Le bruit quotidien et le prix Nobel d’économie

Peu de gens le savent, mais la plupart des prix Nobel d’économie ont été donnés à des personnes qui ne sont pas économistes au départ. Soit ce sont des mathématiciens, des historiens, voire même des psychologues.

J’en parle parce que Daniel Kahneman, ancien prix Nobel d’économie fait partie de cette dernière catégorie. Cet américano-israélien est un pur génie. C’est notamment à lui que nous devons d’avoir compris qu’il y a une différence entre la pensée rapide, rassurante, mais très souvent fausse – ce qu’il appelle le système 1 – et puis, de l’autre côté, la pensée laborieuse, lente, mais plus exacte et qu’il appelle le système 2. C’est avec cette thèse qu’il a pu obtenir son prix Nobel. C’est donc grâce à des intellectuels comme lui que l’on a pu redécouvrir l’importance des biais cognitifs, ces centaines d’erreurs de jugement que nous commettons chaque jour sans nous en rendre compte.

L’intérêt de vous parler aujourd’hui de Daniel Kahneman, c’est parce qu’il a publié avec deux autres universitaires un livre sur le bruit. Pour eux, il y a trois sources d’erreur, l’ignorance, les biais cognitifs et puis le… bruit. Je ne vais pas vous parler de l’ignorance, elle s’étale partout et en particulier sur les réseaux asociaux.

Les biais cognitifs, il y en plus de 150, l’un d’eux, c’est par exemple le biais de confirmation. Comme l’écrit Rolf Dobelli, « c’est la tendance que nous avons à interpréter de nouvelles informations de manière à les rendre compatibles avec notre vision du monde ou nos convictions ». En d’autres mots, nous refusons de voir les nouvelles informations qui peuvent contredire notre vision du monde.

Typiquement, nous avez acheté une action en Bourse sur base d’un raisonnement, et nous refusons de prendre en compte toutes les informations qui indiquent que nous avons sans doute fait un mauvais choix. A l’ignorance et au biais cognitif, le prix Nobel d’économie estime qu’il faut donc ajouter un autre élément perturbateur, à savoir, le bruit.

Le bruit c’est ce qui parasite notre jugement et qui passe sous le radar. C’est le repas trop arrosé ou le fait de se lever du mauvais pied. C’est ce qui expliquerait des écarts de jugement qui vont de 1 à 10. En quoi est-ce grave ? C’est grave, car ces erreurs de jugement sont notre lot quotidien : dans un entretien d’embauche, dans la peine retenue contre un crime ou même lors d’un diagnostic d’une maladie standard par deux médecins.

Les auteurs de ce livre nous disent, par exemple, qu’il vaut mieux voir un docteur tôt le matin, car il se trompe moins qu’en fin de matinée ou en fin de journée. Le livre est passionnant à lire, et nous fait comprendre que demain avec l’intelligence artificielle, ce genre d’erreur sera moindre, que ce soit pour des décisions médicales ou juridiques par exemple. Mais cela voudra aussi dire qu’une partie de notre liberté de jugement sera confisquée ou réduite par un algorithme.

Ca me fait penser à ce que disait un spécialiste du management aux USA : l’usine du futur aura seulement deux employés : un homme et un chien. L’homme aura pour tâche de nourrir le chien, et le chien sera là pour empêcher l’homme de saboter les machines.

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