Parler de seuil de richesse en politique, c’est allumer une machine à recevoir des baffes

A partir de quand est-on riche en Belgique ? La question était posée il y a quelques jours par le président du MR. Il y a répondu indirectement en disant que quelqu’un qui a une famille et qui gagne entre 3.000 et 6.000 € par mois n’est pas forcément riche. Georges-Louis Bouchez réagissait à la volonté du premier ministre de supprimer l’avantage fiscal d’une seconde résidence.

Si j’ai un conseil à donner aux hommes politiques – surtout à droite de l’échiquier politique – c’est de ne pas parler de seuil de richesse. A tous les coups, c’est une machine à recevoir des baffes. En France, François Bayrou s’est fait allumer sur les réseaux sociaux parce qu’il a osé dire que quand on gagne 4000 euros par mois, on fait partie de la classe moyenne. Le parti communiste lui a immédiatement rappelé que le salaire médian en France était en-dessous de 2.000 €.

Et les autres internautes, qui visiblement gagnent moins de 4.000 €, l’ont flingué en disant que ce n’est pas étonnant qu’il y ait des « gilets jaunes » quand on est à ce point déconnecté de la réalité. Mais quelle réalité ?

L’ancien président François Holland lui s’est fait critiquer à la droite de l’échiquier lorsqu’il était en campagne présidentielle pour avoir osé dire qu’on était riche au-dessus de 4.000 € nets par mois. En réalité, ce sujet sur la richesse est un sujet casse-gueule pour n’importe quel politicien. L’humoriste Anne Roumanoff disait avec justesse, je la cite, « Les Français ont horreur des inégalités, mais ils adorent les privilèges. Les inégalités, c’est le nom que tu donnes aux privilèges des autres ».

En Belgique, c’est je pense le même état d’esprit qui prévaut. Donc, c’est le genre de sujet qu’il vaut justement mieux éviter à la machine à café. D’autant que la notion de richesse fluctue avec le temps et la géographie. Sans compter qu’il n’y a aucune corrélation entre richesse et bonheur. Oui, je sais, ça a l’air étonnant, mais Richard Easterlin, un économiste américain en a fait la démonstration statistique : le bonheur est souvent dans la comparaison. Si nous sommes augmentés sur le plan salarial, mais qu’on gagne malgré tout moins que son collègue, on n’est pas heureux.

Le bonheur, c’est la comparaison avec le voisin de bureau, de palier ou de quartier. Comme l’écrivait joliment Philippe Bouvard : le bonheur n’a décidément rien à voir avec le confort : aujourd’hui, on est de mieux en mieux chez soi et de moins en moins bien dans sa peau.

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