Sommet de l’OTAN: les intérêts économiques cachés de Trump

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Donald Trump a-t-il raison de s’en prendre à ses alliés de l’OTAN en disant qu’ils ne respectent pas leurs engagements de dépenses militaires ? La réponse est oui, mais ce que oublie de dire Trump, c’est qu’il a aussi un intérêt caché à le dire. Amid Faljaoui, notre chroniqueur éco, nous montre qu’en matière militaire, il y a aussi des enjeux économiques qui ne disent pas leur nom.

Avant même d’atterrir à Bruxelles, Donald Trump a montré sa mauvaise humeur. Et comme d’habitude, il l’a exprimé par plusieurs tweets, histoire sans doute de réchauffer l’ambiance avec ses alliés.

Dans l’un de ses tweets, il dit : « Les pays de l’Union européenne rendent la vie impossible à nos fermiers, nos travailleurs et nos entreprises et veulent en même temps que les États-Unis les défendent bien gentiment et payent pour cela. Ça ne peut pas marcher ».

Au-delà de l’aspect brutal de sa déclaration, la question est simple : Donald Trump a-t-il raison de s’en prendre à ses partenaires européens ? Sur le principe, malheureusement, il a raison. Pourquoi ?

Parce qu’en 2006, les pays membres de l’OTAN se sont mis d’accord pour consacrer au moins 2% de leur produit intérieur brut à la défense. Nous sommes 12 ans plus tard, et ce n’est toujours pas le cas. Bien entendu, la crise économique de 2008 a rendu impossible le respect de cet engagement, mais en attendant, les États-Unis consacrent, eux, 3.6% de leur PIB à la défense.

En revanche, la plupart des pays de l’OTAN sont restés sous le seuil des 2%. Donald Trump en veut en particulier à l’Allemagne. Pourquoi ? Là-encore, il considère que l’Allemagne a le deuxième plus gros PIB de l’OTAN juste après les États-Unis, mais elle n’est que 4ème en matière de dépenses de défense.

« Donald Trump a-t-il raison de s’en prendre à ses partenaires européens ? Sur le principe, malheureusement, il a raison »

L’Allemagne consacre 47 milliards de dollars à sa défense alors que, si elle respectait le seuil de 2% de son PIB, ce montant s’élèverait à 76 milliards de dollars ! Et là encore, pour enfoncer le clou, le président américain fait une démonstration en trois temps par tweet interposé.

Primo, l’Allemagne enrichit la Russie en lui achetant du gaz et du pétrole. Secundo, l’Allemagne est de facto prisonnière de la Russie sur le plan énergétique, le pays contre lequel nous la protégeons. Et tertio, les États-Unis n’ont plus à accepter cela !

Mais encore une fois, la question, est : a-t-il raison ? Sur le fond, hélas, oui encore : l’Allemagne est un pays très riche et qui a un excédent budgétaire. L’Allemagne pourrait sans souci augmenter ses dépenses militaires. Sur ce plan, Trump a raison.

Mais comme il est finaud, il oublie juste de dire qu’il met aussi la pression sur ses alliés pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires, car leur fournisseur en arme, ce sont les États-Unis.

Il assure à son industrie de l’armement un volume de commandes gigantesques. N’oublions pas que les États-Unis détiennent 34% du marché mondial de l’armement. La défense est un secteur qui s’exporte bien, très bien même : on parle de 80 milliards de dollars d’excédent commercial, et ce secteur de l’armement est le premier exportateur des États-Unis, devant le secteur automobile. Et donc, la complainte de Donald Trump, si elle est juste, n’est pas dénuée d’intérêt économique : c’est ça l’art du deal à la Trump !

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