Quand les États prennent leur revanche sur les multinationales

On croit toujours que la guerre économique entre les États ou entre les continents se fait de manière frontale, c’est en partie vrai, mais ce n’est pas une règle absolue. L’actualité récente montre aussi que le droit ou plutôt le non-respect du droit peut être utilisé comme une arme économique aussi redoutable qu’une dévaluation de sa monnaie.

Les États-Unis viennent, par exemple, d’infliger une amende de 14 milliards de dollars à la Deutsche Bank, une banque européenne. La justice américaine lui reproche d’avoir joué un rôle important dans la crise des « subprime ».

Qu’elle soit justifiée ou pas, cette amende laisse rêveur par son montant de 14 milliards. Elle n’est toutefois pas un cas isolé, une autre amende de 9 milliards d’euros a été infligée à BNP Paribas, autre banque européenne, pour avoir contourné les embargos économiques contre le Soudan, l’Iran et Cuba au cours des années 2000.

Autrement dit, on a l’impression qu’au cours des dernières années, le droit américain est devenu une arme des Etats-Unis dans la guerre économique qui l’anime, mais tout cela est caché par exemple sous le couvert de la sécurité nationale.

« Ce qui est réjouissant dans cette guerre économique, c’est qu’elle démontre aussi que les États prennent aujourd’hui leur revanche sur les multinationales »

L’Europe, pour une fois, ne se laisse cependant pas faire, et dans cette guerre économique qui ne dit pas son nom, elle a aussi montré les dents. Dans le cas présent, c’est l’amende infligée à Apple, avec un montant de 13 milliards d’euros, une somme qui représente les arriérés d’impôts que doit cette multinationale à l’Irlande. Apple n’est pas la seule firme américaine à être éreintée par la Commission européenne, c’est aussi le cas de Google ou de Starbucks, soit pour des raisons de concurrence biaisée soit pour des raisons fiscales.

Ce qui est réjouissant dans cette guerre économique, c’est qu’elle démontre aussi que les États prennent aujourd’hui leur revanche sur les multinationales. Avant la crise, elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient, leur puissance financière faisait que via le lobbying parlementaire, elles passaient à côté de toute forme de sanction lorsqu’elles se comportaient mal.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les États ont décidé de se faire respecter et de ne plus laisser des entreprises être au-dessus de la loi. Quand les plus grands patrons des États-Unis se plaignent publiquement du traitement infligé par l’Europe à Apple, c’est plutôt bon signe, cela veut dire qu’en frappant au portefeuille, on a touché une corde sensible.

 

 

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