Le tourisme français est en crise, mais pendant ce temps-là…

On le sait, tous les indicateurs du tourisme français sont à la baisse. Mais pendant ce temps-là, certains font leur beurre. Jugez plutôt.

Le nombre de départs en août a chuté de près de 15 %, la tendance est à la baisse aussi pour le volume d’affaires des voyagistes : -4,8 %, selon le baromètre du CETO. Vu du côté des réceptifs, c’est carrément la Bérézina : depuis le 1er juin jusqu’à aujourd’hui, le taux d’occupation des hôtels est tombé à une moyenne de 63,7 % en août, contre 90 % l’an dernier, selon STR. Rien qu’à Nice, les réservations hôtelières ont plongé de 30 %.

Les « perdants » mettent en cause les attaques terroristes dont Paris et Nice ont été victimes, mais aussi les grèves dans l’aérien. Dans les aéroports parisiens, le trafic a été en baisse quatre mois consécutifs : ce n’était plus arrivés depuis la crise financière de 2009.

16 millions d’Airbnbistes en Europe

Mais pendant ce temps-là, et sur la même période, Airbnb a attiré 3,6 millions de touristes en France, soit une progression de… 86 % par rapport à l’an dernier.… Après la France, Airbnb a aussi fait un tabac cet été en Espagne et en Italie, et gagné des parts de marché un peu partout.

Le Royaume uni a vu carrément doubler le nombre d’utilisateurs de la plateforme depuis le referendum consacrant le Brexit… Au total, le nombre d’arrivées enregistrées par Airbnb a augmenté de 74 % pour atteindre les 16 millions !

Une vraie catastrophe

Après la mainmise des agences en ligne sur le département des réservations, qui a tiré les prix de l’hôtellerie vers le haut, mais au seul bénéfice de ces nouveaux entrants, ce sont les sites improprement appelés « collaboratifs » qui vont les tirer vers le bas.

Car qu’on n’essaie pas de nous faire croire que ces sites n’ont pas d’effet sur l’hôtellerie traditionnelle, les chiffres le montrent et sont sans appel : Airbnb, pour ne pas le nommer, qui a désormais en « portefeuille » plus de chambres que le groupe Accor, est bien une catastrophe pour l’industrie hôtelière.

Vers une hôtellerie à deux vitesses ?

On observe ainsi l’évolution des formes d’hébergement vers une machine à deux vitesses : les petits budgets se ruent sur les plateformes de réservation chez l’habitant, tandis que les touristes plus aisés recherchent de plus en plus des formules davantage originales, de la yourte à la maison dans les arbres en passant par les prisons réaménagées…

Ce sont, dans tous les cas, les plus petites entreprises, souvent familiales, qui seront les victimes de cette évolution. Mais les grands groupes hôteliers vont aussi devoir s’adapter. On devrait donc assister dans les prochains mois à une prise de conscience du secteur, qui débouchera sans doute sur l’évolution de l’hôtel classique vers une formule nouvelle, qui reste à imaginer.

Cela signifie aussi qu’on n’échappera sans doute pas, dans un proche avenir, à de nombreuses fermetures et au regroupement d’unités bas de gamme. L’hôtellerie n’est sans doute pas le seul secteur à devoir connaître une évolution « à deux vitesses ». Mais est-ce bien une consolation ?

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