Les croisières à l’arrêt jusqu’à l’an prochain

Quelques compagnies de croisière ont repris partiellement leur activité cet été, moyennant la mise en place de procédures sanitaires très strictes, avec pour objectif de convaincre les autorités comme la clientèle que les croisières pouvaient reprendre en toute sécurité. Mais elles ont été l’exception…

Ainsi, la norvégienne Hurtigruten a été la première à reprendre brièvement son activité de croisière avec notamment ses trois navires d’expédition jusqu’à la découverte de dizaines de cas de Covid-19 sur des personnels et passagers du Roald Amundsen.

Autre compagnie norvégienne à avoir repris en juillet ses croisières, SeaDream Yacht Club a elle aussi vu sa saison tourner court, un passager danois ayant été testé positif au Covid-19. Les croisières suivantes ont été annulées et la compagnie ne devrait maintenant plus reprendre avant le mois de novembre.

Les grandes ambitions de Ponant | Pagtour

Succès divers des itinéraires français

La compagnie française Ponant fait aussi partie des premiers opérateurs à tenter la reprise. Du fait des limitations drastiques sur les possibilités de réaliser des voyages internationaux, l’armateur, qui aligne une flotte de 12 bateaux (hors Paul Gauguin) a d’abord choisi de reprendre en juillet avec un programme inédit de croisières le long des côtes françaises.

Cinq navires de 92 à 132 cabines y ont été affectés au départ chaque semaine de Nice, Marseille, Bordeaux, Saint-Malo et La Havre. Mais le succès commercial n’a pas été au rendez-vous.

Si les navires aux couleurs de Ponant exploités cet été n’ont pas eu à déplorer d’alerte Covid, le petit paquebot polynésien de l’armateur a, en revanche, été touché dès sa reprise. Parti le 30 juillet de Tahiti, le Paul Gauguin y est revenu au bout trois jours. Des mesures ont été prises depuis et le Paul Gauguin a pu reprendre la mer.

Autre grand opérateur français du secteur, l’armateur alsacien CroisiEurope a repris ses croisières maritimes le 26 juillet avec son unique navire hauturier, le Belle des Océans, positionné à Nice pour des tours de Corse d’une semaine. Tout s’est déroulé normalement et côté remplissage, le petit navire d’une capacité de 128 passagers a été rempli à environ 70% assure son armateur.

CroisiEurope : Première croisière de La Belle Des Océans… | Pagtour

Il va poursuivre cet itinéraire dans les prochaines semaines avant, normalement, d’être basé aux Canaries en octobre. Pour CroisiEurope, la reprise est en revanche plus complexe sur le marché fluvial, son cœur de métier.

Comme prévu, ses bateaux ont progressivement repris du service à partir de la fin juillet sur les fleuves hexagonaux : la Seine, le Rhône, la Garonne, la Loire… mais aussi le Danube en Allemagne et le Duro au Portugal, ainsi qu’en Andalousie. En tout, 19 navires de CroisiEurope, soit moins de la moitié de sa flotte, ont pu travailler totalement ou partiellement cet été.

Les Allemands ouvrent le bal

Alors que la situation est au point mort aux Etats-Unis, où les compagnies ne cessent de repousser la reprise sur un continent encore très touché par le coronavirus, il aura fallu attendre la fin juillet pour revoir des paquebots remis en exploitation en Europe.

TUI se renforce à nouveau dans la croisière | Pagtour

C’est la compagnie allemande TUI Cruises qui a ouvert le bal avec une capacité limitée à 60% de la base double (1740 passagers maximum par navire) et un programme minimaliste : seulement deux paquebots (sur sept) remis en service uniquement au départ d’Allemagne, seuls des passagers allemands à bord et aucune escale pendant la croisière.

MSC : second départ retardé

MSC Cruises a été le premier à proposer un itinéraire international et une ouverture à la clientèle européenne (uniquement au sein de l’espace Schengen). Pour le moment, un seul de ses dix-sept navires a repris la mer.

Il s’agit du MSC Grandiosa, qui a appareillé de Gênes le 16 août pour une première croisière d’une semaine en Méditerranée occidentale, comprenant des escales essentiellement en Italie (Civitavecchia, Naples, Palerme) et une seule en dehors (Malte).

MSC investit dans le terminal croisières de Trieste | Pagtour

Des protocoles sanitaires très stricts ont été mis en place, en particulier en matière de tests. Les clients ont obligation de prendre des excursions organisées par la compagnie s’ils souhaitent descendre à terre pendant les escales.

La capacité maximale du paquebot a été limitée à 70% de 6.334 passagers. La compagnie s’autorise donc théoriquement à embarquer jusqu’à 4.400 clients sur le navire, ce qui est beaucoup. Mais ce cap est de toute façon loin d’être atteint puisqu’ils étaient à peine 2000 à bord pour le premier départ et encore moins sur le second, avec logiquement une écrasante majorité de passagers italiens (90% selon MSC).

La remontée en puissance s’annonce longue et les contraintes imposées, comme les incertitudes sur l’évolution de la situation sanitaire, dissuadent pour le moment de nombreux candidats à la croisière, y compris chez les plus assidus habituellement.

Ainsi, le MSC Magnifica, second paquebot de la compagnie appelé à reprendre du service, a vu son premier départ reporté d’un mois, au 26 septembre, de Bari, en Italie, avec un itinéraire inchangé qui comprend trois arrêts en Grèce (Athènes, Corfou et Katakolon.

