Les regrets de la vieille heaulmière* : le monde de demain sera virtuel, asocial et peuplé de sans emploi !

A ceux qui se sont extasiés devant la dernière invention virtuelle qui nous a été proposée ce week-end, je voudrais dire ceci :

Dans les métiers du voyage jugés par bien des envieux comme « profession chanceuse », oui on peut le dire, l’ambiance qui règne est généralement plutôt bonne et chaleureuse. C’est un petit monde ou chacun se connaît, où entre collègues, même concurrents, on se salue avec politesse, voire même avec cordialité. Les occasions de se rencontrer ne manquent pas.

Il y a des work-shops, des foires, des soirées d’information, des voyages d’étude et même le congrès de l’UPAV. Bref, si on ne connaît pas personnellement, ou devrais-je dire de visu le dernier des employés de la firme avec laquelle on traite, il existe une personne de référence que l’on connaît commercial ou autre responsable et que l’on peut appeler en cas de problème.

Oui mais, cela diminue de plus en plus…

Besoin d’un office de tourisme ? un répondeur vous dit: « », oui mais si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez, après avoir pesté pendant 10 minutes (ou plus) à chercher un contact, vous trouvez un formulaire que vous remplissez avec votre question. Après avoir rédigé et rempli tous les champs obligatoires, vous devez encore prouver que vous n’êtes pas un robot !

La réponse est souvent immédiate : « Nous avons bien reçu votre message, il sera traité dans les meilleurs délais. » Quand ? nul ne peut le dire, cela dépend du nombre d’emmerdeurs dans votre genre qui envoie des messages d’une part, d’autre part du nombre d’employés préposés à répondre. On se doute que le nombre n’est pas élevé, car le but du jeu, c’est d’en supprimer un maximum afin d’avoir moins de salaires à payer.

Besoin d’une compagnie aérienne ? Là ce n’est pas drôle non plus : pour trouver les contacts, il faut se lever tôt. Si par hasard on trouve un numéro de téléphone, il est parfois gratuit, souvent payant et vous atterrissez dans un call center en Inde ou au Kamchatka, où une personne très polie et très aimable vous répondra dans un français (quand tout va bien) ou dans un anglais approximatif à côté de la question, parce que ces gens (largement sous-payés par rapport à chez nous) n’y connaissent généralement rien ou pas grand-chose.

Avez-vous besoin d’un broker en aviation ? Vous pouvez réserver dans leur « système » qui n’est pas fait pour vous, mais pour Monsieur et Madame Toutlemonde, c’est-à-dire avec des menus déroulants. Quelle M ! Alors qu’il vous faut 2 secondes pour demander un vol de BRU à ROM, il faut choisir dans le menu déroulant car il est impossible d’écrire dans le champ.

Pire, quand vous souhaitez choisir une cie aérienne, vous ne savez pas si SAS sera à SK, ou à Scandinavian ou à SAS…et quand on a trouvé, voilà que le clic que vous avez fait était pour la ligne au dessus, ou celle d’en dessous… il faut recommencer. Quelle joie ! Quel bonheur ! Puisque les systèmes ne sont pas faits que pour les pros (probablement une race en voie d’extinction), ils n’ont qu’à perdre leur temps.

Est donc cela le monde de demain ?

Alors que tout se déshumanise, ne voilà-il pas qu’on nous propose un salon virtuel ? Non, mais c’est quoi ce truc ? C’est merveilleux, on n’a pas besoin de prendre sa petite bagnole de faire X km pour arriver au point de rendez-vous, pas nécessaire de s’inscrire, pas besoin de s’habiller, ni de se coiffer, ni de se faire une beauté : on peut y aller en pyjama et en pantoufles, et même en mangeant des popcorns ou une glace au chocolat qui fait des taches, ou les deux en même temps si ça vous chante. Quel progrès !

Naturellement, dans ce genre de salon, il n’y aura plus à boire ni à manger, cela va faire une sérieuse économie pour les organisateurs, mais une perte pour les traiteurs et les limonadiers. Les piliers de buffets seront déçus, et les journalistes n’auront plus rien à écrire sur le sujet! Bien entendu, cela fera aussi une sérieuse économie de cartes de visites, tant pis pour les imprimeurs, c’est quand même aussi un métier en voie de disparition. Vive Vistaprint ! Est donc cela le monde de demain ? C’est déjà hélas en grande partie celui d’aujourd’hui.

Qu’on dise ce qu’on veut, moi, je regrette aussi le temps (pas très éloigné) où les brochures et les documents de voyage arrivaient par porteur avec en prime des nouvelles du Landerneau.

Maintenant, une société de distribution vous tape un paquet souvent à moitié éclaté dans votre entrée ou sur votre seuil et salut en de kost !

Permettez-moi de vous faire remarquer qu’aujourd’hui la presse faisait des commentaires sur un récent sondage disant que le chômage ne diminue pas. Il faudrait peut-être se demander pourquoi.

* Regrets de la belle heaulmière, François Villon (pas Fillon)

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