La Flèche Wallonne ou l’acte d’amour

La Flèche Wallonne se déroule ce 19 avril, de Binche, pour rejoindre le traditionnel Mur de Huy, juge de paix indémodable de la première classique ardennaise de la semaine.L’épreuve offre toutefois un parcours remodelé autour du triple passage sur le Chemin des Chapelles hutois.

En effet, les organisateurs ont décidé de quelque peu ramasser les différentes côtes de la région et de ne plus offrir de longs passages sur les hauts plateaux mosans comme par le passé.

Cette fois, après la Côte d’Amay et la Côte de Villers-le-Bouillet pour lancer les hostilités, le peloton devra affronter à deux reprises un circuit avec les difficiles côtes d’Éreffe et de Cherave. Deux fois plus de possibilités de faire mal aux puncheurs attentistes, donc. Cela risque de faire mal avec neuf côtes à affronter en moins de 75 kilomètres. Quant à nous, nous avons testé le Mur de Huy, un véritable acte d’amour.

Grimper le Mur de Huy, c’est un peu comme faire l’amour à une femme.

La première fois, il faut apprendre à le connaître. T’es fort, t’es jeune, et dès le rond-point, tu attaques à fond. Comme un missionnaire, couché sur ton vélo, tu te déhanches, tu gesticules dans tous les sens. Le bruit des gosses d’une cour de récréation te fait croire qu’il s’agit des clameurs de la foule.

DSC02028La route s’élève et tes jambes se raidissent. Tu ne t’imagines pas l’ascension qui t’attend. Tu ne doutes pas de toi, tu fonces, tu te précipites. T’as pas le temps de l’apprivoiser, tu te retrouves place Saint-Denis, là où tout commence, là où tout est fini pour toi… Eh oui, toi, t’es lessivé, t’es au niveau des chaussettes.

Il t’en veut. C’est toujours ainsi la première fois, ça dure jamais longtemps. La femme, elle ne te dit rien, mais n’en pense pas moins.

Il est dans ta tête

Mais le Mur de Huy, auparavant le chemin des Chapelles alors que le chemin de Croix aurait été plus explicite, ne laisse aucun cycliste indifférent. Il te donne des envies folles de recommencer. Il est un passage incontournable et convoité pour les sportifs affûtés, pardon, pour les amoureux de la petite reine.

Il est cependant le grain de sable qui vient griffer l’engrenage du cyclotouriste, qui fait pleurer un œil. Il est perturbant, tu ne le diras, ni le penseras jamais assez. Et pourtant, tu souffles, tu frottes, tu souffres, rien n’y fait. Il est là, dans ta vie, dans ta tête, il y tourne en rond, bien malgré toi! Il t’étonne, il te surprend. Il est moins simple que les autres sommets, non? Ou plus simple encore, au contraire? Est-ce possible?

La deuxième fois

Alors un dimanche matin, tu reviens. Tu sais le dimanche matin, t’es censé être en forme, tu n’as pas dû te lever à 5h30 pour aller au boulot. T’es pas pressé le dimanche matin. T’as eu le temps de faire le café, d’apporter des croissants et des petits pains au chocolat au lit. T’arrives à Huy, et tu vois des voitures garées le long de la Meuse. À côté, des cyclistes, pimpants dans leur habit de dimanche, préparent leur vélo, qu’on croirait sorti du magasin.

De temps en temps, un d’entre eux hasarde: ‘Pardon mijnheer, waar is de Mur de Huy ?‘ Les tempes grisonnantes, ils partent doucement à l’assaut du Graal. Toi, tu crois que tu as acquis une certaine expérience et tu crois le prendre traîteusement, par derrière, à la hussarde.

Place Saint-Denis, t’es toujours bien en jambe, t’assures avec beaucoup d’expérience. Là, les choses terribles arrivent, après quatre cents mètres à 10%, tu coinces dans le tournant Criquielion. T’as oublié qu’il ne faut jamais perdre de vue la distance à parcourir, soit le kilomètre le plus long de toute l’année. Il est aussi trop tard pour doser tes efforts et garder quelques réserves pour la dernière ligne droite.

CLAUDY1Tu penses qu’avec l’assistance électrique, t’aurais pu parcourir les 19% qui se présentent, que t’aurais franchi facilement le virage à la corde…Et tu te souviens alors des croissants du matin, que finalement le petit déjeuner au lit le dimanche matin, c’est peut-être pas la bonne solution, que les croissants, ça gratte et ça t’alourdit les jambes.

Et que sous la couette, comme pour la deuxième ascension du Mur, t’aurais peut-être dû prendre un petit cachet bleu. C’est que là, on ne parle pas de dopage, t’as pas de contrôle !

La troisième ascension

Tu roules et petit à petit, tu te fais des jambes . Le bon jour arrive. Tu quittes Huy et tu vas tourner à l’écluse d’Andenne, soit une vingtaine de kilomètres, aller-retour, le temps que quelques perles de sueur glissent dans le creux de tes reins.

Tu moulines, tu es léger, tu te laisses faire, finalement tout se fait tout seul. Te voilà place Saint-Denis sans avoir fourni aucun effort. Mieux, au virage Criquielion, t’es tout étonné de ton coup de pédale. T’es couché, assis, en danseuse, tu adoptes toutes les positions avec une facilité incroyable.

Certes, la respiration se fait plus rare alors tu éjectes l’air de tes poumons, un petit frisson te gagne. Tu regardes les chapelles comme des amies et quand le chemin s’élève, tu réponds présent. C’est la grâce qui te mène au sommet du Mur, où la jouissance est totale.

Ce jour-là, t’es un cycliste. En amour, ce jour-là, tu es un homme.

Km 127,5 – Côte d’Amay (1,4 km à 6,7% de moyenne)
Km 134 – Côte de Villers-le-Bouillet (1,2 km à 7,5% de moyenne)
Km 142,5 – Mur de Huy (1,3 km à 9,6% de moyenne)
Km 155 – Côte d’Éreffe (2,1 km à 5% de moyenne)
Km 166 – Côte de Cherave (1,3 km à 8,1% de moyenne)
Km 171,5 – Mur de Huy (1,3 km à 9,6% de moyenne)
Km 184,5 – Côte d’Éreffe (2,1 km à 5% de moyenne)
Km 195 – Côte de Cherave (1,3 km à 8,1% de moyenne)
Km 200,5 – Mur de Huy (1,3 km à 9,6% de moyenne)

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