Obama pointe du doigt les « hidden fees »

Profitant des derniers instants qui lui restent en tant que Président des États-Unis, Obama et son administration s’attaquent aux « hidden fees » (« frais annexes ») dans différents secteurs, dont ceux de l’hôtellerie et de l’aviation. Décryptage du rapport du National Economic Council de la Maison Blanche.

Prix & Innovation

Vantant les bienfaits du libre marché en mettant en avant la baisse des prix et l’innovation qu’engendre la concurrence, la Maison Blanche constate, à la fin du mandat d’Obama, que de nombreux secteurs souffrent d’une concentration des richesses et d’un manque de concurrence entre les acteurs. A titre d’illustration, The Economist constatait en mars dernier que pour 42% des 900 industries examinées, les quatre meilleures firmes étaient contrôlées par plus d’un tiers du marché en 2012, soit 28% de plus qu’en 1997.

Les premières conséquences sont l’augmentation des prix et la baisse de l’innovation, une firme en position de quasi monopole pouvant se le permettre en l’absence de réelle compétition. Afin de favoriser la tendance inverse, l’administration Obama a pris deux grandes mesures : renforcer les lois anti-trust, et instaurer des régulations qui favorisent la concurrence en limitant les possibilités de monopole et de « frais annexes ». C’est sur ce deuxième point que les industries de l’aviation et de l’hôtellerie sont concernées.

Le concept des « hidden fees »

Les « hidden fees », traduits mot-à-mot par « frais cachés » correspondent à différents surcoûts sur le prix annoncé. Ils se traduisent généralement par des frais de gestion directs ou indirects, des commissions de mouvement ; de surperformance, etc. A l’arrivée, le prix réel est bien plus élevé que le prix annoncé.

Outre le préjudice causé au consommateur, c’est aussi un moyen pour l’entreprise de fausser la concurrence, puisque le processus concurrentiel se base en grande partie sur les prix annoncés. En abaissant le prix « perçu », on attire davantage de clients (au détriment de ses concurrents) par la désinformation. Un consommateur est en effet plus enclin à acheter un produit qui coûte 80€ puis 20€ supplémentaires, qu’un produit qui coûte 100€ et annoncé comme tel …

Deux secteurs du tourisme concernés

Dans l’aérien, on connaît la chanson : des promesses de voyages à des prix défiant toute concurrence sur internet, et un prix beaucoup plus élevé que le prix d’appel au moment de payer son billet. En cause : les taxes aériennes, l’assurance annulation (souvent pré-cochée), le supplément bagage en soute, l’impression de la carte d’embarquement, le choix du numéro de siège, voire les frais de paiement par carte bancaire et autres suppléments tarifaires.

Les low-cost sont bien entendus des habituées de ces pratiques. De quoi faire flamber le prix final du vol et générer quelques mauvaises surprises pour le client. D’où l’utilité, encore une fois, de passer par une agence de voyage !

Dans l’hôtellerie, il s’agit surtout des « resort fees » (taxes de séjour), qui viennent s’ajouter à la note sans prévenir. Las Vegas serait spécialiste de la question. Certains hôtels n’hésitent pas à la justifier pour … l’accès à l’eau dans la chambre ! Une pratique de plus en plus courante qui représenterait plus de 2 milliards de dollars en 2015.

L’Europe en avance sur l’Oncle Sam

En Europe, la Cour de Justice de l’UE a rendu un arrêt en 2015 sommant les professionnels d’indiquer dès le début du processus de réservation en ligne le prix définitif que le passager devra payer pour son vol. Cependant, le règlement européen (n°1008/2008) stipulait déjà que les différents composants du prix d’un billet d’avion devaient obligatoirement être détaillés. C’est donc valable pour tous les vols au départ de l’Union Européenne.

Les États-Unis se concentrent sur les frais supplémentaires obligatoires (entendez, inévitables), et non ceux qui sont optionnels (et donc, évitables). La « taxe de séjour » d’un hôtel est inévitable pour le client, tandis que des frais supplémentaires s’appliquant à un service précis comme le room service ou le transport à l’aéroport relèvent du choix du consommateur.

Pas de mesure claire

Le rapport de la Maison Blanche en appelle aux associations de consommateurs pour jouer un rôle dans la modération des prix, secteur par secteur. Mais il rappelle que la législature peut requérir que n’importe quel frais supplémentaire se doive d’être compris dans le prix annoncé, et encore plus scrupuleusement si l’offre est vendue comme « all-in ».

Dans le cas américain, le gouvernement laisse le soin aux agences sectorielles de s’en charger. Dans l’aérien par exemple, c’est donc au DOT (Département des Transports) de jouer son rôle. Tandis que pour le problème concernant l’hôtellerie, ce sera à la FTC (Federal Trade Commission) …

Plus que de véritablement « s’attaquer » au problème, l’administration Obama semble surtout le pointer du doigt. C’est donc un « Executive Order » (décret présidentiel) qui somme les différentes agences fédérales américaines et les États de « prendre les mesures nécessaires » en légiférant si nécessaire pour développer la concurrence.

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