« Le «monde d’après», prétexte à un retour au confessionnal ? »

Le monde de demain ou d’après selon le vocable à la mode sera « Made in chez nous », il grouillera de vélos et laissera moins de place aux voitures, il sera moins financiarisé, moins inégalitaire, l’État retrouvera sa place chérie, les infirmières seront mieux payées et tout le monde s’aimera d’un amour sincère.

Je caricature, mais hormis l’un ou l’autre ouvrage sérieux (donc celui excellent de Philippe Bloch qui sert de trame pour notre UNE de cette semaine), il faut bien reconnaître que le COVID-19 a réveillé tous les donneurs de leçons. La tribu des « On vous l’avait bien dit » s’est précipitée sur cette maladie pour lui « donner du sens » ou plutôt lui en trouver.

Philippe Manière, l’auteur du très savoureux e-book publié par les éditions de l’Observatoire « Le Pangolin et l’ISF : comment le monde d’après nous rend tous fous ? » se moque des incantations mièvres de certains intellectuels ou artistes engagés qu’on a pu lire ici ou là depuis quelques mois. Son essai se lit en moins d’une heure mais il vaut son pesant de plutonium. D’abord, il constate qu’en France (comme en Belgique), « on ne s’est pas contenté de panser, nous avons aussi voulu penser ».

Alors que la plupart des pays du monde ont vu dans le coronavirus une maladie, un tsunami, une calamité naturelle à combattre, nos deux pays l’ont vu comme une alerte. Comme un message qui nous a été envoyé par je ne sais qui, comme une sorte d’épreuve pour nous ramener dans le droit chemin. Même s’il est souvent porté par des partis de gauche – à priori laïques – le message trouve son origine dans le catholicisme comme nous le rappelle non sans humour Philippe Manière.

Normal, les discours incantatoires et culpabilisateurs portent uniquement sur ce qu’il faut changer au système capitaliste actuel. « Dans la logique théologique, le châtiment sanctionne un comportement peccamineux, et il appelle pénitence avant le retour de la sainteté perdue. C’est à ce prix qu’on obtient la rédemption » nous dit Philippe Manière.

D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder les interdictions multiples durant le confinement, « nous étions engagés dans une sorte de rituel d’expiation collective, comme cérémonie à la douleur à laquelle chacun devrait prendre part obligatoirement dans une logique sacrificielle ».

Normal, la pandémie serait là pour nous forcer à changer, à nous réinventer, à mettre en question la mondialisation, nos modes de transport et, bien entendu, le vilain capitalisme ! Bref, les Français et les Belges (surtout les francophones) ont été appelé à battre leur coulpe et à ne plus pécher. En clair, pendant le confinement, on a la drôle d’impression que nous avons tous été au confessionnal.



Des doutes ? Philippe Manière se permet de rappeler l’évidence vite oubliée : L’homme n’a pas péché contre la Terre (le créateur) et le vélo ne sera pas l’outil de la rédemption (pédaler vaut contrition). Selon lui, toute cette culpabilisation collective n’a aucun sens. D’ailleurs, une maladie ou une pandémie n’a aucun sens.

« Ce que nous avons vécu est terrible, mais n’est rien d’autre qu’une crise sanitaire née dans un pays notoirement et coupablement négligent dans ses pratiques vétérinaires et alimentaires, exportée partout parce que les autres pays étaient mal préparés à bloquer une maladie grave à leurs frontières, mal gérée chez nous par un système de santé dont sont apparus à la fois et l’héroïsme et les limites bureaucratiques ».



Difficile de dire mieux. Et c’est sur ces 3 points qu’il faut agir. Rien de plus, rien de moins. Mais c’est trop prosaïque. A mon avis, ça ne plaira pas à ceux et celles qui veulent tout changer. Faire « tabula rasa », exiger l’impôt sur la fortune (quel lien avec le COVID-19 ?), c’est plus chic que de se dire « qu’un mec qui bouffe un pangolin à Wuhan peut provoquer une pénurie de pâtes et de PQ au LIDL de Melun » dixit Manière.

 

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