Quel tourisme après la crise?

A court ou à moyen terme, à quoi ressemblera le tourisme dans l’après-Covid ? Le sujet a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais la société Switch, agence de prospective et de stratégie marketing et communication digitale, propose quelques pistes intéressantes.

On assistera, dit-elle, au passage d’un tourisme de masse à un tourisme d’espace, entendez : un tourisme de niche, réservé à élite financière qui voyage physiquement. Elle imagine aussi un monde sans friction, ou l’accent sera mis, par exemple, sur la gestion du « dernier kilomètre ».

Elle voit l’explosion de l’« hypertourisme », impliquant des touristes hyper connectés ou, au contraire,  hyperdéconnectés, d’un tourisme « anytime, anywhere », un fourre-tout où l’on trouve entre autres le « slow tourism », mais aussi le « bleisure », l’idée de profiter d’un voyage de travail pour faire un peu de tourisme, ou celle de « worliday », qui en est le contraire : travailler (un peu) pendant ses vacances, un nouveau créneau qui sera sans douter facilité par l’émergence du télétravail.

Tourisme régénératif ou d’urgence ?

La même étude souligne l’émergence du tourisme vert, qu’on ne présente plus, et du tourisme « utile », où les activités sont utiles à une communauté ou à la Nature, etc.

Dans la même veine : du tourisme régénératif, qui propose de prêter le Serment islandais. Du « micro tourisme », où l’on dort dans de petites chambres, au bord d’un petit lac, etc.

Enfin, du tourisme de l’urgence, soit le tourisme de la « dernière chance » — avant la disparition d’une espèce animale, par exemple — ou de revanche de n’avoir pas pu partir en vacances l’année dernière !

Les obstacles à parcourir

A ce sujet, le consultant québécois Frédéric Gonzalo détaille les raisons pour lesquelles il convient d’être prudent avec le concept de « voyage de vengeance » et notre désir, légitime, de faire nos valises.

D’abord et avant tout, avertit-il, cette épreuve pandémique est loin d’être terminée. La troisième vague frappe fort dans des pays comme l’Inde et le Brésil, tandis que d’autres pays qui ont bien résisté au cours des deux premières vagues connaissent une poussée soudaine.

Quoique la vaccination atteigne une masse critique dans de nombreux pays, ce n’est pas le cas au Japon, en Inde ou dans la plupart des pays africains.

Nous pouvons ainsi nous attendre à ce que des frontières fermées, des quarantaines obligatoires et d’autres mesures restrictives restent en place dans un avenir proche, ce qui affectera évidemment toutes les composantes du voyage.

Vers des tarifs aériens plus élevés

Les compagnies aériennes ont été parmi les plus durement touchées par les effets continus de cette pandémie. Même l’IATA dit que nous ne pouvons pas nous attendre à voir les niveaux d’occupation des sièges en 2019 avant 2024 au plus tôt, sinon en 2025.

Une occupation plus faible des avions rime généralement avec des tarifs aériens plus élevés et moins de destinations. Des aéroports aux avions et aux transferts intermédiaires, en particulier sur les voyages long-courriers, le port d’un masque et le maintien de la distance sociale n’est ni facile ni confortable. En Europe, l’accent est mis désormais sur les voyages en train plutôt qu’en avion sur des distances plus courtes.

Désinvestissements dans l’hôtellerie

Les hôtels des grandes villes ont tous dû vivre avec des taux d’occupation compris entre 5 et 15% au cours de l’année écoulée, une situation inconnue auparavant qui a entraîné la fermeture de nombreux établissements.

Avec un flux de trésorerie nul, les hôteliers n’ont pu investir dans la maintenance continue des chambres, équipements, piscines, salles de sport, terrasses, etc. Par ailleurs, les hôtels, américains en tous cas, ont réduit de plus de moitié leurs investissements dans les technologies au cours de l’année écoulée, ce qui devrait entraver la possibilité pour les hôteliers de concurrencer les agences de voyages en ligne afin d’obtenir des réservations directes.

De même, de nombreux hôteliers ont réduit leurs efforts consacrés aux médias sociaux.

Les investissements dans Google Hotel Ads ou dans le reciblage avec Facebook Ads ont été dans de nombreux cas réduits voire simplement stoppés. De nombreux petits acteurs, avec des sites Web qui ont cruellement besoin d’une refonte, ont reporté leurs projets à 2022.

C’est compréhensible, mais cela met beaucoup d’entre eux encore plus en danger avec des sites qui ne sont pas entièrement transactionnels, en partie optimisés pour les mobiles ou tout simplement trop lents à télécharger. Les consommateurs chercheront et réserveront ailleurs.

La restauration manque de bras

Par ailleurs, beaucoup de restaurateurs ont dû faire des plats à emporter ou des livraisons pendant une longue période. Certains ont fermé leur boutique ou sont sur le point de le faire si les affaires ne reprennent pas bientôt sans restriction sanitaire.

Les restaurants sont également parmi les plus durement touchés par la pénurie de main d’œuvre, le personnel ayant cherché à se recycler dans d’autres activités. Et si vous devez refuser des groupes, ne pouvez pas refuser des clients par manque de personnel.

Pas de grands événements

En 2021, à quelques exceptions près, aucun festival ou événement n’aura lieu en raison de restrictions de distanciation sociale.

L’Oktoberfest a été annulé, les Jeux olympiques de Tokyo sont incertains, les sports majeurs se déroulent devant des arènes et des stades vides. De nombreuses activités, visites guidées, etc. peuvent avoir lieu mais avec une capacité souvent limitée. Les gens choisiront plutôt de rénover leur maison, d’investir dans une piscine, etc.

Prendre en compte les obstacles

Le voyage reprendra pour de bon, comme cela a déjà commencé dans diverses régions du monde. Mais il est important de tenir compte de ces obstacles et de trouver collectivement des solutions, où et quand elles existent, conclut Frédéric Gonzalo.

Bien sûr, il faudra intégrer l’évolution des dimensions de l’expérience visiteurs en fonction de celle de la pandémie. Ce qui est sûr, comme le pense Christian Delom, secrétaire général de A World for Travel, c’est que « la satisfaction des nouvelles attentes des visiteurs est la seule garante de la pérennité et de la rentabilité des entreprises et ultimement de l’avenir de l’industrie touristique »

 

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