Tourismophobie, Touristification et Gentrification : le cas de Venise

On nomme tourismophobie au syndrome qui apparaît lorsque la capacité d’accueil d’une destination est dépassée, c’est-à-dire lorsque le nombre de touristes qui investit un espace physique fait ce que la ressource environnementale se détériore et que les résidents développent un sentiment de rejet.

Dans un documentaire de 2012 intitulé “Le syndrome de Venise”, le réalisateur italien Andreas Pichler raconte les conséquences de l’excès de touristes dans la cité des Doges : 30 millions de visiteurs chaque année pour seulement 56 000 résidents ; à ce rythme, on estime que d’ici 2030, il n’y aura plus de population locale.

Interrogés, les résidents expliquent leur ras-le-bol vis-à-vis des touristes d’un jour, c’est-à-dire, ceux qui ne font qu’arriver le matin, parcourir la ville en prenant des photos et partir en fin d’après-midi, qui ne séjournent pas sur place ni consomment localement.

Et surtout, qui ne profitent même pas des superbes attractions culturelles pour lesquelles la ville est si connue. Le motif ? Elles prennent trop de temps dans le programme de la journée qui doit se faire au pas de course.

Avec le terme un peu barbare de touristification, on qualifie le côté négatif du tourisme de masse, à savoir, au changement subi par les villes qui orientent leurs efforts principalement ou uniquement vers les touristes.

C’est-à-dire que les magasins, les installations et les services sont mis en place exclusivement pour le visiteur, en laissant de côté le résident, ce qui fait que le coût élevé de la vie ne peut être payé que par les touristes qui ont les moyens.

A la table d’un bar sur la place Saint-Marc, un espresso peut coûter jusqu’à 11 euros, c’est dire ! Ceci se traduit par des manifestations ou des affiches dans les rues où les citoyens expriment leur mécontentement.

En raison d’un tourisme prédateur et irresponsable, récemment un groupe de touristes chinois ont été traité de « porcs » à cause de leur habitude de cracher partout et d’arriver du pays à l’origine du Covid-19.

Un autre côté sombre du tourisme excessif est la gentrification, un phénomène qui se produit généralement dans les quartiers du centre historique comme San Marco, Castello ou Dorsoduro, très attractifs pour un secteur de la population avec un bon niveau de revenus qui profite de l’économie dite collaborative pour proposer des espaces d’hébergement aux voyageurs.

L’augmentation de l’offre d’appartements privés dans des plateformes telles qu’Airbnb a entraîné une augmentation du coût des loyers en ville que seuls les touristes sont prêts à payer.

Afin d’éviter que les effets de l’industrie touristique ne produisent un effondrement plus prononcé de la vie quotidienne (et des fondements) de cette ville, en 2017, la mairie a mis en place un plan d’action sur deux ans.

Le bilan des résultats de ces mesures était attendu début 2020 mais, pour cause de pandémie, ils ont été remis à plus tard. A suivre…

C.A.T.

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