Le plan de relance Get Up Wallonia: quoi pour le tourisme ?

© Wallonie Tourisme

Notre ami et chroniqueur occasionnel de PagTour, Benoit Paquay, nous a mâché le travail, tant il est parfois indigeste de lire ce genre de littérature, tout en reconnaissant son extrême importance.

En résumé, les grands points qui dans ce plan de relance concernent le tourisme sont les suivants :

    • Soutenir les synergies entre les acteurs du secteur de l’hospitalité (Horeca) et ceux de l’agriculture dans le cadre d’un tourisme de terroir durable.C’est un peu ce qui se fait plutôt bien en Italie, avec son Agroturismo. Mais chez nous, le « tourisme à la ferme » existe aussi. On commentera plus bas.
    • Redéployer le site des Lacs de l’Eau d’Heure pour en faire un site exemplaire pour le tourisme durable. Nous n’avons strictement rien contre les Lacs de l’Eau d’Heure, au contraire ! Mais à force d’en parler sur des thématiques aussi diverses que le MICE, les sports nautiques, l’hôtellerie, et le tourisme durable, on se demande s’il n’y a pas derrière une sorte d’obligation politique à faire plaisir aux instances de la province du Hainaut. Il y a quantité d’autres lacs en Wallonie, d’autres sites à mettre en exergue, comme la forêt ardennaise par exemple, une des plus vaste d’Europe de l’Ouest. A force de courir plusieurs lièvres à la fois et de faire plaisir à des amis politiques, on perd de la crédibilité.
    • Développer le tourisme à vélo. C’est un peu méchant et surtout de mauvaise foi, mais nous imaginons toujours avec peine (mais en rigolant !) une famille avec trois enfants entre 5 et 12 ans, traversant la région à la queue leu-leu avec ses bagages sur le porte-bagages du vélo pour rejoindre son lieu d’hébergement. La Wallonie est très vallonée, et le vélo électrique est cher.
    • Assurer la valorisation touristique du/des parcs nationaux 

Remarque « politique » d’un lecteur attentif du Get Up Wallonia ! : 

Un constat qui saute aux yeux : nous avons une Ministre du Tourisme MR (Valérie De Bue), mais il est évident (vu l’intitulé des actions prioritaires) que ce sont les Écolos qui se sont occupés du dossier (le projet de parc national est porté par Céline Tellier).

Penchons-nous donc sur cet étonnant projet, avec les termes mêmes du rapport :

Action II.3.3. Prévoir l’émergence d’un ‘parc national’ La création d’un parc national en Wallonie permettra de développer une réelle dynamique de préservation et de conservation de la biodiversité, mais également de la qualité de vie et du développement économique régional, notamment via les emplois générés dans les secteurs du tourisme et de l’hospitalité sur base des exemples des pays/régions voisins.

Étonnant, dans la mesure où, à lire ce texte, c’est comme s’il n’y avait aucun parc national en Wallonie. Et de fait, puisque l’aménagement du territoire est une compétence régionale : nos parcs sont donc régionaux, et il y en a beaucoup ! Espérons que les auteurs n’ont pas confondu Parc et Réserve !

Un parc est un lieu de vie, certes protégé, mais où l’on peut habiter, se déplacer, vivre normalement. C’est le cas du très grand parc régional de la Mehaigne et de la Burdinale, par exemple. Tandis qu’une réserve est « fermée », les visiteurs sont encadrés ou à tout le moins avertis, comme c’est le cas par exemple dans la réserve de l’étang de Virelles.

En poursuivant la lecture, nous sommes bien d’accord avec ce qui suit :

Parallèlement à cette dynamique localisée, il convient de poursuivre l’augmentation des surfaces protégées (actuellement, à peine 1% du territoire wallon est protégé sous statut de protection fort) par un programme d’acquisition de terrains en vue d’agrandir les réserves naturelles existantes d’une part, et par la gestion et la restauration des aires protégées d’autre part.

Pour la suite, c’est sans doute générationnel, mais j’ai toujours du mal à savoir comment on « construit une résilience de secteurs »… Enfin, le tourisme est reconnu comme « important ». Pas encore très important, ni essentiel, mais le monde politique commence à prendre conscience :

Action III.1.3. Construire la résilience des secteurs du tourisme et de l’hospitalité Le tourisme représente une activité économique importante pour la Wallonie et fait partie des filières structurantes et diffuses en impactant l’Horeca, les commerces, les activités culturelles, le patrimoine, les activités récréatives et/ou sportives et le transport.

Action V.2.2. Développer la digitalisation du secteur du tourisme : tirer profit des nouvelles technologies, accompagner et former les commerçants aux nouveaux usages de consommation et développer la valorisation de l’offre, l’attractivité touristique de la région et les retombées économiques pour la Wallonie. 

Si le secteur privé, généralement dit « marchand », n’a pas encore compris cela, on a envie de dire : tant pis pour lui ! Mais aucune autorité politique ne va l’y forcer. En revanche, des aides (du financement pour être clair, ou des réductions de charges) seront toujours utiles et bienvenues.

Il faut aller beaucoup plus loin dans les 350 et quelques pages du texte pour revenir plus précisément sur ce « parc national » à créer. Lisons :

Choisir un des 12 parcs naturels wallons actuels et créer un parc national en région wallonne afin de stimuler l’activité économique et le tourisme En effet, un parc national est une portion de territoire dans laquelle la faune, la flore et le milieu naturel en général sont protégés des activités humaines.

Les parcs nationaux sont connus pour attirer chaque année de nombreux visiteurs et sont un symbole de fierté nationale (ici régionale).

Il s’agirait ici de choisir un des douze parcs naturels wallons existants (Pays des Collines, Plaines de l’Escaut, Hauts-Pays, Viroin-Hermeton, Burdinale-Mehaigne, Sources, Hautes Faignes-Eifel, Deux Ourthes, Haute-Sûre Forêt d’Anlier, Vallée de l’Attert, Gaume et Ardenne méridionale) et de porter le projet le plus rapidement auprès des instances européennes.

On y voit déjà un peu plus clair : il est reconnu que nous avons déjà des parcs naturels, et on les cite !

En choisir un, c’est sacrifier les 11 autres : danger ! Et alors la cerise sur le gâteau : porter le projet auprès des instances européennes… Cela fait combien d’années que le tourisme wallon bénéficie de Fonds Feder que l’on a parfois attribués, par obligation, à… Nous n’irons pas plus loin dans la critique, présupposant que chacun fait toujours pour le mieux. Mais franchement, nous restons sur notre faim.

Dans la mouvance du parti Ecolo, les villes sont systématiquement oubliées dans ce rapport. L’agriculture est mise en avant, mais c’est dans les villes que les touristes vont, pour la plupart, acheter leurs aliments, aller au restaurant, à l’hôtel, et profiter de l’offre culturelle.

Pour avoir vendu la Wallonie sur les marchés étrangers pendant des décennies, nous pouvons dire qu’il est quasi impossible de « vendre » la campagne wallonne hors frontière.

Ce qui rassure les gens, c’est une infrastructure touristique relativement groupée : profitons de nos nombreuses cités de villégiature, habituées, formées à l’accueil. Et puis un conseil encore : quand le touriste s’arrêtera devant un magasin de produits locaux, qu’il veille bien à ne pas se faire voler son vélo… ça nous est arrivé deux fois déjà.

Hélas, il y a toujours un revers à chaque médaille. Mais plus que jamais, vive le tourisme en Wallonie ! C’est l’affaire de tous, et ça ne date pas d’hier.

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