Davantage d'escales en 2017/18 pour Costa | Pagtour

Costa, en septembre

La compagnie italienne Costa a, quant à elle, fait le choix pour le moment de reprendre son activité uniquement sur des itinéraires purement italiens et réservés à la clientèle nationale.

Le premier départ du Costa Deliziosa doit se dérouler à Trieste le 6 septembre, alors que le Costa Diadema est prévu pour appareiller de Gênes le 19 septembre. Tous les passagers seront testés avant l’embarquement et à l’instar de MSC ne pourront descendre du navire qu’en ayant réservé l’une des excursions proposées par la compagnie.

Une poignée de navires

Tout cela ne représente donc qu’une poignée de navires sur l’ensemble de la flotte mondiale (365 unités maritimes en service au début de l’année). Contrairement à d’autres industries, il ne semble pas y avoir de stratégie commune. Chaque opérateur suit son propre agenda, détermine ses protocoles sanitaires, fait jouer ses propres réseaux…

Un manque flagrant d’unité qui nuit sans doute à l’action que les compagnies peuvent mener, notamment auprès des autorités qui sont encore très réticentes à donner leur feu vert. Et plus que d’habitude encore, cette crise démontre malheureusement de manière assez flagrante l’inutilité de l’association internationale des compagnies de croisière (CLIA) qui vient de se doter d’un nouveau président européen, et devrait pourtant unifier les différentes voix du secteur.

Voyager en temps de Coronavirus | Pagtour

Par ailleurs, les déplacements internationaux demeurent très compliqués et les liaisons ont été drastiquement réduites, alors que pèse aussi un facteur essentiel entravant la reprise du tourisme : une situation très mouvante et un manque complet de visibilité quant aux décisions prises par les Etats sur de potentielles fermetures de frontières ou quarantaine imposées aux personnes en provenance de tel ou tel pays.

A cela s’ajoute, le peu d’empressement des autorités à voir revenir dans leurs ports des paquebots chargés de milliers de passagers. Et comment justifier le retour des gros paquebots alors qu’actuellement tant d’évènements, de divertissements et de rassemblements à terre sont interdits ?

2021, nouvel horizon

Les armateurs tablent maintenant sur 2021. Ainsi, Seabourn a reporté à nouveau le redémarrage de trois navires. Le Seabourn Ovation sera remis en service au plus tôt le 3 janvier 2021, le Seabourn Encore le 6 janvier et le Seabourn Quest le 10 mai 2021. Le lancement du Seabourn Venture est également reporté. The Venture ne sera désormais lancé que le 1er décembre 2021. 

Circuit Floride & croisière Bahamas

Aux Etats-Unis, premier marché mondial de la croisière, le CDC, la toute puissante autorité sanitaire américaine, n’a toujours pas donné son accord à une reprise, les armateurs comme Cunard, Viking, Fred Olsen ou encore Crystal ont annoncé qu’ils ne reprendraient qu’en 2021, si tout va bien.

D’ici là, il y aura sans doute encore des victimes de la crise, plusieurs acteurs ayant déjà disparu, comme la compagnie espagnole Pullmantur ou la britannique Cruise & Maritime Voyages. L’industrie de la croisière pourrait aussi souffrir des dégâts considérables que va subir le réseau des agents de voyages, qui ne pourra pas tenir longtemps dans un contexte d’arrêt quasi-total du tourisme international.

Tenir, quel qu’en soit le prix

Les armateurs, de leur côté, ont été nombreux ces derniers mois à rechercher des fonds pour survivre jusqu’à la reprise, les plus gros comme Carnival, RCCL et NCL (tous cotés en bourse) parvenant à lever des milliards de dollars sur les marchés, afin de pouvoir tenir encore un an dans un environnement très dégradé, voire sans activité.

En même temps, les compagnies ont entrepris de réduire drastiquement leurs coûts, avec des coupes sombres dans les équipes et budgets, ainsi qu’un début de rationalisation des flottes. Carnival a ainsi déjà annoncé la cession de 13 navires, certains étant revendus à vil prix à d’autres opérateurs pour y remplacer des unités plus anciennes. D’autres partent directement à la casse. RCCL a fait de même en vendant pour le moment à la démolition les trois anciens paquebots de Pullmantur.

Un fonds saoudien au capital de Carnival | Pagtour

Il convient aussi de gérer l’énorme carnet de commandes engagé avant la crise auprès des chantiers dans la construction d’unités neuves : pas moins de 118 navires livrables normalement entre 2020 et 2027 pour une hausse de capacité de 40% par rapport à la flotte actuelle. Les négociations se multiplient donc avec les constructeurs pour retarder les programmes et, surtout, les échéances financières.

Pour l’heure, il est surtout question de lisser les commandes en cours sur une période plus longue, afin de mieux absorber l’arrivée des nouvelles unités et étaler les investissements. Mais à n’en pas douter, il y a aura aussi des commandes annulées. Des facilités pour retarder les livraisons seront mises en place, ainsi que des dispositifs d’aide aux armateurs.

La France, l’Italie, l’Allemagne, la Finlande et la Norvège, qui concentrent l’essentiel des commandes mondiales de navires de croisière, ont par exemple décidé de suspendre pour un an les remboursements des prêts garantis pour les nouveaux paquebots construits en Europe, ce qui permet aux chantiers et compagnies de conserver des liquidités. Des systèmes de prêts aux armateurs octroyés par l’Etat via les chantiers sont également en train de voir le jour, l’Italie ayant été la première, dès le printemps, à mettre en place ce dispositif.

[Avec Mer et Marine]

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