Instantanés d’une quarantaine à Rio de Janeiro

Les murs de cette école au-dessus desquels s’évadent des cris d’enfant sont bleus et bleues sont les ailes du colibri, qui est venu me rendre visite sur le balcon fleuri.

Les ailes du papillon, au jardin botanique sont bleues, bleu est le ciel au-dessus de la favela Rocinha.

Bleu est l’océan qui habille de sa dentelle d’écume les stars au sable doré, Copacabana, Ipanéma, Leblon…

Dans la nuit bleue une blancheur laiteuse, le Rédempteur dépollué tente une nouvelle résurrection.

Rio se prépare à recevoir de grands événements, des travaux d’aménagements partout et surtout autour des centres touristiques la cidade change son visage. Elle a perdu un peu de  son naturel et à mon goût pas mal de  son âme.

Le bondihno jaune, ce petit train qui transportait les cariocas en grappe ne grince plus sur ses rails et depuis, Santa Teresa pleure. La pluie mêlée aux larmes commence doucement à descendre rouiller les arcs gris de Lapa.

Une guerre d’intérêts qui fait voir rouge, comme ces cartons montrés par l’arbitre aux joueurs exclus fait qu’actuellement on ne joue plus au « futebol » dans le mythique Maracanà.

Modern sound, le grand magasin de musique et le Canecào la fameuse salle de spectacle carioca sont fermés tous deux vont être livrés paraît-il à des prédicateurs évangélistes de tous bords.

Où vais-je acheter mes disques ?

Je me suis souvenu, rue Duvivier, la boutique Bossa Nova et Compagnie. Elle s’est agrandie. Un vendeur compétent me conseille avec l’accent carioca indispensable pour faire l’éloge du samba  de la mpb et de leurs compositeurs et interprètes…J’ai fait ma provision.

Ce sont des bus tout neufs qui sillonnent désormais les rues de Rio. Au vol je monte dans celui-ci, je n’ai pas vu son numéro seulement sa destination : praça XV c’est là que je vais prendre le bateau pour Niteroi. Le cliquetis du tourniquet qui filtre les passagers est le même, inchangé depuis des années en harmonie avec le sourire de la préposée à sa manœuvre. Cela me rend heureux.

Les montagnes de la mer, « pedra da gàvea » et « dois irmaes » se coiffent de nuages. Il va pleuvoir. Il pleut, l’orage gronde, l’eau du ciel tombe sur le morro, ruisselle dans les rues de la Rocinha, la favela s’est assagie, elle accueille les touristes et se laisse photographier et va même jusqu’à prendre la pose.

Le soleil est revenu et c’est dimanche.

Sur Copacabana du monde partout et de partout, sur le sable, sur la promenade, sur l’avenue laissée aux cyclistes et aux promeneurs.  Un cocktail où le carioca domine encore dans une grande dose de touristes. On entend parler espagnol par des argentins désargentés, exubérants, hautains méprisants et fiers, comme s’ils étaient riches et cinq fois champion du monde de football.

Il y aussi des nord-américaines en petits groupes un peu comme les éclaireurs d’une tribu indienne reconnaissables au cri de guerre qu’elles lancent à chaque étonnement justifié ou pas : « Ô my god ! »

Dorival Caymmi

Là, elles ont assiégé la statue de Dorival Caymmi (compositeur – chanteur) mais ne savent même pas qui il est.

Samba de minha terra*, pour eux je demande pardon à Doralice et à Rosa morena. Encore une fois je suis interpellé en espagnol par un marchand de casquettes. Chega ! Assez !

Je salue le compositeur prend la rue Ottaviano et à peine cinq minutes plus loin c’est un autre monde. Plus jeune, plus élégant aux noms de lieux évocateurs, Parque Garota de Ipanéma, rua Vinicius de Moraès…

J’aime, « J’ipanème », « j’arpoadore ».

Ipanema

La nuit tombe, la favela s’éclaire sur le fond sombre du morro dans lequel les lumières sont incrustées et l’ensemble donne l’aspect d’un immense bijou…

…Je suis sûr que H. Stern le grand joaillier brésilien s’en est inspiré pour fabriquer les bijoux qu’achètent les touristes ceux qui ne voient pas de leur chambre d’hôtel, qu’aux coins des rues, même dans les quartiers riches, des gamins emmitouflés dans de vieux cartons, endormis, ou morts peut-être par overdose d’alcool, de colle, de misère : de merde quoi.

Tout au bout du voyage, je m’assieds un instant à coté de Carlos Drummond de Andrade. Sur Copacabana la statue qui représente le poète fait face à la ville, moi je regarde l’océan. Le poète à raison : « La ville était écrite dans la mer ».

Je ne sais pas pourquoi, ou plutôt je crains de le savoir, j’ai écrit ces mots aigres-doux après cette douce quarantaine passée à Rio de Janeiro, ville qui m’a tant inspirée et qui m’inspirera toujours longtemps.

Em qualquer caso eu espero que. En tous les cas je l’espère.

Jacques BASCHIERI dit Vinicius

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