Trump, un repoussoir pour le tourisme?

9 novembre 2016! Cette date marque l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, un homme d’affaires misogyne, raciste, et sans aucune expérience politique, qui aura réussi à séduire la majorité de l’électorat par sa vulgarité et le néant intellectuel, aidé par le rejet de l’establishment et à l’égard de Clinton de la part d’une classe moyenne blanche largement délaissée.

Et pourtant, les observateurs n’ont pas réussi à prédire sa victoire. « Ne jamais sous-estimer le pouvoir des gens stupides en lorsqu’ils se rassemblent », disait George Carlin. En quoi les conséquences de cette élection, qui restent difficilement prévisibles, peuvent-elles affecter le secteur du tourisme ?

Seuls 7 % des professionnels du tourisme soutiennent Trump

Imprévisible. C’est sans doute le terme qui convient le mieux pour qualifier les décisions que Trump mettra en œuvre, tant sa méconnaissance des dossiers donne lieu à des prises de position fluctuantes. La bourse et les experts s’inquiètent déjà des effets de cette présidence sur l’économie.

Le World Travel Market (WTM) rappelle que seuls 7% des professionnels du secteur soutiennent Trump. Le Mur que le nouveau président veut faire construire entre les États-Unis et le Mexique y serait pour beaucoup, mais dans l’ensemble, c’est l’image que donnent les États-Unis qui inquiète les professionnels. Le PDG de Brand USA, l’organisme de promotion touristique du pays, se veut présent pour rassurer le marché.

Un quart du tourisme « musulman » aux USA…

Parmi les propositions de Trump : interdire à tous les musulmans d’entrer sur le territoire américain (« Nous n’avons pas le choix nous n’avons pas le choix, nous n’avons pas le choix »). Cela concerne aussi les touristes, rapportait Associated Press. Cette discrimination, si elle venait à être mise en œuvre, porterait un premier coup dur au secteur, puisque les États-Unis captent en effet un quart du tourisme dit musulman, selon Salam Standard, organisme de certification des établissements hôteliers selon leur conformité aux critères halal.

… pour plus de 50 milliards de dollars

La valorisation du marché des touristes musulmans aux États-Unis s’élèverait ainsi à 35 milliards de dollars. Cela fait des États-Unis le plus grand bénéficiaire de ce sous-secteur en pleine expansion. « Les États-Unis tirent davantage profit du tourisme musulman que toute autre économie dans le monde en termes d’impact direct sur le PIB », commente Faeez Fadhlillah, PDG de l’entreprise de certification. « Et si l’on prend en compte les effets multiplicateurs de ces dépenses touristiques, le poids total de cet impact s’élève à un montant faramineux de 50,8 milliards de dollars », poursuit-il. C’est un marché amené à croître de 50% en 5 ans, synonyme de 600.000 emplois.

Quoi qu’il advienne de cette proposition, il n’est pas certain que les musulmans aient encore envie de se rendre dans ce pays où la majorité des citoyens ont voté pour quelqu’un qui a fait de leur discrimination un cheval de bataille.

La marque Trump boycottée

Au-delà du nombre de déclarations des étrangers qui se sont promis de ne pas fouler le pied sur le territoire américain, nombreux sont ceux qui boycottent la marque Trump, propriétaire de nombreux hôtels et parcours de golf. La moitié des clients des agences de voyage interrogées ont déclaré ne pas vouloir séjourner dans un établissement ayant un quelconque rapport avec le nouveau président.

Les Européens aussi seront mal accueillis

En plus des musulmans, Trump veut restreindre l’arrivée des Européens (l’un n’empêche pas l’autre, remarquons) sur le territoire, en particulier les Français et les Allemands, qu’il estime davantage responsables de l’échec du contre-terrorisme et qu’il accuse d’accueillir trop de migrants. Il leur a promis un « contrôle minutieux ». Voilà qui donne envie.

Nous pourrions donc assister à la fin du programme d’exemption de visa des Européens à destination des États-Unis, ce qui ne risque pas de favoriser l’arrivée des touristes.

Un boom au Canada

Le site internet pour les demandes d’immigration au Canada s’est retrouvé saturé lorsque Trump commençait à remporter l’élection. De nombreux Américains envisagent en effet de plus en plus sérieusement de se réfugier au Canada.

L’île Cap-Breton située en Nouvelle-Écosse a déjà enregistré un immense boom des réservations, après qu’un animateur de radio a invité les déçus de l’élection à y trouver refuge. Le site de l’Office de tourisme a ainsi reçu plus de 300.000 visites en une semaine, soit plus que durant toute l’année dernière.

Un « Mur » canadien ?

La médiatisation de ce « buzz » a mis en valeur l’ensemble de la destination Canada qui peut désormais espérer une belle augmentation de ses visiteurs grâce à cette publicité gratuite.

Ce gain de popularité touche surtout les Américains qui, traditionnellement, n’envisagent pas le Canada comme une destination de vacances. Mais les touristes du monde entier s’intéressent désormais davantage au Canada.

À ce rythme-là, c’est le Canada qui sera bientôt obligé de construire un Mur. Celui proposé par Trump semble plus utile à empêcher les citoyens américains de fuir plutôt qu’à empêcher les étrangers d’entrer sur le territoire.

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