La Tunisie prolonge l’état d’urgence

On aurait pu s’attendre, en ce premier jour de l’été, à la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis six mois en Tunisie : c’est, au contraire, sa prolongation — mais pour un mois — qu’a annoncée hier le président de la République, Caïd Béji Essebsi. Cette décision difficile intervient au moment où il est de plus en plus question de la constitution d’un gouvernement d’union nationale afin de mieux faire face aux défis, notamment économiques, qu’impose toujours la menace terroriste.

 

Le président tunisien avait proclamé l’état d’urgence dans tout le pays et un couvre-feu dans le Grand Tunis le 24 novembre 2015, dans la foulée de l’attentat revendiqué par le groupe Etat islamique contre un bus de la sécurité présidentielle, qui avait fait 12 morts. Si le couvre-feu a été rapidement levé, l’état d’urgence a été ensuite systématiquement renouvelé, la dernière fois en mars pour trois mois.

20 mois seulement en état « normal »

On l’oublie souvent, mais l’état d’urgence avait déjà été proclamé au lendemain de la Révolution de janvier 2011, avant d’être levé… le 5 mars 2014 seulement, par le président « provisoire », Moncef Mazrouki. La jeune démocratie tunisienne n’aura donc connu qu’un peu plus de vingt mois sans « état d’urgence ».

Rappelons que cette mesure d’exception permet notamment aux autorités d’interdire les grèves et les réunions « de nature à provoquer ou entretenir le désordre », de fermer provisoirement « salles de spectacle et débits de boissons » ainsi que de « prendre toute mesure pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ».

Quel message ?

Cette dernière disposition figure pour mémoire : il n’existe pas de cas avéré de « censure » gouvernementale de l’un ou l’autre média depuis la Révolution qui a, au contraire, libéré la parole de tous les Tunisiens.

La prolongation de cette mesure exceptionnelle, justement, est diversement appréciée par la presse locale. Pour le site économique Econostrum, c’est « un bien mauvais message aux touristes qui hésitaient à venir… ». A moins que, au contraire, ce ne soit un message rassurant quant à la capacité du pays à assurer la sécurité publique.

Une lettre à Didier Reynders

Précisément, le quotidien L’Echo, croyons-nous savoir, devait publier aujourd’hui une « lettre ouverte » au ministre des Affaires Etrangères, Didier Reynders, signée par quelques amis de la Tunisie. Lesquels, insistant sur les mesures prises par le pays afin d’assurer la sécurité maximale des touristes (lire dans PagTour : http://pagtour.info/archives/1870), le pressent d’abandonner l’avis négatif de son administration quant aux voyages en Tunisie, toujours fortement déconseillés. C’est le seul pays d’Europe continentale qui maintient cette position : en Grande-Bretagne, 54% des agences de voyage souhaitent voir la Tunisie figurer à nouveau au plus vite sur la liste des destinations autorisées, selon le site professionnel TravelMole.

En Belgique, toujours selon les informations de PagTour, les grands tour-opérateurs seraient prêts à remettre très rapidement la destination en route aussitôt que sera levé cet avis négatif. C’est que, faut-il dire, ils en sont aussi eux-mêmes les victimes… Quant aux Tunisiens, ils ne comprennent tout simplement pas que leur pays soit ainsi ostracisé, d’autant qu’après les attentats de Bruxelles du 22 mars, le ministère tunisien des Affaires Etrangères n’a en rien découragé les Tunisiens de venir en Belgique…

La liste des signataires, qui a elle-même déjà obtenu des centaines de ‘like’, est publiée sur Facebook à l’adresse https://www.facebook.com/restoretourismintunisia/.

 

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