La Meuse entre les collines ardennaises

Une semaine entre Pont à Bar et Givet, et retour en passant par Charleville, Monthermé, Fumay, soit 190km, 21 écluses et 35 heures de navigation.

Dom Le Mesnil, hameau de Pont à Bar, le long du canal des Ardennes. Derrière un bureau, un dame, pas loin d’elle des moteurs neufs de bateau, et tout ce dont un marinier peut avoir besoin pour naviguer. La dame, c’est Bénédicte Braconnier, une poignée de main franche, solide et chaleureuse. Un sourire apaisant, avenant, plein de joie, mais aussi un langage qui n’appartient qu’aux Ardennais.

Avec Cédric Charles, son ancien collègue, elle a repris depuis deux ans l’entreprise ‘Ardennes Nautisme’, une affaire qui propose la location de pénichettes, mais aussi l’entretien et la réparation de bateaux, ainsi que l’accueil pour une nuit ou pour l’année complète. Enfin, ‘Ardenne Nautisme’ école aussi pour le passage des permis.

Un accueil authentique

Autant dire qu’à Pont à Bar, on ne chôme pas. Le téléphone se fait entendre régulièrement dans le bureau de Bénédicte. Et la dame de décrocher et de se lancer dans un anglais parfait: «Where are you ? Ok for Haybes? Do you have a slight engine breakdown ? In order to reach us, you still have around 10 hours of sailing ! – Ok, we’re waiting for you !»

1- BASE PONT A BARNos oreilles indiscrètes nous font comprendre qu’il s’agit de Danois, qui remontent la Meuse. Entre alors un monsieur très sympathique et la patronne de lui lancer: «Bonjour monsieur Cousina. Il va bien aujourd’hui? J’ai un colis et du courrier pour vous.» Tout ça est lancé avec un sourire qui n’appartient qu’à elle.

Prenez la barre

Mais trêve de bavardages, nous ne sommes pas à Pont à Bar pour planter le décor, ni pour vous présenter les acteurs principaux, quoiqu’un portrait de Cédric, le MacGyver de la Meuse vaudrait le détour. Notre objectif est de descendre le fleuve et nous rapprocher de la Belgique.

Autant vous dire que l’équipe d‘Ardennes Nautisme’ a mis les petits plats dans les grands et que tout est nickel. Le bateau de plaisance qui nous attend porte bien son nom, il est vraiment plaisant et agréable.

Une cuisine, trois lits, une douche, avec autant de place, quatre personnes ne doivent pas, sauf maladresse, se marcher sur les pieds. Bref, à notre arrivée, notre bateau est déjà prêt et nous attend.

Il est temps de découvrir les joies de la navigation. Une présentation technique et pratique, sous la conduite de Xavier, l’employé et nous voilà familiariser aux manœuvres. Mieux me voici commandant d’un bateau.
«Tous les bateaux se conduisent sans permis et les participants peuvent même se relayer à la barre, explique Xavier. Chacun trouve son occupation favorite. L’un tient la barre, l’autre est aux amarres.»

2- charleville_buste RimbaudLe bateau ivre

Deux écluses et nous quittons le canal des Ardennes pour celui de la Meuse. De suite, nous sommes conquis par le paysage, mais aussi par la nature.

Ce lundi, le soleil s’invite, de quoi parfaire le bronzage. Nous filons bien calmement vers Charleville-Mézières et les vers de Rimbaud nous trottent dans la tête:

« J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,

Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.»

Après quelques heures de navigation, nous arrivons dans la cité du poète où nous amarrons le bateau au port. Nous ne sommes pas les seuls. Une vingtaine d’autres se trouvent là, tout un hôtel en somme de pays différents. On recense même des Brésiliens.

«Nous rêvions de faire une croisière fluviale, explique la dame. Nous n’avons pas hésité longtemps. Entre l’autoroute du soleil au mois d’août et une petite route de campagne peu fréquentée, nous n’avons pas hésité. Le côté sauvage de la Meuse entre les collines ardennaises nous a séduits. Ensuite, de nombreuses possibilités de visites s’offrent à nous comme le musée Rimbaud.»

Le musée de Rimbaud, un endroit incontournable comme la Place Ducale.

5- monthermeLa perle des Ardennes

Mais avant de nous balader, en élèves appliqués, nous nous raccordons à l’électricité et le soir, nous jouons une partie de belote. Le lendemain, la deuxième étape nous mène à Monthermé. Un peu avant d’arriver dans cette commune, on aperçoit la Semois se donner à la Meuse, un moment émouvant.

Arrivés à Monthermé, on pose notre bateau et nous partons pour une balade jusqu’à la Roche aux sept villages. L’endroit nous fait cadeau d’un point de vue exceptionnel sur la boucle formée par un méandre de la Meuse. Pas de doute, c’est la carte postale des Ardennes par excellence, le panorama dont les Baraquins, les habitants de Monthermé, sont particulièrement fiers.

3- Croisière sur la MeuseD’écluse en écluse

La troisième est peut-être la plus belle. De méandre en méandre, les petites écluses se déclinent, les petits villages – Revin, Fumay, Haybes- nous invitent. C’est simple, nous décidons de rester dans ce dernier pour passer la nuit. On y trouve une végétation dense.

Sur l’eau, on ne compte plus les demoiselles, ces libellules particulières, rencontrées. Et le soir, on entend le ‘fraaaak’, ce cri rauque du héron cendré.

DSC05285Pour la quatrième nuit, nous snobons Givet et nous pénétrons sans difficulté en Belgique, où nous passons la nuit à Waulsort, car il n’est pas question de nous rendre à Dinant, le temps nous étant compté.

Il nous reste trois jours pour accomplir le chemin inverse et surtout voir ce que nous avons loupé tel le site des dames de Meuse.

Les Dames de Meuse

Parcourir la terre d’Ardenne, c’est aller à la rencontre de ses légendes, comme au site des Dames de Meuse. George Sand et Théophile aimaient cet endroit, témoignage grandiose de l’adultère puni des Dames de Meuse.

Les trois fils du Seigneur de Hierges, après avoir épousé Berthe, Hodierne et Ige, les trois filles du Seigneur de Rethel, partirent pour la croisade, laissant leurs épouses qui furent infidèles, et comment Dieu, pour les punir de n’avoir pas su loyalement garder le pacte conjugal, les changea en trois énormes rochers à l’heure précise où Jérusalem était prise d’assaut.

Bogny-sur-meuseLes Dames de Meuse s’élèvent à une grande hauteur par une pente abrupte, et présentent leurs cimes mamelonnées.

Good morning

Juste encore, deux petites anecdotes sur notre semaine fluviale. Les écluses sont automatiques et une fois, nous avons bloqués bien involontairement les portes. Nous avons fait appel à un itinérant, c’est-à-dire à un éclusier qui se déplace. Face à nos excuses, quelle fut sa réaction? «Ne vous tracassez pas, ce n’est pas bien méchant!»

Vous vous imaginez à un carrefour, combien de coups de klaxons aurions-nous reçu pour avoir bloqué le feu? Enfin sur la Meuse, tout le monde se salue, ce qui nous a valu un jour un ‘good morning’ bien servi de la part de deux couples irlandais.

Autrement dit, quel plaisir de redécouvrir certaines valeurs!Et enfin, quel bonheur de s’entendre dire à l’arrivée: ‘comment il va ?’

 

 

 

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