La grosse chaleur a 30 ans d’avance

Désert autour de Tombouctou au Mali ©Hervé Ducruet

Une « température humide » de 35°C TW, qui combine la mesure de la chaleur et celle du taux d’humidité, a été dépassée « pendant une heure ou deux » à Jacobabad, au Pakistan, et à Ras al Khaimah, dans les Émirats arabes unis (EAU) — où s’est tenu le Belgian Travel Summit en juin de l’année dernière.

C’est ce que montre une étude parue dans la revue Science Advances la semaine dernière. Les climatologues n’attendaient pas avant 2050 l’émergence de telles conditions, qui n’existent plus sur Terre depuis plus de 3 millions d’années…

Nomades vendeurs d’ânes dans les Monts Hombouri au Mali ©Hervé Ducruet

Des terres gelées du Groenland au désert du Sahara, l’être humain est capable de s’adapter, et même de vivre, dans des conditions extrêmes. Mais une température humide de 35°C TW est considérée comme un seuil mortel pour l’être humain, parce que ces conditions bloquent les deux mécanismes de refroidissement du corps.

Notre peau a en surface une température de 35°C. Si l’air au contact de la peau est aussi chaud ou plus chaud que celle-ci, l’échange thermique ne peut plus se faire : seule la sudation permet alors d’évacuer la chaleur. Mais si l’air est en plus saturé d’humidité, la sudation n’opère plus non plus, expliquent les chercheurs. Le corps surchauffe et finit par céder : les réactions biochimiques s’atténuent, les protéines se déforment, les cellules musculaires se détruisent, le sang ne circule plus, les organes vitaux défaillent en chaîne et la mort survient en quelques heures à peine.

Monts Olgas en Australie ©Hervé Ducruet

Un défi social majeur

« Les expériences de chaleur meurtrières représentent un défi sociétal majeur pour les décennies à venir », assurent les chercheurs. « Nous pouvons dire que nous nous rapprochons globalement de ce seuil magique des 35°C que, dans certains cas et pour de brefs moments de la journée, nous avons dépassé », confirme auprès du New Scientist l’un des auteurs de l’étude, Tom Matthews.

Dans les régions les plus peuplées

Les zones touchées ou destinées à l’être comprennent notamment des régions parmi les plus peuplées du globe. En plus du Pakistan et des Émirats arabes unis déjà atteints, le seuil fatal pourrait à l’avenir être dépassé en Inde.

L’Asie du Sud, le Moyen-Orient et le sud-est de l’Amérique du Nord sont les principales zones où des conditions « proches ou dépassant la tolérance physiologique humaine prolongée » se sont multipliées depuis 1979, selon les chercheurs.

Ces régions ont en commun d’être situées en zone subtropicale, côtières, et de combiner la proximité d’océans aux eaux de surface extrêmement chaudes avec des vagues de chaleur continentales, des conditions qui, réunies, favorisent la survenue de températures humides extrêmes, estiment les auteurs de l’étude.

Falaise de Bandiagara en pays Dogon au Mali à la frontière du Burkina Faso (à l’horizon) ©Hervé Ducruet

Un scénario impossible à éviter

Pour l’instant, le seuil des 35°C TW n’a été franchi que dans des zones limitées et sur de courtes périodes de temps. Mais il pourrait être régulièrement dépassé avec un réchauffement climatique de moins de 2,5°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Or, un tel scénario semble aujourd’hui quasiment impossible à éviter : de nombreux experts s’accordent à dire que le maintien d’un réchauffement en dessous des 2°C est quasiment hors de portée et que nous nous dirigeons vers une hausse de 3°C, voire 5°C.

Touareg sur son dromadaire à Essakane au Mali ©Hervé Ducruet

Un énième message…

Cette dernière étude n’est qu’un énième message d’alerte parmi les publications qui se multiplient sur les conséquences possibles d’un emballement du réchauffement climatique.

Une autre étude, publiée quelques jours auparavant dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences, estimait qu’un tiers de l’humanité, soit 3,5 milliards de personnes, pourrait vivre d’ici 50 ans dans des endroits aussi chauds que le Sahara aujourd’hui.

[Source : Uzbek et Rica]



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