L’histoire du tourisme en Belgique (2e partie)

Nous avons vu qu’à la fin des années cinquante, des avions gros porteurs arrivent la Sabena : la compagnie nationale belge est en plein boom, portée par l’Expo 58 de Bruxelles, et par le rôle non-officiel de capitale naissante de l’Europe que va jouer la ville. Beaucoup de vols sont programmés en semaine, mais les week-ends sont moins chargés.

C’est alors que Robert De Meuter, propriétaires des « Voyages les Hirondelles », a l’idée de programmer des « vols spéciaux » les samedis et dimanches (on ne les appelle pas encore charters), à un prix très correct pourvu qu’on arrive à remplir un avion.

La destination de Palma est en vogue, et De Meuter a une autre idée : celle d’ouvrir « ses » vols sur Palma à d’autres agences, afin de consolider son programme (c’est-à-dire de remplir les avions pour lesquels il est seul à prendre un risque financier). Il contacte les plus grosses agences de l’époque : Wagons-Lits, Havas, Cuvelier, Cobeltour, Wasteels, Généralcar et finalement une quinzaine d’agences se décident à former une coopérative sous le nom d’Airtour. Un vol inaugural sur Palma est effectué en B-747 !

Sur la côte belge, un autocariste de renom, West Belgium Coach, dirigé par Rudolf Van Moerkerke, se lance dans une campagne de rachat de ses confrères, autocaristes mais aussi agents de voyages. En les regroupant, il arrive lui aussi à pouvoir affréter des avions : c’est la naissance de Sunair.

Ensuite dans la même zone, le sieur Brackx lance un concurrent et se spécialise sur une unique destination (au début) : Benidorm, qui est en plein boom immobilier : ce sera Jetair, racheté bien plus tard par TUI. Ce sont ces trois premiers « grands » TO qui sont à l’origine, entre autres, des premiers restaurants « steak-frites » sur la côte espagnole, et ce n’est sans doute pas ce que les Belges ont exporté de meilleur.

Les vols spéciaux sont devenus des charters, surtout lorsque Sabena rachète sa petite consœur Sobelair, la compagnie qui assurait des liaisons Belgique-Congo par l’Est de l’Afrique, avec escales à Athènes, Le Caire et Nairobi. Sobelair commence mal dans le giron de Sabena : son dernier avion, un vieux DC-6, est accidenté dès les premiers jours du rachat. Sobelair volera donc exclusivement avec des avions loués à la Sabena, jusqu’à ce qu’elle ait les moyens, dans les années 70, d’acheter ses propres B-737.

C’est ainsi, plus ou moins, qu’est né le tourisme de masse sur le marché belge. Il est en cela aidé par l’évolution des mentalités à travers le monde : culte du corps, besoin de soleil et de mer et si possible les deux ensemble, farniente : les vacances se résument à se faire dorer pile et face sur les plages. Le tourisme dit « classique » qui consistait à partir pour pratiquer une activité ou découvrir une destination, cède la place à sa forme la moins élaborée : la vente d’un « package » ou tout est compris.

Comme le pharmacien qui fait des études pour savoir comment préparer un médicament, mais qui finit par vendre les boîtes des industries pharmaceutiques, l’agent de voyages avait appris à composer des voyages à la carte, mais il finit par se contenter de distribuer des formules tout compris créées par les TO.

Imagine-t-on tous les problèmes qui surgissent en corollaire de cette (r)évolution ? Les répercussions sur les populations locales, sur l’environnement ? La gestion des déchets autour des concentrations hôtelières ? La gestion de l’eau ! On a calculé que dans les régions tropicales, 27 litres d’eau sont consommés par jour et par habitant, alors que pour les touristes, il en faut 100 litres ! Au mieux, on construit des barrages, mais le plus souvent, on puise dans la nappe phréatique, privant du même coup les agriculteurs locaux de l’essentiel.

Cette vision « historique » semble pessimiste. Il faut surtout apprendre de nos erreurs. N’oublions pas que le tourisme de masse a rendu possible et accessible les plages et le soleil pour une clientèle qui, avant cela, n’aurait pu se les offrir. Il a aussi créé des centaines de milliers d’emplois autour du bassin méditerranée. Ce fut en quelque sorte un progrès social.

Mais à ce concept de progrès social, il faut maintenant ajouter celui de durabilité. Avec ce constat terrible pour l’aspect « social » : le tourisme du futur serra sans doute, par la force des choses, à nouveau réservé à une élite. Pour les autres, l’agent de voyages devra trouver des idées, être créatif, en offrant des voyages de proximité tout aussi enrichissants. On peut l’espérer.





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