Pourquoi la descente aux enfers continue en Tunisie

Les Tunisiens ont tenté cette année de récupérer sur les marchés russes (+100%), chinois et algériens ce qu’ils ont perdu en Europe (-60% en deux ans). Mais était-ce une bonne idée ? Pas si sûr…

Car si le nombre de nuitées est (légèrement) reparti à la hausse (14,84 millions de janvier à septembre 2016, contre 14,01 millions en 2015), les recettes touristiques ont… baissé de plus de 8% sur cette même période, d’après le ministère tunisien du Tourisme. Elles n’atteignent plus que 730 M€ contre 800 M€ pour les neufs premiers mois de 2015. Cela signifie, ni plus ni moins, que ces touristes russes et algériens ont dépensé moins… En profitant, d’abord, des prix bradés par l’industrie hôtelière.

Oubliée, l’embellie de 2014 !

Après une légère embellie en 2014, les recettes touristiques avaient déjà baissé de 35 % l’année suivante, celle des attentats du Bardo et de Sousse. Mais en 2016, on a réussi à faire pire. Total : sur six ans, la chute est désormais de 66 % et le recul du seul secteur touristique a coûté 3 points de PIB à la Tunisie.

On a beau expliquer aux Tunisiens que le temps du tout balnéaire ne reviendra plus, ils continuent de raisonner à court terme. La sauvegarde de l’emploi ne saurait pourtant justifier à elle seule qu’on quémande des dinars par millions à un Etat déjà incroyablement endetté.

ordures-tunisUne vision à court terme

De fait, il n’y a aucune vision à long terme. L’industrie hôtelière s’obstine à ne proposer que des formules all inclusive, véritablement assassines pour le commerce local. Tunisair continue à sa vautrer dans son inexcusable monopole et d’entretenir un personnel pléthorique qui explique ses tarifs scandaleux. Les richesses architecturales, historiques, culturelles, pourtant bien réelles, ne font l’objet d’aucune promotion sérieuse. Et pendant ce temps, les ordures continuent de s’entasser dans les rues et sur les plages.

On croit voir le bout du tunnel…

On croit voir le bout du tunnel quand UN bateau de croisière fait escale à Tunis, en octobre, et on se nourrit de promesses, comme celle de TUI Allemagne, qui annonce avoir affrété quelques avions Tunisair pour des vols hebdomadaires entre Düsseldorf et Djerba, et promet d’ouvrir deux hôtels de plus dans le pays. Est-ce cela qui va sauver le tourisme tunisien ? Rien n’est moins sûr non plus.

Besoin d’adhésion

La Tunisie n’a pas su faire fructifier le capital de sympathie qu’avait suscité sa nécessaire Révolution, elle n’a pas su davantage exploiter un Prix Nobel, o combien mérité. Elle a réussi, en revanche, à décevoir nombre de ses amis sincères.

Le pays a besoin aujourd’hui de repenser complètement son tourisme pour les années à venir et de restaurer une image que le terrorisme n’a hélas pas été seul à abîmer durablement. Bref, d’une large et vraie vision d’avenir, soutenue par de solides investissements et de nature à emporter l’adhésion de tous les secteurs impliqués. Ce ne sera pas le cas tant que de petits comptables bornés continueront à y faire la pluie et le beau temps.

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