L’Horeca, Napoléon et la fin du cash

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Une monnaie numérique ou un badge, c’est plus commode, mais cela laisse des traces qui menacent notre liberté. Supprimer le cash, c’est mettre chaque geste de nos vies sous l’œil attentif des États.

Pendant qu’en Belgique, nous attendons de savoir si l’Horeca va ouvrir ou non le 1er mai, et pendant que nous découvrons que nous entrons doucement, mais sûrement dans une ère de désobéissance civile, soutenue d’ailleurs indirectement par des bourgmestres qui, je le rappelle, sont par définition les chefs de la police.

Ces mêmes bourgmestres disent à l’avance qu’ils n’interviendront pas si des ouvertures sauvages de restaurants ou de café ont lieu le 1er mai. C’est du jamais vu bien entendu.

Et pendant ce temps, le monde tourne, il ne nous attend pas. Si on regarde le monde comme un stade de sports, que constate-t-on ? Que les Chinois sont partis les premiers, les Américains les deuxièmes, et nous, en Europe continentale, nous sommes encore dans les vestiaires à nouer les lacets de nos belles chaussures de sport.

Les Chinois sont partis les premiers, mais ils ont aussi compris qu’il est impossible d’être la première puissance économique si leur monnaie – le yuan – n’est pas aussi la première monnaie mondiale.

Et là, c’est complètement raté, le dollar américain est la devise de 80% des échanges mondiaux. Pire encore pour les Chinois, même quand des transactions se font dans la monnaie chinoise, elles passent par des circuits financiers contrôlés par les Américains.

Et donc, je le disais, le monde avance sans nous attendre

Les lecteurs du Wall Street Journal ont donc découvert que la Chine prépare sa propre monnaie numérique. La Chine comme le quotidien américain est en train de transformer sa monnaie légale en code informatique. c’est assez dingue, car avec cette monnaie numérique, le gouvernement chinois pourra contrôler à la seconde près les dépenses de ses citoyens.

Après le contrôle par la reconnaissance faciale, on risque d’avoir bientôt le contrôle de l’argent, car le gouvernement qui contrôle les électrons pourra décider demain de qui a droit à cette monnaie numérique et qui n’y a pas droit.

Le Wall Street Journal précise même que cette monnaie numérique pourrait être programmable. Pékin aurait testé des dates d’expiration pour encourager les utilisateurs à dépenser rapidement lorsque l’économie a besoin d’un coup de pouce. Encore une fois, tout cela est fou. Comme l’écrit l’analyste américain Bill Bonner, la Chine est passée de « trou reculé à celui de grande puissance mondiale en une seule génération ». Et là, ils veulent se débarrasser du dollar à leur manière.

Napoléon disait qu’il ne fallait jamais interrompre un ennemi qui est en train de faire une erreur, il avait raison, mais l’erreur, elle, ne vient pas des Chinois, mais des Occidentaux qui pour de multiples raisons veulent aussi supprimer le cash.

Je l’ai souvent dit dans mes chroniques, l’argent cash est l’un de nos derniers espaces de liberté. Souvenez-vous de ces étudiants de Hong Kong qui ont pris soin de payer en liquide leur ticket de métro pour ne pas laisser de trace de leur participation à une manifestation. Une monnaie numérique ou un badge, c’est plus commode, mais cela laisse des traces et menace notre liberté. Supprimer le cash, c’est mettre chaque geste de nos vies sous l’œil attentif des États.

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