Qui se réjouit du Brexit ?

Le plus étonnant dans cette histoire de Brexit, c’est de voir à quel point la très grande majorité des experts se sont à nouveau trompés sur l’issue de ce référendum.

Souvenez-vous, la Bourse avait grimpé pendant plusieurs jours juste avant le scrutin fatidique du jeudi 23 juin, et plusieurs experts en ont conclu que les marchés étaient enfin rassurés. Bref, la Bourse savait quelque chose que nous, simples mortels, ne savions pas.

Puis, patatras, le vendredi 24 juin au petit matin, ceux qui en doutaient encore ont découvert que la Bourse ou les marchés financiers n’en savent en réalité pas plus que vous et moi sur l’avenir. Et quant aux instituts de sondage britanniques, ils se sont également fourvoyés mais alors là, dans les très grandes largeurs. Vous me direz qu’à Londres, la première chose qu’on enseigne à un journaliste étranger qui arrive sur place c’est de se méfier des sondages locaux et de se fier davantage aux cotes des bookmakers qui jouissent d’une meilleure réputation, en termes de résultat. Hélas, triple hélas, les bookmakers se sont également mis le doigt dans l’œil pour ne pas dire le bras entier !

Pour en revenir aux sondages, certains commentateurs financiers pensent même qu’ils ont été achetés pour influer sur le vote des Britanniques. Sinon comment expliquer une telle Bérézina ? Bref, comme l’écrivait joliment le Français Philippe Béchade, l’un de ces commentateurs boursiers sceptiques, «  il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir… et qui éteint les lumières pour empêcher les autres d’y voir clair ». Pour le reste, faut-il s’attendre au scénario du pire comme on l’entend ou on le lit depuis quelques jours ?

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que ceux qui font ce genre de commentaires sont les mêmes qui disaient, juste avant le vendredi 24 juin, « dormez en paix citoyens, le Royaume-Uni va rester au sein de l’Union européenne, car les Britanniques voteront avec leur tête et pas leur cœur. » Erreur fatale, ces mêmes experts – ces mêmes abonnés à l’erreur – ont redécouvert que les Britanniques sont des révolutionnaires au fond de leur tasse de thé ! Ils ont voté contre les souhaits de l’élite et ne se sont pas laissé impressionner par le terrorisme technocratique.

« Qui se réjouit du Brexit ? Le quarteron des blonds platines : Boris Johnson, Donald Trump, Marine Le Pen, Geert Wilders. »

Mieux encore, les experts ont (re)découvert qu’un peuple pouvait aussi voter contre ses intérêts économiques et ne pas être l’animal rationnel tant vanté par les manuels d’économie politique. Et c’est ce qui s’est passé puisque le vendredi 24 juin, 350 milliards de dollars se sont évaporés en Bourse en huit heures à peine. C’est plus que la somme des contributions britanniques au budget européen sur les 15 dernières années ! Et puis, ne nous leurrons pas, les Britanniques ont réussi à rester en dehors de l’Union européenne tout en étant dedans. Rien ne devrait les empêcher de rester dedans tout en étant dehors ! C’est ce qu’ils vont négocier durement en prenant tout leur temps.

Mais de grâce gardez à l’esprit, comme le répète à l’envi le philosophe et mathématicien américano-libanais Nicholas Taleb, que les experts, les fameux intellectuels, sont souvent des abonnés à l’erreur. La preuve, dit-il ? Ils se sont trompés pendant 70 ans sur le stalinisme, le Maoïsme, sur le Freudisme et même sur le planning urbain. L’essayiste Jean-Michel Quatrepoint a raison de rappeler que ces experts, sûrs d’eux, à la limite de l’arrogance, ont crié au loup pour décourager les Britanniques de voter «  OUT », et les électeurs leur ont dit « Chiche ». Les mêmes experts ont répété à satiété qu’il n’y avait pas d’alternative, et ces mêmes électeurs leur ont dit « on verra bien. »

Au fond, le « populisme », c’est le nom donné par l’élite aux politiciens qui ne sont pas d’accord avec eux. Dommage, car la classe moyenne est en train de se révolter un peu partout en Occident. Il serait temps de l’écouter, histoire de ne pas laisser, comme le dit joliment l’écrivain français Gaspard Koenig, le quarteron des blonds platines (Boris Johnson, Marine Le Pen, Donald Trump et Geert Wilders) profiter électoralement de cette rancoeur. «  Vaste programme »  comme aurait dit De Gaulle.

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