L’Aviation se défend mal

Le phénomène est exclusivement européen : on s’acharne sur l’avion, ce terrible pollueur, dans la mouvance des prophètes du changement climatique. Lequel existe, personne ne le conteste. Mais il faudrait réfléchir aux arguments avancés.

Le poids de l’opinion publique

On a vu cette étudiante rejoindre sa classe en train et bateau pour un voyage en Grèce : 6 jours de voyage aller-retour. On a lu aussi au sujet de ce couple parti d’Europe vers l’Australie pour assister à un mariage : train et bateau, et 6 semaines de déplacements (aller).

On a vu encore tout récemment miss Greta prendre un voilier très sophistiqué pour les USA, pendant que son équipage, moins médiatisé forcément, reviendra en avion. Et la conséquence de tout ceci : « l’opinion publique » semble d’avis qu’il faudrait réguler le transport aérien en le limitant !

Est-ce bien « fair-play » ?

La technique est bien connue : quand on pourrait vous reprocher quelque chose, faites du battage sur les inconvénients produits par le voisin, et on vous regardera beaucoup moins. C’est la technique du contre-feu.

L’aviation est responsable de 3% des émissions de CO², au même niveau que l’industrie du traitement des déchets (que nous produisons tous). L’industrie cimentière à elle seule produit 8% (et nous logeons tous); l’agriculture 10%, chiffre officiel d’Eurostat, et nous mangeons tous. Le reste des industries 11%. Au total on est à 35%.

Les 65% restant proviennent du chauffage et/ou refroidissement, et des autres moyens de transport, vous avec votre voiture entre autres. Mais bon, on ferme les yeux. Un camion qui va livrer à votre « grande surface » est moins spectaculaire qu’un bel oiseau d’aluminium dans le ciel. Et il est utile, il fait partie du transport vital de biens de consommation. Tandis que l’avion… les riches n’ont qu’à rester chez eux pour leurs vacances.

C’est évidemment un raisonnement ultra simpliste

Sur les 200.000 vols quotidiens, par exemple un mardi de novembre, nous ne pensons pas que les avions soient remplis de vacanciers. Le trafic des vacances ne concerne que quelques semaines par an.

Le reste du temps, ceux qui voyagent ont de très bonnes raisons de le faire : outre les visites aux familles, les déplacements médicaux et quelques autres, ce sont surtout des voyageurs entrant dans le segment « affaires » qui sont concernés. C’est-à-dire, en gros, ceux qui font tourner l’économie, qui assurent la croissance.

On veut tous le BNB !

Et ici, j’entends déjà les réactions : « C’est justement ce modèle de croissance que nous voulons combattre, nous voulons un autre type de société, nous voulons parler non du PNB, mais du BNB, le Bonheur National Brut comme au Bhoutan. » Très bien, j’adhère, sincèrement. Et j’adore aussi ce modèle de société, comme j’ai adoré les contes de fées de mon enfance. Mais est-ce bien réaliste ?

Notre monde doit nourrir 7 ou 8 milliards d’individus

Pour cela, il faudrait idéalement que tout le monde travaille à la production pour pouvoir payer sa consommation. On n’a pas encore trouvé d’alternative à cela.

Et donc le seul moteur envisageable, et indispensable pour payer les pensions, le chômage, les malades, les très jeunes et les très vieux, les assistés en somme, c’est la croissance. Et pour assurer la croissance, il faut arrêter de penser que les utilisateurs des avions sont des touristes. CQFD.

Un cercle vicieux

Il est donc temps pour l’aviation en général de penser à se défendre contre les attaques qu’elle subit pour ses 3% d’émissions nocives. A part dans l’automobile de pointe (et donc chère), aucun autre secteur n’a fait autant d’efforts pour combattre la consommation de carburant et même le bruit.

Mais hélas les diminutions réelles ont été plus que compensées par une forte augmentation du trafic, de nouveaux segments de clientèle. Parmi lesquels un grand nombre de jeunes qui volent en Europe le vendredi et le dimanche pour quelques dizaines d’euros et qui, le jeudi, vont manifester en rue en faveur du climat. Et on revient au départ de ce cercle vicieux.

Je n’ai pas solution immédiate. Mais relisez « Les animaux malades de la peste » de La Fontaine : c’est exactement cela que vit l’aviation internationale. Nous avions (sans jeu de mot) envie de le dire.

 

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