Depuis le 15 septembre, la low cost irlandaise que l’on aime détester, et son emblématique patron Michael O’Leary, sont englués dans un problème d’annulations de vol consécutif d’une part, à un manque de pilotes et d’autre part, à l’attribution mal planifiée de congés à ces mêmes pilotes pendant le mois de septembre.

Nous ne reviendrons pas sur les justificatifs parfois folkloriques de ce qui n’est rien d’autre qu’une grosse lacune de management, admise, une fois n’est pas coutume par le boss irlandais. Les détracteurs de la compagnie s’en étant donné à cœur joie, hurlant au mépris du client à n’en plus finir, il n’en est pas moins intéressant d’analyser la situation sur le fond et d’imaginer ce qui pourrait se produire dans les semaines à venir.

O’Leary est-il menacé ?

Incontestablement, O’Leary a sauvé sa tête lors de la récente assemblée des actionnaires du jeudi 21 septembre. A un point tel que, malgré l’ampleur de la crise, sans doute la plus grave qu’ait connu la compagnie, le cours de l’action n’a été que peu impacté. Les actionnaires, bien au fait de la vie de la société ont peut être compris mieux que les autres que O’Leary restait encore le meilleur atout pour se sortir de cette mauvaise passe.

leary_2812667bEn effet, IL est Ryanair. Il l’incarne jusqu’à la caricature. Il est surtout celui qui, depuis qu’il en a pris les commandes, n’a jamais desserré les cordons de la bourse pour allouer quelque avantage à son personnel. Le coût, c’est son obsession !

Rappelez vous la rumeur, jamais démentie, qui interdisait au personnel de recharger son téléphone au sein des bureaux de Dublin. Remplacer O’Leary maintenant, c’est prendre le risque de placer un nouveau patron qui sera tenté d’acheter une paix sociale qui affectera la base de coût de la compagnie.

Or, ce n’est un secret pour personne, la clé du succès irlandais réside entre le plus grand différentiel possible entre elle et ses concurrents. Réduire cette différence dans le prix moyen du ticket, c’est prendre le risque de voir les clients s’en aller vers d’autres compagnies, plus généreuses en termes de service. Un risque que les actionnaires ne sont manifestement pas prêts à prendre. D’où le maintien du bouillant patron dans ses fonctions. Enfin, la succession d’un patron aussi emblématique se prépare. Dans le calme, pas dans la précipitation. Le départ de O’Leary ne devrait donc pas être à l’ordre du jour à très court terme.

Ryanair-avions-alignésRyanair doit-elle négocier avec son personnel ?

En termes de gestion de coût, Ryanair est une machine parfaitement rôdée. La meilleure d’Europe. Reste que les alarmes se multiplient pour la prise en compte des droits du personnel.

Les tribunaux avec lesquels Ryanair a multiplié les procès à rallonge ont clairement pris position. Un jour ou l’autre, et ce jour se rapproche, le personnel devra avoir un contrat du pays sur lequel il est basé. Quant aux pilotes, la pénurie les a mis en position de force. Oui, ils sont en position d’exiger des changements.

Mais on est loin de la musculation syndicale primaire et brutale. L’appel épistolaire, doublement lancé par les pilotes démontre une volonté de ne pas envenimer la situation. Peut être pour soigner leur image mais aussi parce qu’un « tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».

Ryanair est une compagnie financièrement solide avec un carnet de commande d’avions à donner le tournis… Affecter significativement son avenir pourrait avoir des conséquences majeures. Bref, revendiquer oui, mais sans aller trop loin. O’Leary l’a manifestement compris, lui qui reste dans une posture virile mais qui sait que la situation ne peut pas durer éternellement.

Les annulations de l’hiver, un coup de maître ?

Là où on peut vraiment se demander si O’Leary n’a pas repris finement les cartes en mains, c’est en annonçant les annulations de la saison d’hiver. Les clients et observateurs lambda y ont vu un enlisement de la situation. Un raisonnement trop court ?

Sans doute. En effet, bien avant la crise, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Bruxelles, O’Leary a annoncé que compte tenu des prix bas du pétrole, il y aurait une grosse surcapacité de sièges en Europe pendant l’hiver.

Surcapacité qui induirait une très forte pression sur les prix. En clouant au sol 25 avions sur une flotte de 400, ce qui n’est pas beaucoup plus que les hivers précédents, Ryanair a pris soin de supprimer les vols les moins rentables et donc de maintenir ses recettes à un niveau satisfaisant.

Au final, malgré la crise, il est tout à fait plausible que Ryanair souffre moins de la compétition hivernale que ses concurrents. Et quand on sait qu’au premier étage des bâtiments de la compagnie à Dublin, trône un jeu d’échecs géant, on est en droit de penser que O’Leary a transformé une crise en avantage.

Ryanair peut-elle rétablir la confiance de ses clients ?

Oui. Assurément. Malgré des méthodes contestables et une communication sociale musclée, Ryanair a les moyens de redresser la barre. Elle possède une flotte récente, parfaitement entretenue et garde des indices de ponctualité tout à fait honorables, même si son installation sur de grands aéroports et sa politique de bagages a rendu utopique le temps de rotation en 25 minutes.

o_leary-bish_1318265iCertes, cette crise va lui coûter cher mais le cash dont elle dispose doit lui permettre de lancer quelques ventes à 9,99 € dont elle a le secret. Ceux qui la vilipendent aujourd’hui seront peut être les premiers à se jeter sur ces billets virtuellement gratuits car comme le dit O’Leary : « nos avions sont remplis de gens qui ont juré de ne plus jamais voler avec nous ».

La crise que traverse aujourd’hui Ryanair est finalement proportionnelle à la place qu’elle occupe dans le ciel européen. Avant elle, d’autres grandes entreprises ont connu tempête médiatique et remise en question pour revenir plus fortes et mieux organisées. Il n’y a finalement pas de raison que Ryanair ne s’en sorte pas par le haut comme d’autres avant elles. Les paris sont ouverts.

Pierre Proneuve

 

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