Le tourisme britannique va souffrir
du Brexit

Le 23 juin dernier, les Britanniques tournaient le dos à l’Union Européenne. Si les premiers effets se sont immédiatement fait sentir avec la chute de la livre sterling, l’issue de ce choix sur le long terme n’est pas encore certaine. Qu’en est-il pour le tourisme ? L’ABTA (Association of British Travel Agents) tente d’anticiper les effets du « Out ».

Le tourisme plus avantagé dans l’Union Européenne

L’Europe reste la première destination pour les touristes britanniques. Evidemment, la libre circulation des personnes, des services et des capitaux au sein de l’Union Européenne facilite grandement le tourisme pour les deux entités. L’augmentation des coûts pour l’industrie du tourisme va donc fortement dépendre des accords qui seront maintenus ou adoptés dans le futur. Les régulations européennes qui bénéficient actuellement au secteur et protègent les consommateurs devront dès lors se voir remplacées par des régulations britanniques similaires pour maintenir la confiance.

Par ailleurs, le tourisme britannique emploie beaucoup d’étrangers. Là encore, tout changement qui limiterait la possibilité pour le secteur de recruter et d’embaucher des étrangers, ce qui inclut désormais les européens, pourrait affecter négativement un grand nombre d’entreprises. Enfin, avec la dépréciation de la livre sterling, les touristes britanniques feront face à des coûts supplémentaires s’il se rendent en Europe, leur pouvoir d’achat en euro ayant diminué au vu du taux de change. A supposer qu’ils ne se détournent pas du vieux continent, le risque d’une baisse de leurs dépenses sur place est réel.

Quelques chiffres

En 2014, 76% des touristes britanniques (29,3 millions) choisissaient l’Europe comme destination de vacance, tandis que 63% des touristes venus visiter le Royaume-Uni étaient européens (8,8 millions). Les chiffres sont similaires pour les affaires : 68% des voyages d’affaires britanniques (4,6 millions) se font à destination de l’Europe et 73% vers le Royaume-Uni se faisaient au départ de l’Europe (6 millions). Les visiteurs du Royaume-Uni proviennent pour l’essentiel de France, d’Allemagne et d’Italie. A l’inverse, si l’Espagne reste la destination préférée des britanniques, ceux-ci représentent aussi la première clientèle des Pays de la Loire par exemple (avec 39% de nuitées étrangères).

On estime à 1,3 millions le nombre de citoyens britanniques vivant à l’étranger au sein de l’Union Européenne, alors que le VFR (Visiting Friends and Relatives) constituait 8,7 millions de trajets en 2014 – une importance capitale pour le trafic aérien.

Tout le monde y perd

L’Union Européenne étant le premier partenaire commercial du Royaume-Uni, on a du mal à imaginer que cette sortie devienne aussi synonyme de protectionnisme. Quitter le marché unique européen serait catastrophique pour le Royaume-Uni, et impacterait le tourisme autant que le reste de son économie. Le pays n’a aucun intérêt à s’embarrasser de barrières douanières, de visas et autres normes contraignantes qui viendraient ralentir son économie.

Le Royaume-Uni va donc devoir se (re)positionner face aux régulations européennes existantes. Dans le secteur aérien par exemple : l’ensemble de régulations Single European Sky assure la fluidité de l’espace aérien européen. Des accords devront donc être passés avec l’Union Européenne pour maintenir un fonctionnement homogène, mais le Royaume-Uni a perdu toute influence dans la mise en place de régulations futures. De plus, l’UE a négocié les accords Open Skies, qui permettent aux Etats membres de parler d’une voix pour fixer des accords bilatéraux avec des pays tiers. Là aussi, le Royaume-Uni devra négocier avec l’UE pour faire perdurer les accords existants ou les remplacer.

Les règles actuelles qui encadrent la TVA et le régime particulier accordé aux tour-opérateurs sont aussi dans la balance. En sortant de l’UE, le Royaume-Uni aurait alors deux choix : exempter de TVA tout service de voyage prenant place en dehors du pays, ou bien appliquer la TVA à toute offre de tourisme émetteur vendue par les tour-opérateurs britanniques.

Livre sterlingCe qui peut changer pour le consommateur

De nombreux aspects de la consommation sont encadrés par la régulation européenne. Ainsi, les frais de roaming pour les communications téléphoniques risquent d’augmenter. Le Royaume-Uni devra aussi fixer de nouveaux accords bilatéraux en matière de visas avec les pays non-européens. Autre problème : le touriste britannique risque de devoir dépenser davantage en assurances santé si le Royaume-Uni sort du système de la carte européenne d’assurance maladie. Ce système permet à son détenteur de bénéficier des soins de santé publics lors d’un séjour temporaire dans un des 28 Etats membres de l’UE, selon les mêmes conditions et au même tarif que les personnes assurées dans ce pays.

Certaines questions seront probablement intégrées dans la législation britannique : la directive sur les droits des consommateurs ou la régulation sur les droits des passagers (dont la fameuse 261/2004 qui accorde une compensation en cas de retards significatifs dans le transport aérien). En résumé, le Royaume-Uni devra « recopier » les régulations européennes qui bénéficient aux voyageurs dans sa législation nationale s’il veut maintenir la confiance des consommateurs.

easyJet veut rester « in »

Conséquence des risques évoqués ci-dessus, la compagnie britannique low-cost easyJet a d’ores et déjà demandé à un pays de l’UE (pour l’instant inconnu) de lui accorder un CTA (Certificat de Transporteur Aérien). Les compagnies britanniques étant sous la menace d’être exclues de l’espace aérien commun, la directrice d’easyJet – Carolyn Mac Call – a déclaré qu’un déménagement du siège juridique hors du Royaume-Uni est « quasi-inévitable ». La compagnie entend ainsi continuer à bénéficier sans limite d’un accès au ciel européen. On peut comprendre qu’ils veuillent assurer leurs arrières : en une semaine, easyJet a perdu près d’un tiers de sa valorisation boursière…

Augmentation des coûts, contraintes législatives et baisse de confiance des consommateurs, c’est là pour l’instant tout ce que le tourisme britannique aura retiré du Brexit. So long, UK !

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