Reprise imminente du tourisme en Europe

Sauf retournement de dernière minute, le certificat européen de vaccination promis pour fin juin devrait dispenser les touristes européens de toute autre formalité sanitaire pour voyager en Europe. Il est possible que ce soit également le cas pour certains pays non membres de l’UE, comme la Suisse ou la Norvège, voire même le Royaume Uni : c’est un des points qui restent encore à régler entre les Vingt-Sept. En principe, car les médias britanniques croient savoir que tous les pays de l’Union ne seront pas logés à la même enseigne.

Réciprocité exigée

Pour les pays extra-européens, il faudra des accords bilatéraux, certains pays ne reconnaissant pas les certificats des autres, ou refusant même le principe d’un certificat de santé, considéré comme discriminatoire et attentatoire aux libertés individuelles.

C’est évidemment le cas des Etats-Unis, où il faudra sans doute continuer à se soumettre à des tests Covid avant, après et même pendant le séjour, ce qui augmentera d’autant le coût du voyage, comme s’en inquiète l’IATA à juste titre.

En revanche, pour l’entrée en Europe, les formalités seront facilitées : l’Union a recommandé d’ouvrir les frontières aux voyageurs ayant reçu un vaccin autorisé au niveau européen — c’est le cas de la plupart des Américains — ainsi qu’aux ressortissants des pays où la circulation du virus est minime.

Il y a urgence

Il était temps. Rappelons que, selon l’estimation du Conseil mondial du voyage et du tourisme, 937 milliards d’euros et 3,6 millions d’emplois ont été perdus en Europe dans le seul secteur du voyage en 2020. La plupart des pays à haute vocation touristique ont mis en place des lobbies qui n’ont eu de cesse que de faire pression sur leurs gouvernements respectifs.

En Espagne, le lobby Exceltur, qui rassemble les principaux groupes du secteur, exhorte le gouvernement à tout faire pour que le certificat vert européen « soit un instrument utile à l’augmentation de la mobilité touristique, tout en évitant les mesures restrictives unilatérales comme les quarantaines au retour dans les pays d’origine », et qu’il signe des « accords bilatéraux ou multilatéraux similaires avec les principaux marchés touristiques hors de Schengen ».

En Italie, les professionnels du secteur souhaitaient que le pays s’aligne sur les modalités prévues par l’Espagne et la Grèce, laquelle avait été la première à lancer l’idée d’un « passeport » sanitaire européen.

Le Sud s’organise

L’enjeu est de taille en Europe, car les touristes britanniques sont souvent majoritaires dans les pays du Sud.

Ainsi, en Espagne, Benidorm (photo), plébiscitée par les Anglais, ressemble à une ville fantôme. Les pubs et les magasins de produits alimentaires britanniques ont fermé faute de clients et plus de 10 % des bars ont mis la clé sous la porte.

Aujourd’hui, la pression du secteur du tourisme et la relance indispensable de l’activité économique ont eu raison de l’état d’alerte, qui devait prendre fin ce 9 mai, et ne devrait pas être renouvelé.

Au Portugal, le nombre de visiteurs étrangers est tombé à 3,99 millions, soit 75,7 % de moins qu’en 2019. Le pays, qui préside actuellement le Conseil européen, a lancé la quatrième phase de son plan de déconfinement et le gouvernement espère vacciner 70 % des 10,3 millions d’habitants d’ici à l’été.

L’Italie enregistre chaque jour de nouveaux petits signes encourageants. Venise (photo) attend le retour des touristes et… qu’une solution définitive soit trouvée pour éviter le passage des gros navires de croisières dans le canal de la Giudecca.

Sans attendre le fameux certificat de vaccination européen, Mario Draghi, président du Conseil italien et ancien dirigeant de la Banque Européenne, a lui-même annoncé pour le 16 mai la fin de la quarantaine obligatoire pour les touristes étrangers.

En Grèce, les pouvoirs publics ont organisé une vaste campagne de vaccination, carrément baptisée « Opération Liberté ». En 2020, la Grèce a accueilli près de cinq fois moins de visiteurs (7,4 millions) que l’année précédente.

Aujourd’hui, l’objectif est d’atteindre 35 % à 40 % des chiffres de 2019. Pour l’heure, les réservations arrivent au compte-gouttes. Mais il faudra attendre le mois de juillet pour avoir une image plus claire.

La Croatie, enfin, a décidé de réserver en priorité ses vaccins contre le Covid-19 aux travailleurs du secteur, une première en Europe. Mais les hôtels tournent encore largement au ralenti sur la côte.

Le pays a déployé une campagne de communication baptisée « Stay safe in Croatia » qui promet des zones « sans Covid » sur ses îles et de labelliser les infrastructures touristiques respectant les gestes barrières.

Les premiers indicateurs du mois d’avril sont plutôt encourageants : avec près de 300 000 nuitées sur le mois, le nombre a triplé par rapport à 2020. Les hôtels, faut-il dire, ont consenti des efforts spectaculaires sur les prix.

[Avec Le Monde]


L’Australie toujours plus isolée

Ouvrir le pays aux touristes étrangers ? Ce ne sera pas le cas, par exemple, en Australie, où le ministre du Tourisme a estimé, sur SkyNews, que le pays pourrait maintenir la fermeture de ses frontières « jusqu’au milieu ou au second semestre de l’année prochaine ». La flambée des cas en Inde aurait montré la nécessité de conserver les restrictions à l’entrée du pays pour maintenir le faible niveau de propagation du virus en Australie.

Depuis le 20 mars 2020, l’Australie a mis en place un contrôle drastique de ses frontières. Toute personne arrivant de l’étranger est soumise à une quarantaine de 14 jours dans un hôtel.

Avant la pandémie, environ un million de voyageurs entraient chaque mois dans le pays pour des séjours de courte durée. Ils ne sont plus désormais que 7 000. La perspective d’une fermeture des frontières pendant près de trois ans va porter un sérieux coup à l’industrie touristique de l’Australie.

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