Réchauffement: le rapport qui fait froid dans le dos

Tous les climatologues vous le diront : les records de chaleur enregistrés ces derniers étés ne constituent pas une preuve suffisante du réchauffement de la planète Terre. Mais une succession de températures hors normes et l’accumulation de phénomènes météorologiques exceptionnels, oui. En fait, la machine « climat » est en train de s’emballer.

L’été belge a été exceptionnel, avec une moyenne de 24,2 degrés. En France, sur les neuf premiers mois, l’année 2018 a été la plus chaude depuis la fin du 19ème siècle — auparavant, on ne mesurait pas les températures avec suffisamment de précision — avec même un mois de septembre « anormalement ensoleillé » : 197 heures 34, contre une moyenne de d’environ 143 heures, pour seulement neuf jours de pluie, contre une moyenne de 15,7. A Bordeaux, depuis 2000, la température moyenne a augmenté de près d’un degré. Et on pourrait multiplier les exemples.

Un seuil dépassé

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) était réuni la semaine dernière en Corée et devait rendre publiques ses conclusions ce lundi. Et elles sont plus qu’inquiétantes.

Les experts considèrent désormais la possibilité que le réchauffement dépasse un seuil à partir duquel se produiraient des effets irréversibles et s’amplifiant sans limitation possible, selon le concept de rétroaction positive : une fois amorcé, un phénomène peut s’amplifier de façon autonome parce qu’il s’auto-entretient.

Jusqu’ici, la majorité des modèles climatiques supposaient une relation quasi-linéaire entre les émissions de CO2 et l’augmentation de la température.

Les chercheurs estiment aujourd’hui qu’un certain niveau de réchauffement enclencherait des rétroactions telles qu’elles empêcheraient la température moyenne de se stabiliser.

La machine climatique s’emballe et se réchauffe plus fortement que ne pourraient l’induire les seules émissions de CO2, nous conduisant vers une Terre-serre très chaude et peu vivable : « Le réchauffement pourrait activer des éléments déclencheurs, qui augmenteraient eux-mêmes la température par un effet domino conduisant la planète vers des températures toujours plus élevées ».

Depuis le début de la révolution industrielle, la température moyenne de la Terre avait déjà augmenté de 1,5 degré. Si on y ajoute un seul degré supplémentaire, on dépasse largement le seuil fatidique des deux degrés, au-delà duquel cela risque de devenir catastrophique. Or, nous y sommes…

Un retour impossible

Quels pourraient être ces éléments déclencheurs, amorcés par le réchauffement ? Les chercheurs en citent particulièrement cinq : le dégel du pergélisol, l’affaiblissement de la capacité des océans et des sols à absorber le CO2, l’augmentation de la respiration bactérienne océanique, générant plus de CO2, la disparition de la forêt amazonienne et celle de la forêt boréale.

 

Qui plus est, ces éléments pourraient interagir : par exemple, la perte de la couverture glaciaire du Groenland déclencherait un changement de régime du grand courant océanique de l’Atlantique, ce qui accélérerait la perte de glace de l’est de l’Antarctique, augmentant l’élévation du niveau des océans…

Si l’humanité se laissait entraîner dans le régime de la Terre-serre chaude, le retour à un système stabilisé deviendrait très probablement impossible.

Même si l’on parvenait à stabiliser le climat de la Terre à un niveau supportable pour les sociétés humaines, il resterait cependant plus chaud qu’à aucun moment depuis 800.000 ans.

Les conséquences sur le tourisme 

Quelles seront les conséquences pour le tourisme ? On peut aisément imaginer que la fonte des glaces mènera à la disparition progressive des stations de sports d’hiver et que la montée du niveau des océans impliquera celle de nombreuses stations balnéaires — le littoral flamand n’étant pas épargné.

Il faut y ajouter la multiplication de tornades, ouragans et autres cyclones détruisant tout sur leur passage, d’inondations gigantesques ici et de sécheresses dramatiques ailleurs, entraînant la mort de millions de personnes.

Des destinations courues aujourd’hui sortiront des catalogues, les touristes resteront chez eux ou se rueront vers les villes et les zones encore épargnées… contribuant par là même à augmenter leur réchauffement.

Ce scénario-catastrophe était jusqu’ici envisagé pour la fin du siècle : il est désormais probable que moins d’une génération nous en sépare.

Cessons de dénigrer la science !

Le pire est que trop de responsables ne croient pas à ce scénario, et notamment bien sûr Donald Trump. Au sommet mondial pour l’action climatique, l’acteur Harrisson Ford a eu raison de s’écrier : « Nom de Dieu, cessons de dénigrer la science, cessons de donner du pouvoir à des gens qui ne croient pas en la science ! » [à voir sur https://www.youtube.com/watch?v=59F1Hd5TbHc]

Car les choix que la société planétaire va faire dans les prochaines décennies auront des conséquences millénaires — et irréparables s’ils se faisaient dans la mauvaise direction.

Ils impliquent de réduire drastiquement les émissions de CO2, de protéger et de restaurer les milieux naturels capables de l’absorber et d’améliorer la balance énergétique de la planète. Mais il faut pour cela une transition radicale, et non se contenter de « petits changements ». Et donc une véritable volonté politique.

C.B.

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