Quels sont les enjeux éthiques de la reconnaissance faciale?

Si la reconnaissance faciale permet de déverrouiller nos écrans de smartphones, cette nouvelle technologie sert aussi le business ; par exemple afin de lutter contre la pédopornographie ou de retrouver des enfants qui ont fugué… Mais la reconnaissance faciale peut aussi servir à asservir les citoyens…

D’ici quelques jours, des millions de personnes partiront en vacances, et certaines d’entre elles passeront par des gares ou des aéroports. Des lieux de passage qui utilisent la reconnaissance faciale comme système de vérification de l’identité ou simplement pour fluidifier les mouvements. L’information n’étonnera donc pas grand monde, car le grand public sait qu’il est déjà possible, sur certains smartphones, de les déverrouiller grâce à cette reconnaissance faciale.

A priori, cette nouvelle technologie est plutôt bénéfique. En Inde, par exemple, elle a permis de retrouver plus de 3000 enfants qui étaient soit fugueurs, soit enlevés. Plus près de nous, en Grande-Bretagne, la police locale a utilisé la reconnaissance faciale pour retrouver, dans des bases de données pédopornographiques, des enfants disparus.

Mais l’utilisation de la reconnaissance faciale sert aussi le business selon mes confrères des Echos (France). La multinationale L’Oréal l’a bien compris en rachetant une start-up appelée ModiFace, qui permet aux femmes de choisir la couleur de leur rouge à lèvres sur Amazon. En clair, la reconnaissance faciale permet aux femmes, qui le souhaitent, de tester les milliers de rouges à lèvres disponibles sur Amazon et d’acheter ainsi les teintes qui leur plaisent le plus.

D’autres sites permettent aussi de tester différentes teintes de couleur de cheveux, et cela toujours grâce à cette technologie. Selon Les Echos, elle est assez proche de ces « filtres » qu’utilisent les jeunes et moins jeunes pour se transformer virtuellement en clown, en renne ou en cochon via l’application Snapchat !

Mais au-delà des aspects business, des aspects ludiques et des aspects d’identification, la reconnaissance facile pose aussi quelques problèmes moraux… Jusqu’où peut-on utiliser cette nouvelle technologie sans entrer dans la vie privée des citoyens? On pourrait imaginer une société où, demain, toute la population serait reconnaissable partout et n’importe quand. Cela serait évidemment un cauchemar !
Mais en Chine, ce genre de considération ne joue pas. Aujourd’hui, le citoyen chinois, qui traverse la rue alors que le feu est rouge, voit son visage affiché publiquement en grand. C’est une manière de blâmer ce citoyen indélicat et de lui rappeler que ses moindres faits et gestes sont surveillés.
C’est malheureusement aussi, via la reconnaissance faciale, que le gouvernement de Pékin pratique le fichage ou la surveillance d’une minorité ethnique.

Selon Les Echos, c’est ce genre dérapage qui a poussé cette année la mairie de San Francisco à interdire l’usage de la reconnaissance faciale par les services de police et les services municipaux. La raison ?

Les inconvénients de cette nouvelle technologie dépassent largement ses bienfaits. Voilà un argument tellement simple qu’on aimerait qu’il soit plus souvent utilisé ! C’est rassurant de voir que le bon sens a encore droit de cité, y compris aux Etats-Unis. Tout n’est donc pas perdu !

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