« Le vote FN est avant tout le vote du malheur »

Bien souvent, lorsqu’on parle du vote populiste, notamment pour l’extrême droite en France, les experts y voient le résultat de la montée des inégalités, de la peur de l’autre, du réfugié ou de l’immigré. D’autres experts y voient le résultat du clivage entre le peuple et des élites politiques, économiques et médiatiques censées être coupées de la réalité. Mais est-ce aussi simple ?

Pour en avoir le coeur net, Daniel Cohen et Claudia Senik, tous deux professeurs à l’Ecole d’économie de Paris, ont dévoilé les résultats d’une première enquête sur le bonheur des Français. Ce qui ressort déjà de cette enquête qui sera désormais trimestrielle, c’est que le vote pour le Front National ne correspond par exemple pas au clivage entre les élites et le peuple. Le véritable clivage, selon cette étude sur le bonheur, se situe plutôt au niveau de la confiance en l’avenir. L’enquête démontre que Marine Le Pen est en réalité la candidate des personnes malheureuses, pas des classes populaires !

Le populisme s’expliquerait donc en partie par l’absence de bonheur. Certains pourraient se dire que ce bonheur dépend des revenus des personnes sondées, que les personnes plus fragiles financièrement seraient plus susceptibles de voter Front National. Ce serait une bonne remarque, mais en réalité ce n’est pas nécessairement le cas.

« Marine Le Pen est la candidate des personnes malheureuses, pas des classes populaires ! »

En effet, quelle que soit l’importance des revenus de la personne interrogée, si un individu juge sa satisfaction dans la vie proche de 0 (sur une échelle de 10), alors il existe une probabilité de 40% pour qu’il vote Front National. Quel que soit son niveau d’éducation, la propension d’un Français à voter pour le FN dépend largement de son niveau de bonheur.

Évidemment, reste encore à expliquer le pourquoi de ce malheur. Et là, aucun expert n’a encore d’explications scientifiques à fournir. En revanche, ce qui apparaît dans cette enquête sur le bonheur, c’est que toutes les réponses aux questions portant sur l’avenir sont très pessimistes en matière économique. Quand on demande aux Français à quelle époque ils aimeraient vivre, seulement 5% d’entre eux répondent « dans le futur ». En fait, les personnes interrogées répondent en majorité qu’elles aimeraient vivre dans les années 80.

Or, comme le font remarquer nos deux économistes, les répondants avaient à cette époque en moyenne 23 ans ! Bref, ils étaient dans la tranche d’âge où les gens se disent les plus heureux. Et puis, les années 80, c’était juste avant l’accélération de la mondialisation.

Pour résumer, l’absence de bonheur semble bien plus corrélée avec l’intention de vote pour Marine Le Pen qu’avec le niveau de revenu ou d’éducation. Cela permet à Jean-Marc Vittori, du journal Les Echos, de sous-entendre que le vote FN est d’abord le vote du malheur.

Il serait intéressant de voir si le vote pour le PTB en Wallonie et à Bruxelles correspond aux mêmes motivations. En clair, si le malheur est aussi un moteur électoral pour l’extrême gauche.

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