Les low cost vont être très touchées, mais pas que…

« Je n’ai jamais vu une crise du transport aérien ne pas conduire à une restructuration du marché. Je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette règle », craint Marc Rochet, patron d’Air Caraïbes et de French bee. La crise va laisser des traces et pourrait notamment induire un changement de comportement des consommateurs. Pour Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair, ce sont les compagnies à bas coût qui pourraient faire les frais de la pandémie. 

Le patron de Corsair redoute que la sortie du confinement sonne aussi la fin de la frénésie de voyages à moindre prix, qui a fait, depuis plus de vingt ans, le bonheur, et surtout la fortune, de compagnies à bas coût telles que Ryanair et easyJet. « Les low cost vont être très touchées, car le goût de voyager en permanence pour pas cher va en partie disparaître ».

Le télétravail au lieu du voyage d’affaires…

Mais ce n’est pas seulement le segment du low cost qui sera affecté. Même la clientèle d’affaires, qui rapporte le plus aux compagnies aériennes, pourrait être touchée également parc qu’avec la généralisation du télétravail pendant cette période, « les entreprises sont en train de découvrir que ce n’est pas la peine d’envoyer leurs cadres prendre l’avion », estime M. de Izaguirre.

Si la demande pour des vols en classe affaires pique du nez, cela pourrait être un drame pour des compagnies, comme Air France, qui ont décidé de miser à fond sur les passagers business.

Selon Marc Rochet (photo), la survie d’Air France passera par des décisions brutales, comme celle « de fermer les lignes qui perdent de l’argent ».

En attendant, afin de sauver ce qui peut l’être de leur trésorerie, les compagnies aériennes réclament de ne pas avoir à rembourser immédiatement leurs clients. « Nous ne sommes pas en mesure de le faire », admettent-elles. « Si nous remboursons, ce sera une telle saignée sur notre cash que nous serons à terre », prévient M. de Izaguirre.

 [Avec Le Monde]

 

On peut naturellement comprendre les craintes des compagnies aériennes pour l’avenir, mais si elles ne remboursent pas leurs clients, ce serait aux agences de voyage, qui ont émis les billets non consommés, de le faire. Impensable, évidemment : on ne saurait comparer la trésorerie d’une compagnie aérienne, même «petite», à celle d’une agence de voyage, même «grande». Il faudra bien trouver une solution. La balle est maintenant dans le camp des gouvernements qui doivent, avec le concours des banques, garantir le retour à l’activité « normale » et apporter leur soutien tant aux producteurs qu’aux distributeurs.

Une position européenne commune faciliterait évidemment les choses, mais on sait ce qu’il en est : le torchon brûle carrément entre les pays du nord, emmenés par les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche, partisans de la maîtrise des finances, et ceux du sud, comme l’Italie et l’Espagne, parmi les plus touchés par la pandémie et aux finances fragiles, soutenus notamment par la France et sept autres pays européens dont la Belgique et le Luxembourg, qui plaident pour la création d’un instrument commun de mutualisation des dettes sous forme de « coronabonds ». C.B.

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