La France n’est pas celle que vous croyez!

Les statistiques officielles du tourisme mondial sont aussi étranges que (parfois) incohérentes. Quant à celles de la France, une simple division démontre qu’il y a un problème, dénonce Coach Omnium.

A la Une de son n° de septembre : « La France, première destination touristique mondiale » — et ce depuis de nombreuses années —, avec près de 84 millions d’arrivées touristiques internationales annoncées en 2014. Cette statistique que peu de gens songent à remettre en question — y compris les journalistes — malgré la méthodologie contestable de calcul de ces chiffres (voir l’article qui l’explique sur le site du Comité pour la Modernisation de l’Hôtellerie et du Tourisme Français), est délivrée annuellement par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), elle-même renseignée par chaque pays.

En revanche, le tourisme français se retrouverait officiellement au 4e rang en matière de recettes touristiques internationales (55,4 milliards de US$) derrière les Etats-Unis (177,3 Milliards de US$), l’Espagne et la Chine.

Outre, encore une fois, les moyens peu fiables utilisés pour déterminer le nombre de touristes et le volume de recettes touristiques étrangères, il suffit déjà de diviser les données monétaires publiées par le nombre d’arrivées touristiques, pour se rendre compte qu’il y a un illogisme patent.

Sur la base de l’année 2014, la France présentée comme première destination mondiale touristique et 4e en recettes touristiques internationales, se retrouve au …53e rang des dépenses moyennes par arrivée (662 $) sur 71 pays dans le monde qui ont déclaré à l’OMT recevoir plus de 2 millions de touristes étrangers (voir le tableau ci-dessous).    

Cette situation est déroutante. On aimerait lui trouver des explications, qui restent très hypothétiques :

On compte les touristes en transit, comme le confirme d’ailleurs l’Insee, qui les estime entre 1/6e et 1/5e des flux. Ce sont les personnes (vacanciers, visiteurs,…) qui ne font que traverser l’Hexagone du nord au sud (et inversement) pour se rendre dans les pays voisins qui sont leur vraie destination (Espagne, Italie, Maroc, Portugal, etc.).

Nos magnifiques autoroutes les y aident. Sans parler de ceux qui visitent l’Europe au pas de course en restant très peu de temps en France. Leurs dépenses sont du coup minimalistes entre nos frontières. Ce qui fait dire que le mot « destination » n’est pas toujours approprié pour parler de la France.

La France recevrait plus de touristes pour de courts séjours que beaucoup de ses voisins. Cette explication ne tient toutefois pas la route.

Notre pays recevrait surtout des personnes qui dépensent peu. Cela a été entendu maintes fois, mais ce n’est pas non plus plausible.

Nos prestations touristiques (hébergements, transport, restauration, loisirs,…) ne sont pas chères. Cela ne se vérifie pas sur le terrain par comparaison avec d’autres pays touristiques majeurs européens.

Les données officielles sont fausses. C’est probablement l’explication la plus sensée, surtout quand, encore une fois, on constate comment seraient collectées les informations.  

A noter que la France n’a pas le monopole de la bizarrerie dans les chiffres statistiques. Chaque pays communique ses données à l’OMT, ce qui donne parfois des moyennes étonnantes. Ainsi, le Luxembourg, petit pays s’il en est, aux 576.249 habitants (janvier 2016), déclare avoir reçu un peu plus d’un million de touristes étrangers en 2014 pour une dépense moyenne par touriste de …5.160 $. Compte-t-on dans cet indicateur les dépôts sur des comptes bancaires ?

Plus largement, les moyennes de dépenses par touriste des premiers pays touristiques inscrits sur notre tableau de synthèse ci-dessous semblent elles aussi improbables.

Cette analyse laisse entrevoir que les statistiques touristiques sont pour le moins approximatives, imaginaires ou fantaisistes dans beaucoup de cas. Et qu’il faut par conséquent les relativiser, voire les ignorer. D’autant que de nombreux pays n’ont pas les moyens de les collecter de manière fiable, d’autres n’ont pas de scrupules à inventer.

Enfin, ce qui forme une recette touristique reste compliqué à établir et surtout impossible à renseigner. Idem pour la France.

depenses-touristes-2014

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