« Si on ne veut pas pousser la jeunesse vers un vote protestataire, il faudra lui offrir des perspectives »

Je voudrais revenir sur le vent chaud de liberté qui a parcouru l’ensemble de la Belgique et en particulier ses parcs et sa côte le week-end dernier. Ce qui a frappé aussi les observateurs, c’est la présence massive des jeunes. Ils ont un point commun, ces jeunes pensent appartenir à cette génération sacrifiée, la génération covid-19.

Ils pourraient se dire comme Paul Nizan, mort à la guerre le 23 mai 1940, « j’avais vingt ans. Et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ».

Bien entendu, les jeunes de Belgique n’ont pas connu la guerre ni la famine, mais ces mêmes jeunes devront affronter d’autres dangers, comme demain le péril écologique ou le chômage de masse et la précarité sociale.

En d’autres mots, leur présent est synonyme d’angoisse et leur avenir est synonyme d’incertitude pour la simple raison que cet avenir est hypothéqué par une dette publique qui s’est accrue de manière considérable et qu’il faudra bien rembourser un jour.

Comme le faisait remarquer crûment le philosophe André Comte-Sponville, quand on regarde l’âge moyen des personnes décédées de ce satané virus, ce sont surtout les jeunes qui ont fait les frais de ce qui est selon lui, le résultat du « panmédicalisme ». Autrement dit, « faire de la santé la valeur suprême ».

Alors que ce philosophe est athée, il estime que c’est une conséquence de la déchristianisation et du vieillissement de nos populations. Moins on croit en une autre vie, plus on a peur de perdre celle-ci. « Moins on croit au salut, plus on tient à sa santé et d’autant plus qu’on est vieux, donc plus fragile ».

Bien entendu, il n’y a là rien de condamnable, c’est juste un constat de ce philosophe. Et puis, comme dirait l’autre, « l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne », c’est juste une incitation à voir les choses sous un autre prisme. Donc, oui, politiques, économistes, sociologues savent que si on ne veut pas pousser la jeunesse vers un vote protestataire, il faudra lui offrir des perspectives.

Pour certains, la solution consisterait à allonger la durée de notre dette publique dans l’intérêt de notre jeunesse. Comme les taux d’intérêt sont très bas à long terme, c’est l’occasion d’emprunter non pas à 6 ou 8 ans comme on le fait habituellement, mais à 50 ans comme le font certains pays et comme veulent d’ailleurs également le faire les États-Unis. « Soyez libéral, soyez socialiste, mais ne soyez pas menteur » disait Jacques Rueff, l’économiste du Général De Gaulle.

La classe politique d’aujourd’hui qui voudrait donner des perspectives à notre jeunesse devra garder à l’esprit cette phrase, elle n’a pas pris une ride.

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