Liège cité ardente et cinégénique

Puisque l’on dit bien « photogénique » pourquoi ne dirait-on pas « cinégénique » ?

© liegetourisme.be

Certains d’entre vous auront peut-être regardé les deux premiers épisodes du nouveau feuilleton « Les aventures du jeune Voltaire ». Disons que par les temps qui courent, nous avons tout loisir de regarder le petit écran.

A ma très grande surprise, j’ai reconnu dans le premier épisode l’arrière de notre hôtel de ville et ensuite la salle des pas perdus, sensés représenter l’ambassade de France à Den Haag. Permettez-moi d’ajouter quelques commentaires sur ce bâtiment. Les dirigeants de la ville avaient pour coutume de se réunir à l’étage de la maison d’un marchand de draps située sur la Place du Marché.

Le magasin s’appelait « La Violette » et le nom est resté aux différents bâtiments qui se sont succédés pour la fonction. L’avant dernier a été détruit lorsque les troupes du maréchal de Boufflers (1) ont bombardé la ville sur ordre de Louis XIV en 1691. Bombardement qui avait complètement détruit les maisons de la place.

Toutefois, alors que les maisons de commerce avaient été rapidement reconstruites, la ville n’avait pas le sou pour ériger un nouvel hôtel communal. La chose a duré un peu plus de 20 ans avant que l’on ait pu réunir les fonds nécessaires.

Il faut dire que le projet était ambitieux. Après avoir tenté d’obtenir la somme en lançant une loterie, la ville a finalement dû recourir à l’emprunt, ce qui faisait bien rire au temps de la dette colossale de la ville, que la chose n’ait rien de vraiment nouveau.

Autre anecdote, notre grand écrivain Georges Simenon aurait trouvé le nom de son célèbre commissaire Maigret de la liste de « morts pour la patrie » qui figure sur une plaque commémorative, placée sur la façade.

Le bâtiment que vous voyez aujourd’hui porte sur son fronton la date de son inauguration : 1718. Mais ce que l’on a pu voir dans le film, c’était l’arrière du bâtiment, sans doute moins reconnaissable pour les yeux non avertis.

Il n’est pas étonnant que l’on ait trouvé des vues de Liège dans ce feuilleton, car la ville possède un beau patrimoine du XVIIIème siècle, dont des maisons canoniales dans les rues Feronstrée et Hors Château. Ces maisons abritent qui un échevinat, qui une grosse société ou même l’école d’hôtellerie. La plus belle de ces demeures est sans conteste celle qui abrite le musée d’Ansembourg.

C’est en effet à cette époque que l’ébénisterie liégeoise a connu son apogée. Des coquilles classiques aux volutes du baroque, les meubles liégeois étaient sculptés dans la masse (tandis qu’ailleurs les sculptures étaient réalisées à part et ensuite collées sur les meubles).

Faut-il préciser que nos meubles étaient presqu’uniquement réalisés en chêne, chêne qui servait aussi à la confection des portes et des persiennes. Celles du musée sont vraiment remarquables.

Au XVIIIème siècle, on avait tendance à construire des habitations confortables, pas trop hautes de plafond, sauf à la fin où le style néo-classique a remplacé le baroque. Je citerai deux bâtiments de ce style : l’hôtel de Hayme de Bomal qui abritait le musée d’armes, aujourd’hui englobé dans le méga-musée et la façade St Lambert du palais des princes évêques, due à une reconstruction après incendie. C’est l’escalier de cette partie là que l’on remarque dans le deuxième épisode.

Il n’y a pas bien longtemps, la dernière (détestable) adaptation des « Misérables » a été tournée en partie dans la vieille ville de Limbourg. Cela, vous me direz que ce n’est pas à Liège, mais on nous promet pour bientôt un film italien intitulé « Miss Marx » (la fille de Karl) et celui-là sera bien été tourné à Liège.

A l’heure où on ne peut plus aller nulle part, peut-être aurez-vous l’envie de venir voir la cité mosane. Renseignez-vous quand même sur l’ouverture des musées, car en cas de problème urinaire, il n’y a que là que vous pourrez vous soulager !

Bien que cela n’ait rien à voir, apprenez qu’en wallon liégeois « les boufflettes », pas les Boufflers, signifie les oreillons.

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