QuattroPole, 4 villes, 3 pays, 1 expérience (1)

Le marché du samedi sur la place Guillaume II à Luxembourg

On connaît bien l’Euregio, l’une des plus anciennes coopérations transfrontalières situées au cœur de la Communauté européenne qui met en valeur les liens existant entre les régions de Hasselt, Liège, Eupen, Maastricht et Aix-la-Chapelle. Il en existe une autre, active depuis l’an 2.000 qui invite à une belle escapade, c’est le réseau transfrontalier QuattroPole formé par les villes de Luxembourg, Metz, Sarrebruck et Trèves qui coopèrent sur tous les fronts et entre autres au niveau touristique pour être davantage visibles sur l’échiquier européen.

Nous avons choisi de nous poser à Luxembourg qui, si elle est une des plus petites capitales de l’Union Européenne, est certainement la plus européenne d’entre toutes. Avec près de 70% des habitants qui détiennent un passeport étranger, elle est un véritable creuset qui lui assure une riche vie culturelle animée par des artistes issus de sphères internationales prestigieuses.

Le Mudam représente un dialogue entre le contexte naturel et historique du site, faisant le lien entre le passé (l’ancien Fort Thüngen et la vieille ville), le présent et l’avenir (le quartier européen de Kirchberg).

Le Mudam est aujourd’hui un musée de référence dans le domaine de l’art contemporain reconnu par les plus prestigieux dans le monde. Le Philharmonie abrite une splendide salle de concert cernée d’un immense péristyle composé de 827 lignes verticales qui filtrent la lumière et offrent à l’auditeur une passerelle entre le monde extérieur et l’auditorium où se donnent 380 concerts par an.

Les soirées sur la place d’Armes au cœur de la vieille ville sont particulièrement douces, savoureuses et … polyglottes. Entre l’allemand, le français, l’anglais, l’espagnol et même le portugais sans oublier le luxembourgeois, autant de langues qui se croisent sans heurt dans les restaurants, sur les marchés et dans les boutiques donnant à cette ville une dimension humaine et conviviale inattendue.

Luxembourg, c’est aussi la Gibraltar du Nord

Bien exposées au Sud, les rives de l’Alzette abritent des vergers et des carrés potagers dont les récoltes alimentent les cantines scolaires de la ville.

L’histoire commence au 10ème siècle sur un éperon rocheux, le Bock, dont les falaises abruptes sont encore couronnées de murailles en surplomb sur la vallée de l’Alzette. Il ne reste du premier château que des ruines mais le large panorama qui se découvre depuis ce site explique aisément que cette forteresse maintes fois relevée, agrandie, renforcée ait pu être considérée comme un verrou de l’Europe dont chacun a voulu posséder la clef.

Empereurs du St-Empire, maison de Bourgogne, Habsbourg, rois d’Espagne et de France, Prussiens, ils s’en sont emparés à tour de rôle consacrant toute leur énergie à verrouiller davantage le site surnommé au 18ème siècle la Gibraltar du Nord.

La cité judiciaire de style baroque mosellan sur le plateau du Saint-Esprit au sud de la Ville-Haute, le centre historique de la capitale grand-ducale.

Il suffit de se perdre alors dans les venelles de la ville basse, l’ancien quartier des artisans où ont survécu les maisonnettes au toit d’ardoise. En levant le nez, on comprend mieux ce que furent ces fortifications qui s’étendaient sur 180 hectares alors que la ville n’en comportait que 120.

La première enceinte, la seconde ceinture, les fortins taillés à même le rocher, le labyrinthe défensif de 23 kilomètres de casemates creusés dans le grès, tout cela reste visible offrant un véritable résumé d’architecture militaire s’étendant sur plusieurs siècles, même si le complexe fut quelque peu démantelé avec la naissance de l’état grand-ducal soucieux d’étendre la ville en la sortant de ses remparts.

En effet, pour loger ses 100.000 habitants, la capitale a dû s’évader de ses anciennes limites marquées par les vallées confluentes de l’Alzette et de la Pétrusse. Elle a choisi de lancer des ponts pour relier ses différents quartiers et pour s’ouvrir vers l’extérieur. Le plus fameux est l’audacieux pont Adolphe terminé en 1903 qui enjambe la vallée de la Pétrusse à 40 mètres de haut en dessinant une arche de 85 mètres de portée.

Architecture audacieuse du Philharmonie sur le plateau de Kirchberg à Luxembourg..

Cette jonction du centre de la ville vers le quartier de la nouvelle gare y a entraîné l’éclosion d’une vie nocturne festive et gourmande. 50 ans plus tard, le choix de Luxembourg comme siège de la CECA, l’ancêtre de l’Union Européenne, allait donner naissance à l’éclosion d’un pôle urbain situé sur le plateau de Kirchberg. L’occasion de construire un autre pont emblématique, le pont rouge Grande-Duchesse Charlotte qui s’élance par-dessus la vallée de l’Alzette à une hauteur de 74 mètres pour 355 mètres de longueur.

Enfin depuis 2018 un tram circule dans le quartier d’affaires du Kirchberg et assure la liaison avec le funiculaire « Pfaffenthal-Kirchberg » proche de l’ascenseur panoramique qui relie la ville basse à la ville haute. De quoi offrir – gratuitement de surplus – aux piétons et aux cyclistes une vue imprenable pendant le trajet dans la cabine en verre.

