L’Inde, loin du cliché des palais des maharadjahs…

©Mireille Rosenberger

Cette photo et les suivantes vont vous intriguer. Tous ces Hommes sont des saddhous ayant fait vœu de renoncement total. Il s’agit ici de ceux que j’ai croisés lors de la Khumba Mêla à Ujjain en Inde… en avril 1980.

Passionnée par l’Inde que j’avais déjà pas mal sillonnée en tous sens, j’avais décidé d’assister à ce pèlerinage de la Khumba Mêla qui, sans aucun doute, était le plus grand rassemblement religieux du monde.

Selon la mythologie Hindoue, à l’aube des temps, les dieux barattèrent l’océan primordial pour en extraire le précieux nectar, la liqueur de quintessence appelée en sanskrit Amrita. Jaloux, les démons surgirent et s’emparèrent de la jarre qui la contenait (Khumb).

L’oiseau Garuda s’élançant à leur poursuite réussit à récupérer la jarre mais 4 gouttes tombèrent sur les villes de Ujjain, Nasik, Hardwar et Prayag (Allahabad), devenues de ce fait les quatre villes les plus sacrées de l’Inde..

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La célébration de cet évènement dure un mois. Le jour le plus extraordinaire est celui des grands bains de purification des différentes sectes de Saddhous (Yogis renonçant) et en particulier celui des Nagas Saddhous Shivaistes, disciples de Shiva (ascètes renonçant), qui vont errant, nus, couverts de cendre, ne se nourrissant à longueur d’année que de baies, de champignons et autres produits végétariens prélevés dans la nature.

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Ce grand bain de purification dans les eaux sacrées  est très réglementé par les Grands Maîtres spirituels de chaque congrégation et par les Brahmanes qui calculent précisément les heures propices aux bains en fonction de la conjonction planétaire…

Dans un ordre obéissant à une hiérarchie très précise, les Saddhous se jettent par centaines à l’eau en criant…

Beaucoup plus calmes, les saddhous Vishnouites (disciples de Vishnou), quant à eux, défilent derrière leur gourou, généralement porté dans un palanquin  hissé à dos d’éléphants ou en véhicules richement décorés, et sont pour la plupart vêtus de safran et de jaune, parés de colliers d’œillets d’Inde. 

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Les deux sectes prennent le soin d’éviter de se croiser lorsqu’elles convergent vers le fleuve, ce qui donne bien entendu lieu à une organisation incroyable de la part des autorités locales avec un service d’ordre composé de plusieurs milliers de policiers d’autant plus que des millions (oui des millions !!!) de pèlerins affluent des quatre coins de l’Inde pour l’occasion. Tous logeront dans des campements répartis sur plus de 100 hectares spécialement installés pour les accueillir…

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Je me souviens qu’à Ujjain, comme aux autres Khumba Mêla auxquelles j’ai par la suite assisté, un millier de personnes avait été chargé de répandre du DDT (!) pour désinfecter les abords des camps de pèlerins comme ceux des Saddhous.

Plusieurs centaines de trains et de bus supplémentaires furent mis en service afin d’acheminer la population venue de toute l’Inde. Pour les plus pauvres, venant en charrettes à bœufs ou même à pied, le pèlerinage avait déjà commencé depuis plusieurs mois. Et tous n’ont qu’un seul but : se baigner dans le fleuve dont l’eau lustrale dissout toutes les fautes et lave toutes les souillures… 

  • Hardwar et Allahabad ( Prayag) Se trouvent en bordure du Gange, le fleuve sacré entre tous..
  • Nasik  (dans l’état du Maharashtra ) se trouve en bordure de la rivière Godavari
  • Ujjain dans l’état du Madhya Pradesh se trouve en bordure de la rivière Shipra

Assister à une Khumba Mêla, outre le fait d’assister à un spectacle d’une ampleur extraordinaire dans une ambiance à la fois festive et sacrée, est un évènement vraiment unique… à condition bien sûr de ne pas être agoraphobe !

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Surtout, lorsque après 12 longues années d’attente entre chaque célébration, la masse de milliers de pèlerins se trouve bloquée en pleine nuit dans les couloirs faits de simples barrières de bois et commence à s’exciter et à se bousculer par crainte de ne pouvoir se baigner à l’heure propice quand l’aube viendra…

A chaque Khumba Mêla, on a comptabilisé des milliers de personnes dont beaucoup d’enfants qui se perdirent à un moment ou un autre, mais qui furent toutes retrouvées grâce à la multitude de postes de police. 

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En 1980, nous étions, en tout et pour tout, moins d’une vingtaine de voyageurs étrangers à Ujjain, la plupart étaient des grands reporters travaillant pour des magazines tels que Geo Magazine, National Geographic, etc..

Les quelques très rares voyageurs français qui se trouvaient là pour assister au Grand Bain, à l’aube du jour le plus auspicieux du mois que durait la Khumba Mêla, se comptaient sur les doigts d’une seule main et étaient, comme moi, des amoureux passionnés de l’Inde et de sa culture.

©Mireille Rosenberger

Plus tard, je fus la première à oser organiser des voyages pour des petits groupes de grands voyageurs extrêmement motivés et respectueux autour de cet évènement.

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En 1986, ce fût pour le voyagiste Akiou, une filiale des Wagons-Lits, à Hardwar où le Gange entame sa longue course à travers l’Inde, puis, plus tard ce fût à Allahabad et enfin pour le voyagiste Ikhar en 2004 de nouveau à Ujjain, soit 24 ans (deux cycles de douze ans) après ma première découverte de la Khumba Mêla de 1980..

Je ne fus qu’à moitié surprise de constater que les chefs des sectes de Saddhous ne défilaient plus à dos d’éléphants… mais en camions ou à bord de Jeeps. Les temps changent… même en Inde

Mireille Rosenberger

 

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