

Un nouveau gouvernement devrait — en principe — être constitué dans les dix jours. Un gouvernement d’union nationale, selon les souhaits du vieux président de la République, qui pourrait compter… sept partis politiques et des représentants de la société civile, sans doute du patronat et des syndicats. Mais si quatre mois passent sans nouveau gouvernement, le président de la République a le droit de destituer l’Assemblée et d’appeler à de nouvelles élections législatives.

C’est la rançon du système proportionnel dont, sous prétexte de démocratie, les Tunisiens ont préféré se doter. On les avait pourtant prévenus : en Belgique, on ne connaît que trop bien les limites de ce système, qui n’a jamais brillé par son efficacité…

Turquie et Tunisie : de nombreux liens, déjà

Turquie et Tunisie entretiennent déjà des liens plus étroits qu’il n’y paraît. La Tunisie participera ainsi à la plus grande rencontre d’hommes d’affaires turcs et africains, prévue à Istanbul. La Turquie, qui taille pourtant déjà des parts de marché dans l’industrie textile tunisienne, voit dans la Tunisie une porte d’entrée naturelle vers le marché africain.
Elle est aussi déjà bien présente en Tunisie dans le secteur aéroportuaire, où les Turcs disposent d’un incontestable savoir-faire. Ainsi, c’est la société turque TAV qui exploite l’aéroport d’Enfidha… dont les employés n’auraient plus été payés depuis plusieurs mois, au motif que sa fréquentation a considérablement baissé depuis les attentats.

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