Même timide, la reprise du tourisme pointe au Maroc (2)

Les jardins Majorelle à Marrakech

Qui n’aurait pas visité ces dix dernières années Casablanca, la capitale économique, ou Marrakech, la ville branchée, serait surpris par le nombre d’enseignes de luxe et les galeries d’art qui se succèdent dans les élégantes avenues de la Ville Nouvelle.

Surpris, aussi, de n’y voir circuler que des voitures neuves, et parfois chères — on a vendu pas moins de 200 Maserati ces deux dernières années au Maroc ! Les vieux taxis Mercedes jaunes sont priés de dégager l’asphalte, leurs propriétaires se voyant offrir une prime à l’achat d’un outil mieux adapté à l’image de la ville…

Marrakech, première destination marocaine

Pourtant loin de la mer, Marrakech est la première destination élue par les touristes au Maroc. Avec pas moins de 64.000 lits, pour la plupart dans des hôtels de luxe, elle peut faire face à l’afflux des touristes étrangers, mais aussi, avec ses trois palais des congrès, à l’organisation des nombreux festivals, congrès et autres manifestations qui s’y déroulent toute l’année. La « ville rouge » ne compte pas moins de douze golfs alentour, superbement entretenus et désormais irrigués grâce à un système de récupération des eaux usées, également utilisé pour l’arrosage des fleurs qui ornent les nombreux jardins de la ville.

P1010512La mode des « riads »

Depuis quelques années, les « riads » se sont multipliés à Marrakech. Ou plutôt, les aménagements de demeures qualifiées, parfois un peu vite, de riads. Méfiance ! Quelques célébrités ont investi dans la pierre à Marrakech, comme Dominique Strauss-Kahn, qui a racheté le sien à Bernard-Henri Levy, mitoyen du Palais Royal. Mais un vrai riad doit compter au moins 400 m² au sol, et nécessairement un jardin. On parle aussi de « dar », qui désigne une simple maison. L’excellent petit guide « Marrakech en quelques jours » de Lonely Planet, qui liste les « incontournables » de la destination, en recense cinq, contre neuf riads. Ajoutons-y le très beau Palais Donab, avec ses magnifiques chambres à l’étage, son restaurant cosy et son bar, entourant la piscine.

Un « ville nouvelle » et moderne

Sortie de terre en 1912, la Ville Nouvelle se distingue, comme le quartier de l’Hivernage, par ses belles villas coloniales et ses immeubles modernes et cossus réalisés par des architectes de talent. Quatre larges avenues convergent vers la place du 16 novembre, date commémorant le retour d’exil, en 1955, de celui qui régnera sous le nom de Mohammed V, « père de la nation » moderne et grand-père de l’actuel monarque.

La médina se retrouve ainsi aujourd’hui en plein centre de la ville, bordée par l’ancien quartier juif, le Mellah. Elle a gardé ses remparts, pour l’essentiel, derrière lesquels s’abritent un palais royal, le Palais Badi et les émouvants tombeaux saadiens, à côté de la mosquée de la Casbah, redécouverts en 1917 seulement, qui abritent les restes de la famille d’un sultan du XVIème siècle.

P1010503Mosquées interdites aux non-musulmans

On n’en finirait pas d’égrener les richesses de la ville, qu’il faut visiter avec un guide compétent pour s’imprégner de sa culture et de son histoire, comme la Koutoubia, le Palais Bahia ou, tout au nord, la Medersa Ben Youssef, une école coranique qui, au XIVème siècle, était la plus vaste du Maghreb. Faute de pouvoir pénétrer dans une mosquée si l’on n’est pas musulman — une décision du maréchal Lyautey, premier résident général —, on y admirera la beauté de l’architecture et la finesse du travail des artisans.


Les jardins Yves Saint-Laurent

P1010494Excentrés aussi, les jardins de Majorelle sont un des « musts » de Marrakech. Imaginés en 1920 par un peintre lorrain tombé amoureux du Maroc, il abrite des centaines d’essences exotiques et une villa art déco, aujourd’hui transformée en un très intéressant musée de la culture berbère. Tombé en friche au décès de son propriétaire, le jardin a fort heureusement été remarqué et acquis par Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, qui l’ont restauré avec leur goût très sûr et y ont installé le siège d’une de leurs fondations. Dans un coin du jardin, une stèle rappelle désormais que le lieu abrita aussi les amours de ces deux hommes exceptionnels.

Un symbole

Enfin, la place Jemaa El-Fna est à elle seule le symbole de Marrakech. On peut y arriver en déboulant des souks, si on réussit à échapper aux vendeuses, parfois en niqab, qui se faufilent entre les échoppes. C’est au coucher du soleil, à la tombée de la nuit que la lumière y est la plus belle, caressant les volutes de fumées qui s’échappent des étals. Mais on peut y passer des heures à s’amuser du manège des jongleurs, acrobates et autres charmeurs de serpents, au son d’une musique gnaoua, pratiquée à l’origine par les esclaves recouvrant leur liberté, les musiciens se livrant à des acrobaties dans un état proche de la transe.


Une musique enrichie

Depuis l’époque où les Jimmy Hendricks, Mick Jagger et autres rockers avaient élu Essaouira pour résidence, à trois heures de route de là, la musique gnaoua s’est enrichie des rythmes et des sonorités du jazz et du rock. Le petit port d’Essaouira, l’ancienne Mogador, accueille désormais chaque année un festival de musique gnaoua, dont c’était cette fois la dix-neuvième P1010534édition.

La vieille ville vaut à elle seule le voyage, avec ses allées rectilignes et surtout ses artisans, logés dans les maisons sous les remparts, dont d’habiles ébénistes qui donnent vie au bois de thuya, travaillé en marqueterie.

Un programme ambitieux

La ville offre aussi un beau front de mer, avec d’excellents hôtels, dont le superbe Atlas, et une immense plage, paradis des kite surfeurs. Quant au petit port, élu au programme Vision 2020 — nous y revoilà ! —, pelleteuses et grues le transforment pour en faire d’ici peu une magnifique marina. Afin qu’Essaouira l’ambitieuse comptera, dans les années à venir, parmi les destinations les plus en vue. Elle en a tous les atouts, y compris un vaste golf que surplombent les installations d’un Sofitel. Et même l’arganier : la région sise entre Marrakech et Essaouira est le seul endroit au monde où il pousse. On en extrait, encore à la main dans les coopératives gérées pas les femmes, une huile alimentaire ou cosmétique de renommée mondiale.

 

Print Friendly, PDF & Email

Commentaires

commentaires

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY