Tunisie : un marché en mutation

La lente dégradation du tourisme européen en Tunisie se poursuit… Un peu plus de 7.000 touristes se sont rendus en Tunisie au départ de Bruxelles et de Luxembourg cet été, soit 15 % de plus que l’an dernier. Au total, ils ont été plus de 16.000 depuis le début de l’année… mais c’est là 68,5 % de Belges et 41,8 % de « Luxembourgeois » — ou d’utilisateur belges de l’aéroport du Findel… —en moins par rapport à l’année dernière.

En cause, évidemment, l’avis négatif que le ministère belge des Affaires étrangères continue de porter, on se demande pourquoi, sur les voyages en Tunisie et qui justifie l’attitude des deux grands tour-opérateurs — et eux seuls ! — de ne pas proposer cette destination.

Il ne s’agit pas d’un boycott : Jetair et Thomas Cook, en tous cas, seraient prêts à reprendre les airs en direction de la Tunisie dès que cet « ‘avis négatif » sera levé… et que leurs assureurs en tiendront compte aussi. D’autres tour-opérateurs et agences de voyage continuent d’ailleurs de proposer la Tunisie.

De mauvais chiffres annuels

En attendant, si la saison d’été a été marquée par une (légère) reprise du tourisme, les chiffres annuels, à la date d’aujourd’hui, sont catastrophiques : 85.000 touristes français et allemands en moins, 185.000 Britanniques, etc. Par rapport à la dernière « bonne année », 2014, c’est évidemment encore pire. TOUS les pays émetteurs sont en baisse, à l’exception de la Russie, qui en est à plus de 450.000 touristes, et de l’Algérie, dont plus d’un million de ressortissants sont venus cet été en voisins. C’est grâce à eux que le tourisme tunisien a pu limiter les dégâts : un total d’un peu moins de 63.000 touristes « perdus » à ce jour, par rapport à 2015 — mais près de 100.000 non-résidents étrangers. Grâce aussi, soyons justes, aux Tunisiens eux-mêmes.

L’Europe : un quart seulement de la clientèle

Mais à quel prix ? Les Russes sont unanimement considérés comme les touristes les plus désagréables, mais représentent désormais 12 % des visiteurs en Tunisie, les Algériens, près de 30 %. Et les « Européens », toutes nations confondues, ne constituent plus qu’un quart de la clientèle. C’est dire si, du seul point de vue « culturel », les choses sont en train de changer.

Salma Elloumi Rekik2La ministre du Tourisme et de l’artisanat, Salma Elloumi Rekik, l’une des rares personnalités à avoir conservé son poste dans le nouveau gouvernement, en tient compte. Elle a déjà décidé la fermeture de la représentation du tourisme à Zürich, le marché suisse dépendant désormais de Vienne. Depuis le 30 juin dernier, la fonction de représentant adjoint, comme à Paris et dans sept autres capitales, a été supprimée. Et l’intérêt sera davantage porté sur les zones de l’Afrique, de l’Asie et des pays du Golfe.

A Bruxelles, enfin, le mandat d’Amel Mallouche, directrice de l’ONTT, a été écourté, sans qu’on connaisse encore le nom de son successeur. Elle n’a pourtant pas démérité, mais l’appui de ses amis et le soutien sans faille de l’ambassadeur de Tunisie à Bruxelles, qui ne manque pas une occasion de s’investir personnellement, n’auront pas suffi à convaincre Didier Reynders de lever l’anathème qui pèse toujours sur la seule démocratie arabe…

 

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