Thomas Cook : Le jour d’après…

A la fois tour-opérateur et compagnie aérienne, le groupe réalisait près de 10 Mds£ de chiffre d’affaires par an en faisant voyager 20 millions de clients en provenance de 16 pays, principalement vers l’Europe du sud et la Méditerranée. Jusqu’à hier à 3h00 du matin…

Au total, ce ne sont pas moins de 600.000 personnes qui sont aujourd’hui dans la nature, dont 150.000 ressortissants britanniques partout dans le monde. Il faut dire qu’en septembre, nous sommes toujours en période de vacances. Le coût de l’opération de sauvetage est estimé à 600 M£, soit la moitié du déficit semestriel affiché par le tour opérateur…

Les Belges sont, eux, quelque 10.000 concernés. Comme l’indique l’UPAV (voir son communiqué), ils seront tous rapatriés, d’une manière ou d’une autre, grâce au Fonds De Garantie. Pour ceux qui ne sont pas encore partis mais qui ont eu la mauvaise idée de déjà réserver et payer leurs vacances 2020, le remboursement s’avérera sans doute plus difficile, et en tous cas plus long. Mais en principe, aucun client belge ne devrait être lésé.

Questions sans réponse ?

Hier, dans la nuit où nous mettions en ligne cette mauvaise nouvelle pour les agences et leurs clients, de nombreuses questions restaient cependant sans réponse. Ainsi en était-il de la filiale belge de Thomas Cook qui, elle au moins, gagnait de l’argent. Pourra-t-elle poursuivre ses activités ? Et pourra-t-elle rembourser ses clients qui ne sont pas encore partis ? Rien n’était moins sûr. Ou ses comptes seront-ils consolidés avec ceux de la maison-mère, lui apportant quelques liquidités bien nécessaires ?

Quid, aussi, du Fonds de garantie ?

Il dispose d’un important « matelas » de trésorerie, le dernier sinistre remontant, sauf erreur, à la faillite de Best Tours en 2011. Mais avec une catastrophe économique d’une telle ampleur, il est évident qu’il va fondre comme neige au soleil. Sera-ce suffisant ? Il lui faudra en tous cas reconstituer ses réserves. Or Thomas Cook lui-même était son plus gros contributeur. Faudra-t-il demander un effort supplémentaire à l’ensemble des agences de voyage, qui seraient ainsi elles-mêmes impactées par la faillite, même si elles n’ont jamais envoyé un seul client chez le TO gantois ?

Et TUI dans tout ça ?

Enfin, la faillite de Thomas Cook profitera-t-elle à son principale concurrent, le groupe TUI ? Rien n’est moins sûr, là non plus. Certes, elle réduira certaines surcapacités qui ont pesé sur les bénéfices et les prix des vacances au cours des dernières années, comme l’expliquent des traders, qui chiffrent déjà à 4 % les gains du géant désormais seul en tête. TUI, affaibli par la crise du Boeing 737-400 MAX, pourrait ainsi bénéficier d’une bouffée d’oxygène. Mais les consommateurs suivront-ils ?


Rassurer d’abord les actionnaires…

Ah ! Ils ont l’air malin, celles et ceux qui, au lendemain de la publication de notre article annonçant la fin probable de Thomas Cook (Avec 5 jours d’avance sur la réalité – ndlr), se refusaient à y croire. Certains, même, nous abreuvaient d’injures (voir les commentaires sur cet article-là), nous accusant d’être payés et de nous réjouir de la faillite de l’entreprise.

Mais cher Monsieur, chère Madame, nous ne sommes payés par personne, et certainement pas par le groupe TUI qui, parce que son modèle est le même, pourrait tout aussi bien connaître les mêmes problèmes. Les journalistes de PagTour ne sont payés — et pas assez cher… — que par son éditeur ! Et où avez-vous lu que nous nous réjouissions de voir 22.000 personnes sur le carreau ?

Et de nous donner des leçons sur ce qu’il faudrait faire : « Vous devriez soutenir les entreprises du Tourisme plutôt que de les matraquer ». Mais c’est bien ce que nous faisons, justement ! C’est même la vocation de PagTour : défendre les vrais professionnels, les petits tour-opérateurs, les agences indépendantes, et tous ceux qui font leur métier avec compétence et avec cœur. Pour ce qui est de passer systématiquement la pommade aux grandes enseignes comme Thomas Cook, ce n’est pas notre style, et d’autres que nous s’y emploient avec empressement.

La palme revient à un certain FP, qui écrit : « Mais qui êtes-vous pour écrire ces mensonges ? (sic) A croire que vous connaissez rien au tourisme ! (…) Vous devriez être interdit de publication ! ». Il se trouve, cher Monsieur qui connaissez si bien le tourisme, que PagTour est produit par des professionnels qui, chacun dans sa spécialité, disposent d’une grande expertise. Et qu’ils savent lire un bilan, analyser un graphique et… distinguer le vrai du faux et le probable de l’incohérent dans les propos que tiennent le plus souvent des managers aux abois. C’est ce libre examen qui fonde le sérieux et l’indépendance de PagTour, garants de sa liberté.

En attendant, ils ne peuvent qu’assurer de toute leur sympathie tous les employés de Thomas Cook, qui vont comprendre que leur direction n’a cure de leur sort. Les ultimes tentatives pour sauver le tour-opérateur n’avaient d’ailleurs d’autre but que de rassurer les actionnaires qui, comme les employés du groupe, n’ont désormais plus que leurs yeux pour pleurer.

C.B.

 

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