Pourquoi les experts se trompent si souvent (et pourquoi on continue à solliciter leur avis)

Les experts sont partout aujourd’hui, et surtout à la télévision. Tantôt pour nous parler d’économie, tantôt pour nous commenter l’actualité géopolitique autour des attentats ou d’un coup d’État avorté en Turquie. Pourtant, ils sont souvent abonnés à l’erreur…

Ce qui frappe l’esprit des plus critiques, c’est que les experts, s’ils savent occuper l’antenne avec talent, sont souvent contredits par la réalité lorsqu’ils osent se lancer dans des prévisions. Bref, ils sont souvent abonnés à l’erreur lorsqu’il s’agit de prédire l’avenir. Ils sont bien meilleurs pour expliquer le lundi pourquoi ce qu’ils ont prédit le samedi n’a pas eu lieu le dimanche, comme disait un humoriste. En réalité, c’est le lot de presque tous les experts, précise la Harvard Business Review (HBR France).

Le fameux magazine The Economist en avait déjà fait l’expérience au milieu des années 80. À l’époque, ce prestigieux magazine avait demandé à quatre ministres des Finances, quatre dirigeants de grandes entreprises, quatre étudiants d’Oxford et… quatre éboueurs de prédire l’évolution de plusieurs indicateurs économiques. Dix ans après, les journalistes du magazine ont constaté que la plupart des prévisions étaient fausses et que les moins mauvaises étaient celles… des éboueurs !

« Plus un expert est médiatisé, moins ses analyses sont fiables »

Alors, si les experts se trompent si souvent, pourquoi sont-ils si souvent invités sur les plateaux de télévision ? Bonne question, à laquelle a répondu une étude universitaire américaine (conduite par le professeur Philip Tetlock de l’université de Pennsylvanie). Sa conclusion est simple: plus un expert est médiatisé, moins ses analyses sont fiables. C’est étonnant, car la compétence devrait être un prérequis pour être invité à la télévision.

Pour comprendre ce paradoxe, la revue HBR France nous invite à reprendre la distinction faite par le philosophe Isaiah Berlin entre le « hérisson et le renard ». Selon ce philosophe, il y a deux catégories de personnes. Celles qui ne voient le monde que via une règle simple: le hérisson ne connaît en effet qu’une seule chose, mais qu’il maîtrise parfaitement, se rouler en boule et dresser ses épines afin de mettre hors d’état de nuire les renards. Et puis il y a le renard, qui lui représente la catégorie de personnes selon laquelle le monde ne peut être réduit à une idée simple, comme pour le hérisson.

Les chaînes d’information en continu ont bien compris l’impact médiatique des hérissons, ils ont une seule idée dans laquelle ils croient dur comme fer. Et comme ils n’utilisent qu’une seule grille de lecture, leurs analyses sont très tranchées, même si elles ne sont pas forcément fiables. Alors que les renards sont moins dogmatiques et que leur pensée est en perpétuelle évolution.

Vous l’aurez compris, pour faire de l’audience, mieux vaut inviter un hérisson, ou plusieurs hérissons avec des points de vue opposés. En effet, même si leurs analyses se révèlent moins rigoureuses que celles de renards, l’ambiance sur le plateau sera beaucoup plus animée. Et donc, l’audience sera au rendez-vous !

 

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