Quarante millions pour sauver Charleroi Airport !

Les chiffres s’affinent et révèlent l’énorme défi à relever pour organiser la survie de l’aéroport régional terrassé par l’épidémie depuis un peu plus d’un an. Quelque 650 emplois directs sont en jeu et l’inconnue reste totale sur le nouveau modèle industriel à mettre en place pour que survive la plate-forme carolo.

Rien de tel que quelques chiffres actualisés pour saisir l’ampleur des défis qu’il conviendra de relever sur le plateau de Gosselies.

En 2020, la société d’exploitation commerciale Charleroi Airport, avec un trafic passager réduit de quelque 69% (2.560.000 passagers) par rapport à 2019 (8,2 millions de passagers), a perdu 27 millions EUR.

Pour cette année, la prévision budgétaire évalue le déficit à près de 20 millions EUR, sans pouvoir oser, du moins sérieusement, avancer une perspective crédible de fréquentation !

40 millions EUR

Le management de Charleroi Airport et une brochette d’ auditeurs extérieurs ont aujourd’hui fixé à 40 millions EUR les besoins de refinancement (d’ici 2025) pour sauver l’aéroport carolo.

Quelque 10 millions seront officiellement demandés à l’Europe, au même titre que tous les autres aéroports victimes de la pandémie. Restera aux deux actionnaires principaux de la plate-forme (Sowaer/La Wallonie et l’italien SAVE) à apporter le solde de 30 millions.

SAVE à l’achat ?

Actuellement à un peu plus de 27% du capital , SAVE, dont l’actionnariat de contrôle est devenu aujourd’hui franco-allemand, pourrrait, murmure-t-on à Gosselies, grimper rapidement à quelque 48% du capital selon une formule et donc un prix convenu….« ante-covid 19  » !

Dans le scenario de recapitalisation projeté, l’effort financier serait ainsi mieux balancé entre le privé et le public. De quoi rassurer la Commission Européenne et surtout ses tatillons services de la Concurrence !

Licenciements tabous

Il est envisagé aussi de réduire de quelque 10% les frais opérationnels. Parce que le mot « licenciement » est tabou sur les bords de Sambre, on tenterait d’arracher ces économies au personnel avec des abandons de primes et autres avantages de toutes natures toujours généreusement accordés aujourd’hui.

On gonflerait aussi, ici très à la marge, les recettes en rendant les toilettes payantes et en faisant payer davantage les parkings.

Faut-il rappeler aussi que Charleroi Airport, imposition européenne oblige, doit acquitter, tous les ans, une redevance de 15 millions EUR à la Sowaer (La Wallonie) pour l’utilisation des infrastructures.

Ce paiment a été différé en 2020 mais reste bien évidemment dû !

D’ici 2025, il faudra donc trouver…90 millions EUR pour la location de l’infrastructure avec aussi la piste allongée dès cet automne.

Gustin au charbon

Sur le redéploiement du modèle commercial de l’aéroport carolo, où , rappelons-le, la low cost irlandaise Ryanair assure entre 75 et 80% de l’activité, c’est la grande inconnue.

Bernard Gustin, ex-CEO de Brussels Airlines reconverti en consultant, a été missionné par les deux actionnaires principaux (un contrat de 50.000 EUR dit-on) pour réfléchir à une nouvelle stratégie ardemment souhaitée par le ministre libéral de tutelle Jean-Luc Crucke.

Oser Dublin ?

Rien de consistant à ce jour n’a filtré sur le « nouveau modèle industriel » comme l’appelle Jean-Luc Crucke qui va permettre le redéploiement, et donc la survie, de Charleroi Airport.

Qui à Charleroi Airport est aujourd’hui en capacité d’aller à Dublin défendre un nouveau modèle économico-commercial pour la plate-forme carolo qui passera, par exemple, par des taxes et redevances doublées, voire triplées ?

Il y va pourtant de la survie de centaines d’emplois directs et de milliers d’emplois indirects….

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