Je suis allé chez le coiffeur

Coiffeur à Baracoa sur l'île de Cuba, en Oriente © Hervé Ducruet

Voilà un titre accrocheur, non ? C’était le 23 mars, avant que le gouvernement belge décrète un nouveau confinement. Comme, toute ma vie, j’ai été journaliste de terrain, je me suis dit qu’il était temps de voir comment les métiers de contact se débrouillent. Certains grands reporters préfèrent aller se faire irradier à Tchernobyl, moi je reste proche des besoins immédiats de la population. Et puis aussi, cela faisait six mois que mes cheveux avaient poussé.

J’avais donc pris rendez-vous et, à l’heure précise, le coiffeur m’attendait. Dans son grand salon qui peut accueillir une dizaine de personnes, nous n’étions que deux. Gel désinfectant à l’entrée (et à la sortie), masque permanent (sauf pour le contour des oreilles, mais néanmoins tenu sur le nez), désinfection du siège de l’autre cliente après son départ. J’en passe.

Pascal – c’est le patron du lieu – n’était pas rassuré pour les jours qui venaient (et il aura raison !) et me dit : « Quels chiffres ont-ils précisément pour dire que ce sont nos salons qui propagent le virus ? » Bien juste !

Et comme ce sont toujours les petits indépendants qui trinquent dans notre merveilleux pays (la chance pour l’État est qu’ils n’ont pas droit au chômage), on s’en fiche. Du coup, la révolte gronde et pas un peu. Le travail au noir se développe et il est beaucoup plus dangereux point de vue propagation du virus.

Nos ministres parlent de « dernier confinement », mais c’est un refrain connu. Ils mentent par ignorance. Alors, plus personne ne les croit et il est normal de se dire « tout ce qu’on a fait ne sert à rien, alors ne le faisons plus. Et si on est très nombreux, les flics n’oseront rien faire. » Entendons-nous bien : j’approuve le confinement, mais qu’on ne renie pas sa parole en disant « si vous faites de tels efforts dans vos commerces, vous ne risquerez plus de fermeture » et puis qu’on ferme !

Un bel exemple de solidarité serait que tous nos experts qui dirigent le pays, avec leur porte-parole Frank Vandenbroecke, acceptent ne plus toucher aucun salaire tant que les commerces – agents de voyages compris- ne puissent exercer. Voilà qui serait beau et noble !

On en profiterait d’ailleurs pour raboter de 50% des salaires des fonctionnaires qui, vendredi dernier, ont quitté leurs postes pour aller vite faire quelques achats non essentiels. Quelle belle solidarité, ce serait !

Mon coiffeur a fermé. Pas un fonctionnaire n’est venu vérifier s’il respectait les règles. Non, il les dépassait. Mais les fonctionnaires et experts de terrain, on les trouve où ?

 

Print Friendly, PDF & Email

Commentaires

commentaires

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY