L’Estrémadure, une symphonie en vert majeur

La Gorges des enfers et ses eaux cristallines sont au cœur d’une réserve naturelle de 6.800 hectares. CM

L’Espagne a bien d’autres trésors cachés que ses kilomètres de plages et ses villes au patrimoine historique salué par l ’Unesco. C’est aussi un pays qui abrite des terroirs propices aux balades et à l’observation des cigognes, entre autres !

Au Nord de l’Andalousie et à la frontière du Portugal, l’Estrémadure qui ne compte que deux provinces égrène ainsi un chapelet de merveilles entre patrimoine architectural, paysages verdoyants et lacs artificiels.

Paradis pour les amoureux d’ornithologie et de randonnée, elle séduira aussi les gourmands qui, d’une terrasse à l’autre, découvriront une cuisine qui sent bon le terroir.

Route sinueuse entre les cerisiers en fleurs qui semblent dessiner un spectaculaire manteau blanc. CM

Au Sud de la Sierra de Gredos qui marque la frontière avec la région de Castilla-et-León, c’est un peu comme si on descendait les marches d’un escalier colossal vers un paysage tout en rondeur où les paysans racontent qu’ici, on connaît 5 mois de sécheresse et 7 mois de saison verte ! Le ton est donné !

Un paradis écologique

Sur fond de montagnes coiffées de neige jusqu’en avril, les régions du Nord de l’Estrémadure arborent des paysages spectaculaires dessinés par des gorges que creusent des ruisseaux qui déboulent en cascade dans des vallées profondes qui explosent de couleur dès le printemps.

La plus impressionnante est sans aucun la vallée du Jerte dont les versants ont été taillés au cours des siècles pour y planter des cerisiers.

La vallée du Jerte vit au rythme de ses deux millions de cerisiers, pourvoyeurs d’emplois, qui enveloppent la vallée de blanc lorsque vient la floraison. CM

L’histoire raconte qu’un sultan arabe qui y vivait au 12ème siècle tomba éperdument amoureux d’une fille du Nord qu’il épousa et installa dans ses terres. Comme la jeune femme se languissait des paysages enneigés de son enfance, le sultan fit planter des cerisiers qui en fleurissant couvrent les flancs de la montagne d’un impressionnant manteau blanc.

Aujourd’hui ils sont près de deux millions à tapisser les pentes qui surplombent la rivière, apprivoisant le moindre escarpement et grimpant à l’assaut des cimes. Magie éphémère de blancheur parfumée à découvrir au rythme de la balade sur les routes sinueuses qui tracent leur chemin entre des murets de pierre sèche.

Los Barruecos est un espace naturel connu aussi pour ses eaux, de grands bassins alimentés par des ruisseaux qui alimentent ainsi la rivière Salor, plus au sud. CM

L’Estrémadure est aussi la région européenne qui cumule le plus de kilomètres de côtes d’eau douce, plus de 1.500 qui bordent les réservoirs construits par les hommes pour s’assurer de ne jamais manquer d’eau ou encore les piscines naturelles aux eaux cristallines dessinées par des sources qui jaillissent en cascade en façonnant la roche, comme celle de la réserve naturelle de la « Gorge des enfers » particulièrement bouillonnante au printemps mais délicieusement tranquille en été.

La cascade de Caozo, la plus spectaculaire de la vallée du Jerte avec sa chute de plus de 30 mètres. CM

L’Estrémadure c’est encore le plus vaste système agroforestier d’Europe, à savoir 3,5 millions d’hectares de pâturages arborés appelés ici « dehesa », un bel exemple d’équilibre entre la nature exploitée par l’homme et la conservation des ressources naturelles.

Près de 60 millions d’arbres dont la plupart sont des chênes-verts et des chênes-lièges campent un paradis écologique où circulent en toute liberté des porcs ibériques qui se nourrissent durant leur courte vie de glands, de racines et d’herbes sauvages. De quoi donner les meilleurs jambons du monde sous le label strict de Dénomination d’Origine Dehesa.

Les pâturages arborés de chênes sont un paradis pour les porcs élevés en liberté. CM

Le royaume des cigognes

Elles sont partout, planant dans le ciel bleu, juchées sur leurs nids ou en train d’arpenter des prairies humides à la recherche de grenouilles, de lézards ou de rongeurs. Au printemps, on les entend craqueter d’un nid à l’autre dans l’attente du conjoint qui viendra à son tour couver les œufs à moins qu’elles ne soient agacées par les choucas ou les étourneaux qui nichent au cœur de leurs grands nids de branchages.

Si elles ne nichent plus sur les flèches de la cathédrale de Caceres, les cigognes aiment encore y percher. CM

Les cartes postales de Caceres dépeignent encore la vieille ville hérissée de nids de cigognes perchés sur le moindre clocher ou sur un pan de toiture. Aujourd’hui, inquiète des dégâts éventuels que peuvent causer ces abris qui pèsent parfois 500 kg, la ville les a détruits ou déplacés vers l’extérieur de la cité où elle a édifié plusieurs mâts surmontés d’une plate-forme ronde sur laquelle de nouveaux nids se sont créés.

Rencontre entre les cigognes et l’œuvre de l’artiste allemand Wolf Vostell. CM

Elle s’est inspirée des aménagements réalisés par un village voisin, Malpartida de Cáceres qui a d’ailleurs gagné le titre de Village européen de la Cigogne offert par Euronatur, le Fonds qui veille sur le patrimoine naturel européen.

Non seulement les échassiers nichent sur les bâtiments historiques de la ville, mais ils se sont approprié la forêt de mâts plantés à leur intention à côté du site de Los Barruecos sans dénigrer pour autant les nids installés sur les grandes quilles de granit qui bordent les réservoirs qui alimentaient jadis le lavoir à laine transformé en musée.

Une balade silencieuse sur les chemins qui longent le lac permet d’approcher les rochers et d’observer la nidification des cigognes blanches.

Le site de los Barruecos est un espace unique, protégé comme Monument Naturel, pour sa topographie particulière qui abrite entre autres de nombreuses peintures rupestres mais aussi le siège d’un musée original créé par l’artiste allemand Wolf Vostell, chantre du mouvement Fluxus.

Plus au sud encore les ruines de l’aqueduc romain dit des Miracles qui alimentait la future ville de Mérida sont hérissées aujourd’hui de nids de cigognes. CM

Il transforma l’ancien lavoir en un lieu d’accueil pour de gigantesques montages d’art contemporain qui  laissent quelque peu rêveurs.

Les cigognes ont complètement adopté la dernière œuvre du maître qui additionne un Mig21 s’encastrant dans un piano et des Seat, autant d’éléments qui s’humanisent grâce aux élégants oiseaux qui s’y lissent les plumes tout en veillant à leur progéniture.


Infos pratiques:

Infos : www.turismoextremadura.com www.spain.info/fr_BE/que-quieres/ciudades-pueblos/comunidades-autonomas/extremadura.html

Y aller : Toutes les saisons invitent à découvrir l’Extrémadure si vous aimez l’écotourisme, entre la fête des cerisiers en fleurs de fin mars, les baignades de l’été, la saison des vendanges mais aussi celle des forêts colorées dans la vallée de l’Ambroz dès la fin octobre.

L’idéal est de louer un véhicule à Madrid, à 3 heures à peine de Plasencia et de découvrir la région en musardant au fil de l’inspiration. Les routes y sont excellentes et on n’y connaît pas d’embouteillages….

L’impressionnante localité de Granadilla se situe au sommet d’une colline qui forme une avancée surplombant le barrage de Gabriel y Galán, auquel elle doit le dépeuplement qui en a fait un village fortifié fantôme à découvrir absolument. CM

Gastronomie : 10 dénominations d’origine et deux indications géographiques protégées assurent une table exclusive : paprika, huile d’olive, fromages, jambon ibérique, miel, cerises, bœuf et mouton, vin del Guadiana, ….

A découvrir en profitant des terrasses et patios qui offrent le plaisir de savourer au soleil un verre de vin associé à de délicieuses tapas comme sur la Plaza Mayor de Plasencia. Ou alors choisissez quelques bonnes tables comme le restaurant Succo à Plasencia www.restaurantesucco.es.

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