Le requin, meilleur ennemi du tourisme

Huit cents. C’est le nombre d’attaques de requin recensées dans le monde depuis dix ans, selon Knoema. Si le chiffre est en augmentation, c’est aussi parce que les statistiques sont toujours plus précises et exhaustives. Mais pour le tourisme, les requins peuvent à la fois constituer une menace et une plus-value.

Une mauvaise réputation

Les attaques de requin restent rares, voire exceptionnelles. Ces incidents, certes dramatiques, mais systématiquement rapportés dans les médias, continuent d’alimenter une peur déraisonnable. A titre de comparaison, l’hippopotame ou le cobra tuent des milliers de personnes chaque année sans que cela n’engendre de réticences particulières.

Le réchauffement climatique en cause

En 2015, on a recensé 98 attaques non provoquées, c’est-à-dire non imputables directement au comportement de l’homme. C’est le record actuel, dépassant celui des 88 attaques en 2000. Selon le International Shark Attack File, ce sont les côtes des Etats-Unis, d’Australie, d’Afrique du Sud et du Brésil qui sont les plus concernées. On assiste donc bien à une augmentation des attaques, en particulier depuis 2004, probablement en raison du réchauffement climatique.

Des éléments récents suggèrent en effet que le réchauffement climatique tend à amener les requins plus près des côtes en raison des eaux chaudes qui représentent de nouveaux habitats. Par ailleurs, les spécialistes craignent que le réchauffement climatique ne réduise les quantités de nourriture traditionnelle disponibles pour les requins, les poussant vers de nouvelles zones et à de nouveaux modes de consommation pour survivre, augmentant les probabilités d’une rencontre hostile avec l’homme. Moins il y a de poissons, plus le prédateur s’attaquerait à tout ce qui bouge dans l’eau … Toujours selon la même source, deux tiers de toutes les attaques confondues ne sont imputables qu’à trois espèces : le grand requin blanc, le requin tigre et le requin bouledogue.

Curiosité et confusion

La majorité des attaques de requin sur l’homme relèvent pourtant de morsures, qui peuvent certes s’avérer mutilantes ou mortelles mais qui s’explique en fait par une erreur d’identification de la part du requin, ou même par sa curiosité. Les premières victimes de cette erreur d’appréciation sont les surfeurs, puis les nageurs, et enfin seulement les plongeurs. Pour limiter les risques, il faut éviter de se baigner à l’aube ou au crépuscule, ou dans les trois jours qui suivent de fortes pluies.

Les requins aussi victimes de l’homme

Bernard Seret, grand spécialiste français et chercheur à l’IRD, rappelle qu’il y a beaucoup plus de requins tués par l’homme que d’hommes tués par le requin. National Geographic estime à plus de 38 millions le nombre de requins tués pour leurs ailerons chaque année. Aujourd’hui, plus de 180 espèces sont menacées, dont 30 en voie d’extinction.

Un frein pour le tourisme …

Le cas de la Réunion est assez emblématique de l’impact que peuvent avoir les attaques de requins sur le tourisme. Entre 2011 et avril 2015, seize attaques de requin ont frappé les côtes de la Réunion. Cette situation exceptionnelle a fait plonger le tourisme. Les attaques à répétition ont fait fuir la clientèle : les commerçants ont avancé une chute de 50% en moyenne. Par ailleurs, les autorités avaient fermé les plages sur une dizaine de kilomètres et interdit les activités nautiques pendant plusieurs jours. Conséquence : la fréquentation touristique de l’île avait diminué de 5,3% en 2012, après une augmentation de 12,1% en 2011…

… et un moteur

Mais on assiste aussi à l’émergence d’un éco-tourisme. Les requins attirent les touristes à la recherche de sensations fortes, qui se tournent de plus en plus vers des loisirs comme le shark feeding qui consiste à appâter et nourrir les requins pour les voir de plus près. Ces activités permettent aussi de maintenir, localement, les populations de grands requins qui, vivants, acquièrent une valeur marchande plus importante que s’ils étaient pêchés.

Des centaines de plongées, y compris sans cage, sont organisées chaque jour dans le monde. Une étude publiée en 2013 estime à 314 millions de dollars les revenus générés par ce qu’on appelle « le tourisme requins ». L’Université canadienne de Colombie-Britannique estime même que d’ici dix ans, les revenus de ce type de voyage grimperaient jusqu’à 780 millions de dollars. On trouve des entreprises établies en plus de 80 endroits dans 29 pays, qui attirent chaque année près de 600.000 touristes. Cet écotourisme garantit des revenus toute l’année aux différents acteurs du tourisme. Actuellement, cette offre se développe surtout dans le Pacifique (îles Cook), en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.

 

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