Plaidoyer pour le pouvoir

Et voilà le joli mois de mai ! Le muguet est un peu en retard dans mon jardin, mais ce n’est pas grave. En mai 1968, j’étais encore à l’école à Luxembourg et franchement, les événements de Paris me passaient un peu au second plan. J’avais la responsabilité du journal de l’école, je répétais « Les Noces de Sang » de Garcia Lorca au groupe théâtral, j’avais aussi « basket », enfin peu importe. Jusqu’à ce qu’une Parisienne nous raconte ce qu’elle avait vécu : ce qu’on a vu aux actualités, mais aussi les transports à l’arrêt, des ravitaillements difficiles.

L’année d’après, le directeur (un Italien du nom de Salvatore Sardo) est entré dans la classe et nous a dit que, désormais le « leitmotiv » (on parle toutes les langues à l’École européenne) était la « participation ». Chaque classe devait désigner un délégué qui représenterait la section au conseil de direction (la tête des vieux profs, je ne vous dis pas !). OK ? Qui est candidat ?

Personne ne se presse au portillon, sauf moi. Je suis élu à 90% (une fille que j’avais larguée a voté contre). Au premier conseil, c’est la foire d’empoigne. Tout le monde parle en même temps et les étudiants se contredisent, pour le grand plaisir des profs qui disaient que la participation était une vaste connerie. Le lendemain, « à la récré », je vais voir les autres délégués et leur dis que ce serait peut-être bien de coordonner nos points de vue. On crée un conseil des étudiants et j’en deviens le président, dans la série « tu en as eu l’idée, maintenant montre-nous ».

La première chose que j’ai faite a été d’avoir des réunions régulières avec le directeur, mais aussi quelques professeurs influents. A dire vrai, ça a plutôt bien marché, contrairement à d’autres écoles européennes, Bruxelles, par exemple. De gros dossiers ont été gagnés par les étudiants, notamment la question des cours le samedi (on était pour).

Virus inoculé

Arrivé à l’université, même topo. Le premier jour, le professeur Delsemme dit qu’il faut un délégué étudiant. Mais personne ne se connaît ! Quelques uns se présentent avec des programmes. Puis, finalement, je me propose en faisant rire l’assemblée. Je suis élu. Mieux, l’année d’après, je suis réélu. Conseil de section, conseil facultaire et un badge pour ma voiture dans le parking Héger (top !).

Ensuite, dans la vie professionnelle, je me suis engagé dans diverses associations (presse étrangère, presse nationale, presse aéronautique…), jusqu’à aujourd’hui au sein de commissions. Dont l’une depuis presque quarante ans où j’ai pris la présidence à plusieurs reprises.

Et tout ça pour dire quoi ?

Quand vous avez la responsabilité de commissions, comités ou associations, le plus important est d’être à l’écoute de tous leurs membres. Pour commencer car il y a aussi ceux qui n’ont pas de pouvoir décisionnaire. Et justement, toute décision doit être mûrement réfléchie en comité. Ce ne sera jamais facile. Il y a toujours celui qui dira qu’il n’« y a qu’à » (c’est-dire le président et pas lui) et celle qui, une fois la décision entérinée trouvera à y redire.

Malgré toutes les précautions prises, les avis sollicités, les concertations en interne, une fois les décisions annoncées, elles seront critiquées par des « forcément plus intelligents ». Jusqu’au moment où les responsables en ont marre et se taillent. Cela arrive partout. Et les remplaçants ne sont pas nécessairement meilleurs. Parce qu’ils découvrent trop tard que leurs collègues ne sont pas les copains de bistrot avec qui ils refaisaient le monde, mais d’autres élus qui ne partagent pas nécessairement leurs idées.

Idem en politique

On m’a suggéré de faire de la politique et j’ai toujours refusé par pur désir d’indépendance. Mais j’ai de la compassion pour nos élus en Belgique (pas tous, cela dit). Et surtout ceux qui exercent des responsabilités en ce moment. Pas facile de gouverner (et pas seulement au fédéral). Tout le monde souffre du confinement, les experts se contredisent et les ministres – qui ne sont pas experts – encaissent les coups.

Alors oui, c’est facile de dire à la télévision que telle mesure est prématurée ou d’écrire une lettre ouverte sur la collecte des données, mais ça l’est moins de prendre une mesure qui, de surcroît, risque de faire perdre des électeurs aux prochaines élections. Tiens, par exemple, j’imaginerais un comité d’experts – mais QUE des experts – avec la mission de s’entendre sur les mesures à prendre en matière de confinement, de vaccins et j’en passe. Une fois qu’ils auront accordé leurs violons, on leur demandera de se mettre d’accord avec le secteur économique.

Ensuite (mais quand ?), on les mettrait en contact avec tous les commerces, l’industrie, les voyagistes et on leur demanderait un consensus. Tout ça au plus vite, évidemment ! Alors qu’on arrête de vilipender ceux qui prennent leurs responsabilités. Je crois vraiment qu’ils font leur maximum. Sinon, la prochaine fois, votez pour vous.

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