Pour le visiteur d’un jour qui s’égare entre ces différentes facettes de la capitale, qu’il soit sur la place de l’Europe à Kirchberg ou sur le chemin de la Corniche dans la vieille ville, sur le parapet d’un des fameux ponts ou à la crête de la citadelle Vauban, partout Luxembourg lui apparaîtra comme une place forte qui continue à s’imposer entre les vestiges prestigieux de ses fortifications et la silhouette audacieusement moderniste du plateau européen.

 

La remarquable place d’Armes de Metz, toute en pierre dorée de Jaumont

Metz capitale lorraine.

Rejoindre Metz en voiture est aisé, à peine 80km et les parkings au centre de la ville ne manquent pas. On peut préférer le transport en commun pour y passer la journée, rien de tel que le train : https://quattropole.org/fr/tourisme/transports_publics_tickets_transfrontaliers.

Riche de 3000 ans d’histoire, la ville se traverse comme un livre ouvert sur le passé depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à nos jours. Les vicissitudes de la vie l’ont ballotée entre la France et l’Allemagne, métissant au fil des siècles sa romanité et sa germanité, lui conférant aujourd’hui une personnalité unique.

La place St-Louis du 13ème siècle est emblématique avec une galerie couverte d’une soixantaine d’arcades où se pressent toujours les badauds

Toute visite commence sur la place d’Armes, au pied de la cathédrale, de l’hôtel de ville et du pavillon de l’office du tourisme, place emblématique de la ville qui prend ici les couleurs chaudes de la belle pierre jaune de Jaumont qui a servi à édifier les bâtiments. La cathédrale dont la construction a commencé en 1220 et qui a subi plusieurs transformations n’en reste pas moins profondément gothique et sa verticalité, 42m de hauteur, laisse pantois.

Tout comme les 6.500m² de vitraux qui lui ont donné le surnom de « Lanterne de Dieu ». Dans ces verrières de types variés entre celles du 13ème et les plus récentes, Marc Chagall, le fameux peintre juif d’origine russe, y a laissé dans les années 60 quelques très belles œuvres qui enluminent le transept.

En 1870 la ville tombe dans l’escarcelle de l’Empire Allemand et Guillaume II voulut que la ville exprime tout le prestige germanique à la frontière française. Il confia le travail à un architecte berlinois qui entreprit de construire un quartier néo-roman en grès rose ou gris, en granit voire même en basalte pour rompre avec la traditionnelle pierre jaune de Jaumont.

L’impressionnante gare de Metz construite sous Guillaume II devait afficher clairement la gloire passée du Saint Empire Germanique.

Il ouvre un large boulevard, l’avenue Foch, sur l’emplacement d’anciennes fortifications dont il ne subsiste plus que la tour Camoufle du 15ème siècle, offrant ainsi une transition entre la vieille ville et celle qui deviendra la nouvelle ville impériale. Le résultat est impressionnant, comme l’imposant bâtiment de la gare édifiée en 1908, richement décorée de chapiteaux et de bas-reliefs.

Ou encore le temple Neuf de style néo-roman rhénan, bâti en grès des Vosges gris à la pointe d’une petite île. Le reflet de la tour octogonale et des deux clochers dans les eaux de la Moselle apporte une certaine poésie au site.

Metz continue à se transformer et son développement passe par des créations urbanistiques avant-gardistes signées par des architectes de renom. Le quartier de l’amphithéâtre rassemble sur son site à une dizaine de minutes à pied de la place d’Armes des bâtiments prestigieux comme le centre commercial Muse, le nouveau centre de congrès Robert Schuman et surtout le superbe Centre Pompidou-Metz imaginé par l’architecte japonais Shigeru Ban.

La silhouette élancée du Centre Pompidou-Metz.

La structure de la charpente en bois faite de 18 km de poutres dessine une trame hexagonale qui veut évoquer le maillage d’un chapeau chinois. L’ensemble de la structure est recouvert d’une membrane blanche à base de fibre de verre et de téflon qui participe à l’approche énergétique de l’ensemble du bâtiment réparti sur 3 galeries d’exposition.

Un lieu de vie incontournable à découvrir autant pour son enveloppe que pour son contenu. Dans la même veine on annonce pour 2020 l’ouverture d’un hôtel haut de gamme entièrement conçu par Philippe Starck et qui s’appellera maison Heler, une marque créée par l’artiste. Il faudra y revenir !

Les produits fermiers sont aussi à l’honneur dans la capitale lorraine !

Découverte de Sarrebruck et de Trêves mercredi.

Texte : Christiane Goor Photos : Charles Mahaux


Infos : www.visitluxembourg.com et https://quattropole.org

Se loger : Idéalement situé au cœur de la vieille ville, en bordure de la zone piétonne et à côté d’un parking souterrain pour ceux qui viendraient en voiture, l’hôtel Simoncini www.hotelsimoncini.lu a le grand mérite d’apparaître comme le prolongement d’une galerie d’art avant-gardiste du même nom et dont plusieurs œuvres décorent les 6 étages de l’hôtel.

Se nourrir : les choix ne manquent pas dans cette petite capitale mais nous avons particulièrement apprécié le Grand Café sur la place d’Armes et le Kaempff-Kohler sur la place Guillaume pour leur belle terrasse gourmande et la qualité des menus proposés. www.grandcafe-redbeef.lu et www.kaempff-kohler.lu.

 

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